DE M. DE MONTYON
Douze novembre mil huit cent dix-neuf.
i° Ceci est mon testament, et je révoque tout testament, codicille ou autre disposition testamentaire antérieure.
Je veux être enterré le plus simplement possible.
2° Je demande pardon à Dieu de n'avoir pas rempli exactement mes devoirs religieux ; je demande pardon aux hommes de ne leur avoir pas fait tout le bien que je pouvais et que, par conséquent, je devais leur faire. Je veux être
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enterré avec la plus grande simplicité , ce qui doit être exécuté d'autant plus exactement, que ce qui sera économisé sur cet article tourne à l'avantage de mes legs.
3° J'institue ma légataire universelle de tous mes biens meubles et immeubles , de quelque nature qu'il soient, et en quelque pays qu'ils soient situés, présents et à venir, et en y comprenant les actions à exercer pour le recouvrement de mes droits , à Mlle Robertine de Balivière , ma filleule , à la charge d'acquitter mes dettes et toutes les dispositions portées au présent testament , et autres que je pourrai faire parla suite, à quelques sommes qu'elles puissent monter, sans toutefois qu'après mes dettes payées et mes legs et autres dispositions acquittés , ces legs et dispositions puissent absorber une telle somme que le legs universel ne (i)
« pas une somme de soixante mille
francs , libre de toutes charges et de tous frais , et à l'effet de ce que dessus, mes biens, s'il est nécessaire , seront vendus. Je crois pouvoir me permettre ces dispositions , d'autant que je n'ai
(i) Ce mot est illisible dans le testament e'erit de la main de M. deMontyon.
pas de parent proche , ni avec lequel j'aie des liaisons d'amitié , et qu'il ne me reste aucun bien que je tienne de mes parents. Pour que mes legs ne portent aucune atteinte à la somme de soixante mille francs , réservée absolument à ma légataire universelle, mes premiers legs seront exécutés de préférence aux autres , et en cas que les legs s'élèvent à une telle somme qu'elle absorbe celle de soixante mille francs , réservée absolument à ma légataire universelle, ou y porte atteinte, les derniers legs, qui porteraient cette atteinte, ne seront point exécutés, les premiers ayant la préférence, qui sera réglée suivant l'ordre de leur inscription ; si mes legs laissent une plus grande somme libre et disponible que celle de soixante mille francs, cet excédant entrera dans le legs universel : tous les legs seront délivrés aux légataires , francs de tous droits de fisc et autres, qui seront acquittés par ma succession , et en seront une charge.
En cas que Mlle Robertine de Balivière me prédécède, je lui substitue Mlle de Balivière, sa sœur ainée, et en cas que Mlle de Balivière Paînée me prédécède , je lui substitue Mlle de Balivière la cadette ) en cas que les trois demoi-
— io8 — selles de Balivière me prédécèdent, je leur substitue Mme la comtesse de Balivière, leur mère; chacune d'elles, au dit cas de vocation au legs universel , jouira des mêmes droits dont aurait joui Mlle Robertine de Balivière, si elle ne m'eût pas prédécédé.
4° Je prie M. Pierre Pivost, avocat, demeurant a Paris, rue Guénégaud, d'être mon exécuteur testamentaire, et d'accepter un diamant de deux mille quatre cents francs ; et comme cette exécution entraînera beaucoup de soins , il est prié de vouloir bien percevoir des honoraires , pour les soins et vacations qu'exigera le testament.
5° Je lègue à Ménard , a Bérenger , à Vautry, chacun quinze cents francs. Je lègue de plus à Bérenger et à Vautry ma garde-robe , linge de corps et vêtements , à partager entre eux. Je lègue de plus à Bérenger mes deux montres d'or. Je lègue de plus à Ménard mes livres , à la charge de payer à Bérenger et à Vautry, chacun cent francs. Celui qui , au jour de mon décès, ne sera plus à mon service, sera privé des legs que je lui fais , qui seront annulés. Si j'ai quelque autre domestique au jour de mon décès, je lui lègue, autant de fois deux cents
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francs qu'il aurait été d'années à mon service, et l'année commencée sera comptée comme révolue.
6° Je lègue aux pauvres de la paroisse deMontyon trois cents francs; aux pauvres de la paroisse de Chambry cent cinquante francs.
70 Je prie M. Jérémie Hermann , directeur de la banque d'Angleterre, de vouloir bien recevoir mesremercîments de l'amitié qu'il m'a marquée, et de vouloir bien accepter un diamant du prix de trois mille francs de France. J'espère qu'il voudra bien aider de ses conseils l'exécuteur testamentaire * pour les affaires qui sont à suivre en Angleterre.
8° Je prie M. Williem Morgan , secretary of the équitable Societj de Londres , de recevoir mes remercîments de l'amitié qu'il m'a témoignée, et de vouloir bien accepter un diamant de douze cents francs de France.
9° Je prie les enfants de Mme Berthier, en son nom Deforges, de vouloir bien "agréer que je leur lègue ce qu'ils me doivent ou me devront à ma mort, et que j'y ajoute une somme de quinze cents francs , qui sera partagée entre eux, ainsi que le jugera a propos madame leur mère.
i o° Je prie M. le marquis de Laplace , pair de France, de vouloir bien permettre que je lègue à mademoiselle sa petite-fille , qu'il élève chez lui , un diamant de deux mille francs; je lui serai obligé , s'il veut t>ien diriger mon exécuteur testamentaire dans les legs qui suivent.
1 1° Je veux qu'il soit employé une somme de deux mille quatre cents à trois mille fr. , pour faire une statue en marbre , formant un buste de Madame Elisabeth de France, avec cette inscription : A la Vertu. Ce buste sera placé dans un lieu où il pourra être vu de beaucoup de personnes; s'il est possible, à la porte de l'église Notre-Dame , à Paris. Je ne me rappelle pas si j'ai jamais eu l'honneur de parler à cette princesse ; mais je désire lui payer ici un tribut de respect et d'admiration.
1 2° Je lègue une somme de dix mille fr., pour fournir un prix annuel à celui qui découvrira des moyens de rendre quelque art mécanique moins malsain.
1 3° Pareille somme de dix mille francs , pour prix annuel en faveur de qui aura trouvé dans l'année un moyen de perfectionnement de la science médicale, ou de l'art chirurgical.
i4° Pareille somme de dix mille francs, pour prix annuel en faveur d'un Français pauvre qui aurait fait, dans Tannée, l'action la plus vertueuse.
i5° Pareille somme de dix mille francs, en faveur du Français qui aura composé et fait paraître le livre le plus utile aux mœurs.
Pour les articles précédents, douze et treize, les prix seront distribués par l'Académie des sciences ; pour les articles derniers , quatorze et quinze , par l'Académie française. Si ces académies ne voulaient pas se charger de cette distribution , elle sera faite par l'institution que ces académies voudront bien désigner.
1 6° Je lègue à chacun des hospices des arrondissements de Paris une somme de dix mille francs, pour être distribuée en gratifications ou secours à donner aux pauvres qui sortiront de ces hospices, et qui auront le plus besoin de secours. Comme il y a douze arrondissements, cette disposition est un objet de cent vingt mille francs. La disposition sera faite par les administrateurs des hospices.
170 Je veux que les legs portés aux articles précédents, douze, treize, quatorze, quinze, seize , ce dernier pour chacun des hospices de
Paris , soient doublés, triplés , et même quadruplés , en sorte qu'un legs porté à dix mille francs soit porté à quarante mille francs; le doublement de tous ces legs précédant le triplement d'aucun d'eux, et le triplement de tous précédant le quadruplement d'aucun d'eux : cette progression pourra avoir lieu, si l'état de mes biens le permet, sans que la valeur réservée pour être le minimum du legs universel en reçoive atteinte. Ces
legs seront accrus et (i) indéterminé-
ment, tant que le permettra la réserve pour le legs universel.
i8° Toutes les sommes dont il est ici disposé dans les articles douze, treize, quatorze, quinze et seize, seront placées en rentes sur l'état, dites inscriptions à cinq pour cent, et les arrérages serviront à l'exécution des dispositions contenues dans ces articles.
190 Je donne à mes dispositions cette latitude indéterminée, parce que l'incertitude du montant des biens dans lesquels je puis rentrer, et dont j'ai été dépouillé par cause d'émigration ,
(1) Ce mot est illisible dans le testament écrit de la raaiû de M. de Montyon.
ne m'offre point un montant fixe de ma fortune.
Fait à Paris, ce douze novembre mil huit cent dix-neuf.
Signé Auget de Montyon.
2o° Je supplie Mme la baronne Pasquier de vouloir bien me donner une nouvelle preuve de l'amitié dont elle m'a honoré, en acceptant, pour conserver un souvenir de moi, une médaille d'or, qui est le prix qui a été accordé, en Suède, à un de mes ouvrages.
Premier septembre rail huit cent vingt.
Signé Auget de Montyon.
Au bas est écrit : Enregistré à Paris , le dixsept janvier mil huit cent vingt-un. Reçu cinq francs cinquante centimes , dixième compris.
Signé Courapied.
Il est ainsi en l'original du dit testament, dont l'expédition précède , dûment timbrée , et déposé par minute à Me Pierre-Eugène Cottenet, l'un des notaires, à Paris, soussignés, par M. le vice-président du tribunal de première instance du département de la
Seine, suivant son procès-verbal d'ouverture et de description du dit testament , en date , à Paris, du onze janvier mil huit cent vingt-un, enregistré ; le tout étant en la possession du dit Me Cottenet.
Étant observé que deux mots ont été laissés en blanc , attendu qu'il a été impossible aux notaires soussignés de les lire.
Signé Cottenet et Colin.
D'après les dispositions identiques des autres testaments trouve's chez M. de Montyon et portant des dates antérieures à celle du 22 novembre 18 19 , ainsi que par le sens même des parties du présent testament où se trouvent les mots laissés en blanc , il y a tout lieu de croire que celui de ces mots formant lacune à l'article 17 , page 112, ligne 10 , doit être lu ainsi : multiplies.