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ANECDOTES ET FAITS PARTICULIERS

M. l'abbé Alaric, qui avait servi comme Mgr le duc de Berry à l'armée de Gondé , et qui était devenu un des aumôniers de S. A. R. depuis qu'il était entré dans la carrière ecclésiastique , tomba malade en 1819. Le prince lui fît prodiguer des soins de toute espèce , alla le voir plusieurs fois , envoya savoir de ses nouvelles tous les jours ,.et ordonna qu'on mît à sa disposition tout ce dont il pourrait avoir besoin. Le malade ayant succombé , le prince ordonna que tous les frais fussent payés sur sa cassette , et voulut que son convoi eût lieu avec un appareil convenable ; il donna en outre des preuves de sa munificence à plusieurs parents du défunt.

Mgr le duc du Berry avait un valet de pied qui faisait gaucherie sur gaucherie : tantôt il cassait un verre de pendule , tantôt il était en retard lorsque la voiture soi tait pour aller prendre le prince, tantôt enfin il oubliait les ordres qu'on lui

avait donnes ) bref, c'était tous les jours quelque nouvelle faute ou quelque nouvelle sottise. Mgr le duc de Berry , qui l'avait gronde' souvent , se fâcha un jour sérieusement , et décida qu'il ne pouvait le garder ; mais, dès le lendemain , il le recommanda si vivement , qu'on le nomma concierge d'un établissement royal. Étant valet de pied , il n'avait que 1,200 fr.j dans son nouvel emploi , il eut des appointements de 2,4oo fr. Voilà comme le prince savait punir.

Un jour , le vieux docteur Ami , qui avait suivi le prince en pays étranger , et auquel il témoignait toujours les mêmes bontés depuis son retour en France , se présenta à l'Elysée-Bourbon. Le prince était extrêmement occupé; mais on avait ordre de ne jamais refuser la porte au vieux père Ami : il entra donc, et il commençait à parler de l'objet qui l'amenait , lorsqu'il s'aperçut que le prince continuait son travail ; il s'interrompit alors et garda le silence. Mgr le duc de Berry remarqua qu'il ne disait plus rien , et lui 4it : « Eh bien , père Ami , pourquoi ne me parlez-vous plus ? » — - « C'est que votre altesse royale n'a pas le temps de m' entendre , et qu'elle est trop occupée. » — « N'importe , parlez , parlez -7 vous devez savoir que j'ai pour vous l'oreille du cœur. »

M. Le Masson', ingénieur des ponts-et-chaussées , qui avait donné au prince des leçons de dessin dans sa tendre enfance , et qui ne l'avait pas revu depuis son émigration , lui fit demander , à Rouen , s'il pouvait lui présenter ses hommages.

Le prince e'tait à table ; il eut l'extrême bonté de se lever et d'aller au-devant de son ancien maître. Il le reconnut à l'instant , et lui dit : « Mon cher Le Masson , que je suis aise de vous voir ! Vous n'êtes pas changé : il me semble que nous sommes à Beauregard. — Cependant , mon prince , lui dit M. Le Masson , les larmes aux yeux, j'ai bien souffert de votre absence. — Allons , allons , n'y pensez plus, répartit ce bon prince ; me voilà , et nous ne nous quitterons plus ; c'est y entre nous , à la vie , à la mort ! »

Le 10 mars 1818 , le feu ayant pris à l'Odéon , Mgr le duc de Berry s'y rendit en toute hâte ; et , non content d'encourager par son exemple et ses discours le zèle des militaires et des travailleurs , il voulut récompenser les personnes qui avaient le plus souffert , ainsi que les pompiers et soldats qui avaient été blessés en déployant un courage dont il avait fait preuve lui-même. Dès le lendemain , il envoya à M. le marquis de Semonville la somme de 2,000 francs , pour être répartie de la manière la plus convenable.

Dans le mois de septembre 18 19, le feu prit aux Messageries , le prince s'y rendit aussitôt et s'avança d'une manière très-imprudente dans les endroits que la flamme dévorait. Un gendarme , qui ne le reconnaissait pas , le frappa rudement en lui disant de se retirer. Le prince resta jusqu'à cinq heures ; et , comme il avait eu toute la nuit les pieds mouillés , il fut obligé de garder la chambre pendant trois ou quatre jours. Il envoya , le lendemain , au maire de l'arrondissement , une

somme de 3,ooo francs , à distribuer aux blesse's et aux pompiers qui s'étaient le mieux conduits.

Le duc de Berry allait souvent visiter Carie Vernct ( le père d'Horace ) dans son atelier , et il y passait des heures entières , s'amusant de sa conversation , riche d'anecdotes et de souvenirs. Beaucoup de gens qui avaient une grâce à demander s'adressaient à Carie , auquel le prince ne refusait jamais ni le secours de sa bourse , ni l'appui de sa protection. Le duc de Berry s'étonnait un jour de ce que cet artiste célèbre ne lui avait jamais rien demande' pour lui : « Monseigneur , lui re'pondit-il , j'ai bien assez à faire de vous demander pour les autres. » ,A £

Le prince lui avait commandé un tableau de genre , dont le sujet donné était une chasse , dans laquelle le cerf ramena les chasseurs des hauteurs du Butar jusque dans la rue de Sèvres, où Ton sonna l'alali dans la cour d'une laiterie. Le duc de Berry était impatient d'avoir son tableau , et il allait souvent stimuler le peintre. Pendant un voyage de Fontainebleau, Vernet s'était occupé de quelques autres travaux , en l'absence du prince , qui , à son retour , s'empressa de rendre visite à l'artiste. Dès que Vernet l'entendit monter quatre à quatre les marches de l'escalier , il remit bien vite le tableau sur le chevalet. Le duc de Berry fut fort étonné de le voir occupé à peindre une cheminée de la ferme , qu'il avait vue presque finie en partant. Impatienté, il dit en riant : « Mais , mon cher Carie , voilà huit jours que vous êtes à la même cheminée ! » Vernet lui répondit sans se déconcerter : « C'est vrai , monseigneur ; c'est qu'elle fumait, et j'ai été obligé de la raccommoder. »

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