‹ Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits (volume 2)Chapitre 96 sur 154 · LE TRAVAIL · texte numérisé non relu

LE TRAVAIL

ODbr (*),

Quelle main féconde en miracles A suspendu ces tours qui menacent les cieux?

Quel talent vainqueur des obstacles A jeté sur les eaux ces ponts audacieux?

Quels Dieux , ou quels brillans génies,

Offrent partout à mes regards Ces fleuves détournés, ces routes aplanies ? La voix du temps répond : Le travail et les arts.

(i) La loge des Neuf-Sœurs avait ouvert en 1808 un concourg pour deux prix de poésie. J'avais envoyé deux pièces, qui furent couronnées toutes deux. M. Tissot eut le premier accessit pour une ode sur le bombardement de Copenhague par les Anglais. Je lui cédai mon second prix, et l'archi-chancelier, qui présidait la séance, me dit : f^ous 'voulez donc en at>oir trois?

— 3oo — .

Tout cède à la persévérance Du grand homme , qui rêve à la postérité ,

Et l'étude amasse en silence Ses litres glorieux à l'immortalité ;

Elle prépare une couronne

Pour les auteurs , pour les guerriers : C'est le travail qui sème , et la gloire moissonne Dans les champs où l'honneur fait croître les lauriers

Voyez Bayard , cet invincible , Qui n'eut pas de modèle et n'a pas de rivaux ,

Il ne lente que l'impossible , Et pour se reposer , il change de travaux.

Quand il ordonne la victoire ,

11 court au péril en soldat ; Le danger n'est pour lui que le fard de la gloire , Il est sûr du triomphe, en livrant le combal.

Que l'ardeur du travail dévore Celui qui veut d'avance usurper l'avenir;

Corrigez , corrigez encore Ces ouvrages heureux , enfans d'un doux loisii".

Ainsi , Boileau , censeur utile ,

A poli ses vers immortels ; La lime du travail leur donne un air facile , Et sait , k force d'an, les rendre nalurols.

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Poëte , sois le pur organe Des mœurs , de la justice et de la vérité ;

Par l'abus d'un talent profane , Ne déshonore pas ton immortalité;

Que tes vers, simples ou sublimes,

Rassemblent toujours à la fois Des fleurs pour les vertus, des foudres pour les crimes, Des hymnes pour le ciel , et des vœux pour les rois.

C'est au sein d'un champêtre asile , Que l'ami du travail doit se réfugier ;

Dans le tumulte de la ville, On dissipe le temps qu'on devrait employer.

Le silence de la retraite

Inspire le fils d'Apollon ; Il n'aime que les bois. Je veux , dit un poëte, Du calme pour ma verve et du bruit pour mon nom.

Ainsi, l'abeille industrieuse, De son empire ailé réglant l'heureux essor ,

Dans sa cellule studieuse Compose lentement son liquide trésor.

Tandis que ses sujets fidèles

Aux savans offrent des leçons, Elle place au dehors d'utiles sentinelles Qui, de la ruche active, écartent les frelons.

Ce Romain , qu'un sol trop fertile Jadis fit accuser d'un faux enchantement ,

Parut d'un air calme et tranquille , Et devant le sénat répondit librement :

Mes efforts et mon énergie

Pour moi sont des Dieux protecteurs ; Un travail sans relâche est ma seule magie , Et ces bras vigoureux sont mes seuls enchanteurs.

Jeunes beautés , que l'art de plaire Fit naître tout exprès pour enchaîner nos cœurs ,

Le travail vous est nécessaire :

Il peut à vos loisirs épargner des erreurs.

Quand la mollesse vous énerve,

Empruntez son heureux secours : On a vu dans vos mains Taiguille de Minerve Repousser bien souvent les armes des amours.

Vieillards , chefs des tribus nombreuses , Qui peuplent notre empire et fécondent nos champ*

Vos familles seionl heureuses , Si vous les exercez à des travaux constans.

Par de pénibles sacrifices ,

Tous leurs maux seront combattus ; La molle oisiveté fait naître tous les vices : Songez que le travail est père des vertus !

LE

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