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I- 269 - M. RAFFLARD

Je ne vous comprends pas.

l'administrateur.

Vous allez me comprendre. Connaissez-vous Joseph , dont les parents sont de Viverolles en

tvergne, et qu'on vous a confié ?

M. RAFFLARD.

Je ne le connais que trop; un petit drôle qui fait le fier, et qui , lorsque l'ouvrage manque , ne veut pas demander l'aumône ; aussi je l'ai joliment arrangé ce matin.

l'administrateur.

Et pour qui demanderait-il l'aumône ?

M. RAFFLARD.

Pour lui, donc î

l'administrateur.

Ne serait-ce pas plutôt pour vous ?

M. RAFFLARD (troublé).

Que voulez-vous dire ?

l'administrateur.

Je veux dire ce que vous savez mieux que moi : que vous disposez de ces pauvres enfants comme d'une propriété, que vous les nourrissez à peine , que vous vous emparez du fruit de leur travail, et que, lorsqu'ils ne gagnent rien, vous

en faites des mendiants pour qu'ils vous rapportent ce qu'on leur donne.

m. rafflard {balbutiant).

Mais comment savez-vous ?

l'administrateur.

Je le sais , que cela vous suffise. Quel droit avez-vous sur ces enfants ?

m. rafflard {se remettant de son troublé). Des droits; j'en ai de deux espèces. J'ai d'abord ceux que les parents m'ont donnés.

l'administrateur.

Vous n'en êtes que plus coupable en abusant de leur confiance.

M. rafflard.

Ensuite, j'ai les droits que je tiens de mon argent.

l'administrateur.

Oui , je sais que vous avez loué ces pauvres victimes. Tenez, marchand d'esclaves, voilà les 60 francs que vous avez donnés aux parents de Joseph. Ils ne veulent plus que leur enfant reste avec vous.

m. rafflard {élevant le ton).

Je prends les 60 francs , parce que c'est toujours bon à prendre ; mais je vous prie de m'é-

fais ne regardent personne.

l'administrateur.

Ils ne regardent personne! C'est ce qui

us trompe ; ils regardent tous ceux qui ont un cœur , tous ceux qui s'intéressent à ce qu'il y a de plus sacré sur la terre , la faiblesse et l'innocence. Je vais aller trouver le maire de votre arrondissement.

M. RAFFLARD.

Le maire ! c'est lui qui m'a donné la permission.

l'administrateur.

11 vous a donné la permission de servir de pro» tecteur à des enfants que leurs parents vous avaient confiés, et non pas d'être leur tyran et leur bourreau. Après avoir avili leur âme, abruti ' leur esprit, vous les maltraitez , vous les frappez...

M. RAFFLARD.

Mais monsieur...'

l'administrateur.

IOui, vous les frappez. Tout a l'heure, quand ous êtes rentré, vous avez battu un de ces êtres bibles que vous appelez vos enfants et qui ont n bien mauvais père. Méchant homme que vous

êtes! Je vous le répète, je vais trouver le maire, je lui dirai vos excès. Tout ce qu'il y a d'honnête a Paris s'entendra pour former un établissement où les deux pays dont les mœurs sont restées les plus pures pourront envoyer avec sécurité les enfants qui ont une famille trop nombreuse ou ceux qui n'en ont pas du tout. Les laisser avec des hommes tels que vous , ce serait gâter leur cœur et altérer leur santé. D'ailleurs, ce sont des châtiments qui vous sont dus et non pas des récompenses. Lorsque la France, d'accord avec toute l'Europe , s'est prononcée contre la traite des nègres , elle ne tolérera pas, elle ne peut pas vouloir tolérer la traite des enfants (1). Je vais m'occuper de cela. Adieu. »

(1) Tous les faits contenus dans ce chapitre sont de la plus exacte vérité ; l'auteur les a seulement dialogues , pour donner à son récit une forme dramatique.

ELOGE

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