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DISCOURS A L'OCCASION DU MARIAGE DE MONSEIGNEUR LE DUC DE BERRY

M. le chancelier, président de la chambre des pairs, adressa la parole à S. M. en ces termes :

« Sire,

« La chambre des pairs s'empresse d'apporter à votre majesté l'hommage de sa respectueuse reconnaissance d'une communication dont elle a vivement senti le prix.

« Il ne suffisait pas à la France d'avoir recouvré avec son roi légitime toutes les garanties de force et de bonheur que la loi sacrée de l'hérédité rattache aux princes de votre auguste dynastie , il nous tardait encore de voir se multiplier, le plus près possible du trône, les gages de son éternelle stabilité.

« C'est dans l'auguste maison qui, depuis tant de siècles, nous gouverne avec tant de gloire , que la sagesse de votre majesté choisit , pour le descendant de Henri IV et de Louis-le-Grand , une princesse de leur noble sang. Les immortelles vertus de nos plus grands rois , ainsi rapprochées par une commune origine , se reproduiront avec plus d'éclat.

a Vos fidèles sujets , les pairs de France , applaudissent avec transport à cette alliance de famille dont nous voyons près de vous un exemple touchant qui présage à votre majesté , comme à la France, un nouvel accroissement de gloire et de bonheur. »

Le roi répondit :

« Je suis très-touché des sentiments que la chambre des pairs m'exprime dans une occasion aussi heureuse.

« J'ai voulu, dans cette circonstance, augmenter non-seule-

ment le bonheur démon intérieur, mais celui delà France entière. En multipliant ma famille , c'est multiplier les héritiers de mon amour pour les Français. »

A huit heures et demie , la grande députation de la chambre des députes fut conduite et présentée au roi dans la même forme que la grande députation de la chambre des pairs.

M. Laine, président, s'exprima ainsi :

« Vos fidèles sujets de la chambre des députés viennent mêler leurs félicitations et leur reconnaissance à la joie de votre majesté; ils se réjouissent avec toute la France de voir un rejeton de Louis XIV unir sa destinée à la petite-fille de Marie-Thérèse.

« Si le ciel permit que les deux maisons qui ont eu une commune origine fussent frappées des mêmes adversités , il leur préparait de loin la même réparation. On dirait que la Providence attendait le dernier terme de leurs infortunes et leur inébranlable rétablissement sur le trône de France et sur le trône des Deux- Siciles , pour inspirer la royale union par laquelle , en comblant les vœux des deux peuples , elle semble achever ses desseins.

« Les Français, sire, en voyant un jeune prince s'allier à une princesse du même sang , de la même religion , instruite par les mêmes leçons, se reposent dans l'espérance que l'auguste race des Bourbons perpétuera cette légitimité , garantie du bonheur du peuple.

« Les députés des départements , à qui il doit être permis de dire qu'ils représentent la France quand ils portent au pied du trône l'hommage de son amour, sont fiers d'être appelés à concourir à la splendeur d'une aussi noble alliance ; ils sont impatients , sire , de remplir cet honorable devoir d'une manière digne de votre majesté et de la nation française. »

Le roi répondit :

« Je reçois avec un véritable plaisir l'assurance des sentiments

de la chambre des députés dans une aussi heureuse occasion. En multipliant le nombre de mes enfants, je ne fais qu'augmenter le nombre des amis de mon peuple. J'aurais bien voulu , dans une semblable circonstance, ne rien lui demander, mais j'aurais cru blesser les sentiments de la nation française en ne l'associant pas à un acte solennel qui ajoutera au bonheur de ma vie. »

note K.

Je ne puis passer sous silence deux productions d'un genre différent qui ont été publiées après le crime du 1 3 février et qui ont eu beaucoup de succès. La première, intitulée Relation historique , heure par heure , des événements de la nuit du 1 3 février, a le mérite d'un tableau fidèle , et l'auteur, M. Hapde , a fait distribuer aux pauvres le produit de la vente. C'était une manière délicate de rendre hommage au prince qui leur servait de père.

Le second ouvrage , qui m'a paru tout- à-fait digne d'être remarqué, est dû à la plume élégante de M. de Pastoret le fils j la sensibilité avec laquelle il a jugé et fait connaître l'âme de M. le duc de Berry prouve en faveur de la sienne. Je connais peu de lectures plus attachantes que celle de sa notice ; elle n'a pas la prétention d'un ouvrage, et renferme plus de faits curieux et d'anecdotes intéressantes que beaucoup de gros livres.

Les bornes de cet ouvrage ne me permettent pas d'entrer dans de plus grands détails sur cette horrible nuit, mais je ne puis passer sous silence l'admirable dévoûmenl avec lequel Mme la maréchale duchesse de Roggio a secouru de toutes ses forces,

ou plutôt de toute son âme , Mme la duchesse de Berry. Je dois aussi un hommage particulier à M. le comte de Nantouillet, dont le zèle et la fidélité ne se sont jamais démentis. Son éloge, au reste , est dans ce mot si touchant du malheureux prince : « Viens, Nantouillet; viens, mon vieil ami , que je t'embrasse avant de mourir ! »

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