‹ Mémoires. Suivis de documents inédits sur les capitaines gascons pendant les guerres de religion et de la généalogie de la maison d'AntrasChapitre 18 sur 38 · PRISE DE BEAUMOXT DE LOMAGNE · texte numérisé non relu

PRISE DE BEAUMOXT DE LOMAGNE

environs dy entrer par la force ou autremant, et sur ce il fit approcher les canons qui après avoir fet quelque batterie sestûunarent de telle fasson que avec grant difficulté après les print à composition et à la prière des voisins il y entra sans leur fère desplezir que seulement dy fère un peu de sesjour, de quoy nous avions bon besoing comme estant en un tamps fort eslérile qui ne se trouvoient guières vivres pour nous ny pour nos chevaus.

Quelques jours après il fut question de se retirer parce que Monsieur le marquis fut mandé de sen aller en cour a , ce que fut avec un grant regret de toutes les trouppes et capitènes ne pouvant rien fère plus et mesmes de Monsieur de Gramont qui ne désiroit rien tant sur son commandemant que de se tenir en quelque belle occasion.

[1580] Il fit estât voyant cella et qu'il ne se feroit de long tamps rien en ce pays de sen aler au siège de La Fère^ et après cesle entreprinse et voulant partir Ton larresta pour plus tost exécuter lentreprinse quil avoit sur la ville de Fonterrevye en Navarre ^ et pour fère ceste exécution il memploya pour Tassister et sans quil y a tousjours detraistres et bien souvant en telles entreprinses si elles ne se font fort secrètemant, il tenoist lentrée toute asseurée pour sen randremaistre layant plus tost fet recognoistre par gens fort sufîysans et capables.

Monsieur de Duras (126) estoit de la partye avec luy

a Jean Darnal [Chronique hourdeloise, p. 91) rapporte sous l'année 1578 que l'amiral de Villars, « estant ja vieux et cassé, » fut rappelé par Henri III et que a Monsieur le mareschal de Biron fut mis en sa place lieutenant général pour le Roy en Guyenne, et fut aussy esleu maire de Bourdeaux. »

b^Le prince de Condé, « parti de Saint-Jean-d'Angely, sous un déguisement, avait traversé Paris sans être découvert, et s'était emparé de La Fère, à l'aide d'un stratagème habile, le 29 novembre 1579. » {Histoire des princes de Condé, t. II, p. 128.) Ce fut au mois de juin de l'année suivante qu'une armée, commandée par le maréchal de Matignon, alla mettre le siège devant une des plus fortes places de la Picardie. Nous sommes ici en pleine guerre des amoureux, guerre qui dura jusqu'au traité de Fleix, 26 novembre 1580,

c Fontarabie, ville d'Espagne, sur la Bidassoa.

70 ExNTREPRISE SUR FONT ARABIE. [1580]

accompaigné dune belle trouppe et autres gentilshomcs de ce pays comme Messieurs de Péguylhan (127), de Larboust (128), de Salerm (129), de Bazeillac (130) avec leurs amys. Et moy aussy je men aies le trouver à Bidachea avec vingt-cinq ou trente de mes amys bien montés et bien armés, de quoy il fut fort aise et au partir de là de se voir accompagné d'une si belle trouppe et si tost assamblée. A la vérité il y avoit bien de gens dexécution et bien choisis. Il nestoit question que de venir au fet et au prandre, mais le tout est de se communiquer en tels affères avec peu de gens pour nestre descouverts.

Monsieur de Gastelnau de Chalosse (151) estoit dun autre cousté par mer avec forse gens et Monsieur de Baudéan (152) et un de mes frères et autres avec luy accompaigné dune bone trouppe de harquebusiers pour ensamble nous ioindre au rende vous au iour assigné. Mais il eust esté impossible pour la difficulté du cheval de mer qui ne se manie comme Ton veult que parla queue.

Enfin nostre entreprinse fut descouverte après avoir prins tant de peyne de marcher la nuict par ces montaignes et lieus fort difficiles et de voir estant arrivés près de la dite ville de Fonterrebye la bonne garde quils fesoient et sonner de petites cloches en fesant les rondes fort espesses, ce que voyant le meilleur fut de nous en retourner par le mesme chemin.

Cestoit seulemantle jour devant quils avoient esté advertys, de quoy Monsieur de Gramont pansa morir de regret davoir failly une si belle entreprinse accause de certains traistres qui à mon idvys marchoient avec nos trouppes, qui eust

a Bidache est aujourd'hui un chef-lieu de canton du département des Basses- Pyrénées, arrondissement de Bayonne. sur le Lihoury. Ce fut Claire de Gramont, petite fille de Roger, seigneur de Gramont, prince souverain de Bidache, qui, en 1525, ayant épousé Menaad d'Aure, vicomte d'Aster, lui porta, avec la souveraineté de Bidache, les terres et litres de Gramont. {Notice historique sur la maison des ducs de Gramont, Versailles, in-8", sans date, p. 9.)

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