TI AVERTISSEMENT
rance ne m'étais-je pas mis à la recherche de ces mémoires que mon ignorance avait autrefois dédaignés! Mais aussi, quelles déceptions et quels mécomptes! Le manuscrit avait été vu partout, et il ne se retrouvait nulle part.
» J'étais découragé... lorsque, un jour, on vint m'annoncer qu'on avait vu sur la table de cuisine d'un modeste presbytère de village un vieux registre, dont on arrachait les feuillets, un à un, pour l'usage delà maison. J'y cours... Je m'informe auprès de M. le curé, vieillard octogénaire, aussi vénérable par ses vertus que par son âge; il ouvre des yeux grands d'étonnement; car il ne pouvait pas comprendre, le digne homme, l'intérêt que j'attachais à la possession de quelques vieux papessanls... «Oui, oui, me dit-il, c'est bien cela... une » écriture à peu près indéchiffrable. . . des batailles. . . des hugue- » nots... Mais à quoi peuvent être bonnes ces vieilleries?... » » Il parlait encore, et déjà j'étais à la cuisine. 0 profanation!... Sur un coin de la table, mon manuscrit, c'était bien lui! mon manuscrit était ouvert; il gisait étendu comme un vieillard à qui l'on vient d'amputer un membre. La plupart des feuiUets avaient été enlevés, laissant ainsi voir à nu les trois quarts de l'épine dorsale, d'où pendaient, comme autant de nerfs décharnés, les cordes de la reliure. Cinq ou six pots remphs de graisse, et rangés en ordre sur la table, portaient, chacun, en forme de coiffure, trois ou quatre feuilles du manuscrit, que les ciseaux de la cuisinière avaient réduites au périmètre de l'orifice de ces vases maudits (1).
» Les feuillets que j'ai sauvés de ce honteux et dégoûtant naufrage sont au nombre de cent quarante. Les faits qui y sont relatés commencent à la levée du siège de Poitiers, et finissent après le récit des faits et gestes des armées catholique et huguenote dans notre pays. Marciac, Mirande, Trie, Rabas-