‹ Mémoires. Suivis de documents inédits sur les capitaines gascons pendant les guerres de religion et de la généalogie de la maison d'AntrasChapitre 17 sur 38 · LE CAPITAINE LIZIER · texte numérisé non relu

LE CAPITAINE LIZIER

sa prière avec la permission de la ville quatre pyesses de campaigne pour rompre quelques deffanses à la recognoissance desquelles et du pont que nous avions abatu avec les dites pyesses je fus blessé à la jambe dune harquebusade doù je fus retiré et bien pansé et mercy Dieu plustost guery que je ne pansois (95).

Après estre de retour audit Marciac qui fut un bon sesjour pour moy à mes despans, incontinent après ils se rendirent et se retirarent où bon leur sambla et Monsieur deGramont avec cette belle assamblée se retirarent aussi. Ce fut bientost après a que ces galans voleurs de Lysier capitène et tous furent attrapés pas les sieurs de Mun (96) et de Lubret (97) avec quelques uns de leurs amys, lesquels les trouvant en campaigne, furent chargés et mis au coulteau sans que aulcun en fut sauvé, qui fut une belle dépêche et grant soulaigement pour le pays et une belle revanche de la mort de Monsieur de Baudéan (98) que ce traistre tua se promenant sans armes sur un chemin tout contre la ville de Baignères doù il estoit gouverneur qui fut fort regretté pour estre un brave et honeste gentilhome; à laquelle exécution je fus appelé, mais il ne me fut possible de my trouver parceque ie nestois encore bien guery de ma blessure de iambe, ce que iai tousjours regretté despuys en contemplation dudit seigneur de Baudéan.

En ce tamps là après avoir tant tracassé et employé une bonne partye de ma iunesse pour charcher ma fortune queie nay peu aus despens de mon sang trouver telle que ie la desirois, ie me résolus de me marier avec Padvis et conseilh de mes bons parens et amys ce que je fis sans discontinuer lexercisse de la guerre qui estoit toujours en son règne à quoy iestois souvant appelé tant en ce pays que ailleurs, mais plustost je fis estât d'espouser ma famé qui lors estoit avec madame la viscomtesse de Labattut (99) qui sen alloit à Thoulouse

* Bientost après l\ faudrait quelques jours avanty car la mort de Lysier

avait précédé le siège de Tarbes. (Manus. Duco.)

56 MARIAGE DE d'anTRAS. [1574]

pour accompaigner Monsieur d'Ossun, son frère (100), qui audit lieu avoit fet dessein despouser la sienne qui estoit la segonde fille de Monsieur de Panassac de Seyches, ce que il fit et moy avec lui le mesme iour par compaignie comme de bons amys, et après avoir espousè tous deux audit Thoulouse nous y demourames despuys devant la fête de Noël iusques à ce que Ihiver fut fort avancé pour fere nostre retrete droit Cornac et de là à Labattut et Aussun ou assistoint tousiours les dites dames et madame de Barbachyn (101) et autres avec elles, et nous aussy une bone trouppe avec elles, pour leur tenir compaignie, et en ces iours nous passions bien le tamps.

Et durant nos espousailles à Toulouse Monsieur de Lavalette, lors lieutenant de Roy en Guiene ^ , ala assiéger un cliasteau à la comté de Foix qui fesoit avec certains bandoliers tous les désordres et ruynes qui se porroient dire sur le pays là où nous fumes de Tholouse en hors, et après y avoir demouré quelques iours et battu le print et en fit de ces gens voleurs une belle et examplere punition (102).

Et durant le tamps que iestois gouverneur de Marciac par commission de Monsieur le maïquis de Villars lors lieutenant de Roy en Guiene, et le bon consentement des habitans qui me fesoient Ihonneur de maymer et moy aussi à eulx, ie taschois à les bien servir et conserver la ville pour le servisse du Roy comme à la vérité je le fis sans reproche fesant la guerre de là en hors et fet de belles exécutions contre ceulx qui la voloient troubler et surprandre.

[1573] En ceste année de mon gouvernemant delan mil cinq cens septante-cinq il ny avoit guiere villes en Gascogne où il y

a Jean de Nogaret, baron de La Valette, dont il a déjà été question. Monluc critique ainsi la décision que prit Charles IX peu de jours avant sa mort : « Le Roy fit un nouveau remuement fort dommaigeable à la Guyenne : ceux qui viendront après nous se feront saiges par les fautes d'autruy : c'est quil départit le gouvernement en deux, ayant donné ce qui est deçà la Garonne, du cousté de Gascogne à Monsieur de La Valette, et ce qui est delà à Monsieur de Losse Ce feust ung grand erreur au conseil du Roy, » t. m, p. 528.

[1575] SIÈGE DE MTRANDE. 57

eut de gens de guerre pour la garde que Trye ^ , là où sestoit retiré Monsieur de Sarlabous accompaigné de Messieurs du Masses (105) Desclassan son frère (104), de Sere (103), de Mont de Marrast (lOG) et autres de leurs amys et dens la ville d'Aux estoit le capitcne Giscaro (107) avec une belle trouppe, et moy à Marciac aussi avec forse honestes gens comprins les Messieurs de la ville.

[1376] Auquel tarnps le Roy de Nabarre arriva de la cour en ce pays de Gascougnet» là où il mit en certenes villes de fortes garnisons et entre autres à Myrande et àBassoues c , auxquels lieus ayant demeuré les gens de guerre quil y avoit mis en repos quelques iours sans fere samblant de rien ils entreprindrent dudit Myrande en hors de sortir et venir iusques auprès de Marciac pour nous alarmer et fere prysonniers sils en eussent trouvé dehors la ville.

[1377J Ce que voyant et nous ayant fort alarmés ne nous doublant encore de rien et nestant assurés à quelles fins le Roy de Navarre y avoit mis ces gens, nostrc délibération fut bien tost fête pour monter à cheval bien accompaignés et de certains autres de nos amys pour sçavoir ce qu'ils avoient envye de fère, les suyvimes jusques aus portes dudit Myrande où il fut tiré une pystoulade par un de nos coureurs qui estoit le capitene Mont de Lupiac (108) à un qui gaigna la porte incontinent.

Lalarme fut là dedens et les portes fermées et ne pouvant rien fere plus que de nous fere tirer harquebusades nous nous retirâmes le petit pas sans avoir cognoissance qu'ils nous

a Trie-sur-Baise, chef-lieu de canton des Hautes-Pyrénées, arrondissement de Tarbes.

J> Le roi de Navarre ne vint en Gascogne que dans l'été de 1576. Après la reddition de La Rochelle, il était resté avec la cour à Paris, à Vincennes, puis était allé à Lyon à la rencontre de Henry III, qu'il avait suivi à Avignon, à Reims, à Paris. Il avait quitté cette ville le 3 février 1576 pour se rendre en Anjou, d'où il gagna le Poitou, la Saintonge, le Périgord, enfin la Gascogne.

c Commune du département du Gers, arrondissement de Mirande, canton de Montesquiou.

volsissent suyvre et nous arrestames encore à TOratoire un peu cuydant les voir que si en allant nous neussions failly le chemin nous les eussions rencontrés qui eut esté cause que nous nous fussions bien batus et de si près que, ie croys, ils ne sen fussent pas mouqués.

Enfin nostre resolution fut de nous retirer altandant quelque autre meilleure occasion, mais ils ny retournarent plus.

Et durant ceste garnison de Myrande Monsieur de Sarlabous, qui estoit à Trye comme il a esté dit a . y avoit une entreprinse pour laquelle exécuter il y falloit forse gens et pour ceste occasion il memploya pour lassister et le fus trouver au dit lieu de Trye bien accompaigné de vingt cinq ou trente chevaus et autant de harquebusiers et cuydant fere quelque chose de bon nous voilà à cheval toute la nuict, mais estant entre labbaye de Berdoues b et Myrande il arriva nouvelles au dit sieur de Sarlabous de ne passer plus avant parce que il ny avoit pas moyen de rien fere de ceste nuict. Nous voyla dong rebrousser chemin et nous retirer attandant quelque autre meilleure occasion et après avoir veu quil ne se falloit pour encore altandre à ceste exécution ie luy dis adieu et m'en revins à Marciac.

Desja plustost que cella narriva Monsieur de Massenconme (109) m'estoit venu trouver à Marciac pour me dire que si nous vohons assister les susdits habitans de Mirande, quils estoient résolus de se saysir dune tour pour nous doner lantrée ce que ie luy promis, et cella demeura secret entre nous deux sans en donner cognoissance à personne. Cella demeura quelque tamps que les dits habitans nosoient se bazarder, sur quoy njus en avions presque perdu espérance iusques à la fin quils en adverlirent ledit sieur de Massencoume luy disant quil

a Raymond de Cardaillac-Sarlabous, dont il a été déjà question, était gouverneur de Trie.

^ L'abbaye de Berdoues de l'ordre de Cîteaux, fondée en 1134, est à 3 kil. de la ville de Mirande sur la Baise. Voir sur celte abbaye le Gallia christiana, et surtout les Chroniques du, diocèse d'4wc/i, par dom Brugèles,

estoit tamps sans plus différer et de men advertir, et que si cette exécution ne se fesoit à ce coup quil ny falloit plus espérer ny si attandre.

De quoy mayant donné advis le dit sieur deMassencoume à Marciac, de Moncla^ en hors, envyron mynuict, je fis diligance dassambler tout ce qui me fut possible pour marcher avec une bonne trouppe d'harquebusiers pour laler trouver audit Monda la nuict mesme où estoit le rendez vous, où ie le trouvis tout prest pour marcher avec dix ou douze de ses amys et sans nous arrester guière ensamble audit heu nous voyla droict à Mirande iusques à TOraloire qui estoit sur nostre chemin où nous fîmes un peu halte qui estoit à la pointe du iour pour leur donner lalarme du cousté de fabbaye de Berdoues avec seulemant quatre ou cinq chevaus, et layant fet ils ne sesmeurent pas beaucoup parce que en ces iours qui estoit sur le commansement du moys de may il fesoit bon dormir au son du rouchyniol ^ , et ceulx de la ville nous ayant apperçus ils se saysirent de la tour qui est du cousté du chasteau avec le signal qui avet esté donné et arresté qui estoit de tirer quelque harquebusade de la tour droict à la ville lequel ayant veu nous alames droit là et si serrés en alant, que presque un lynseul eust couvert toute nostre trouppe, avec un beau may que nous avions bien choisi pour le planter à lantrée de la viUe et contre la muraille et violons après pour commencer la danse c .

Et estant arrivés sur le heu quelques harquebusades nous

* Monclar, commune du canton de Monlesquiou, à 6 kil. de Mirande.

b L'abbé Monlezun (page 412 du lome v de l'Histoire de la Gascogne) traduit ainsi cette gracieuse petite phrase : « On était au mois de mai, la garnison dormait au doux chant du rossignol. » D'Antras commet une légère erreur : le siège de Mirande eut lieu entre le 10 et le 24 avril.

c Ce mai, ces violons mentionnés avec une si bonne et si franche gaîté par notre chroniqueur, ne donnent-ils pas raison à ceux qui ont dit qu'en notre vieille France on courait aux plus périlleux combats comme on court aux plus joyeuses fêles ?

fussent tirées en récompense de ce bon office pour nous obliger et nous saluer mais pour cella sans nous arrester nos eschelles furent mises et dressées en lendroyt que nous avions délibéré près de la tour, et à mesme tamps nos gens furent sur les murailles sans nullemant sarrester qui firent quitter une guérite à ceuh de la garnison qui desja estoient arrivés audit lieu pour nous empescher ou autremant nous recevoir au festin pour nous fere bonne chère et telle que vous pouvez panser.

Cependant Monsieur de Massencoume et moy fesions fere ouverture à la porte de la dite tour qui estoit murée ce qui fut bientost fet avec forse gens, et lantrée fut libre, et voyant ceulx de la garnyson que nous estions dedans quittarent la ville et se saisirent de trois tours où ils se lougearent avec résolution de si deffandre ou avec honeur morir là-dedans.

Nous ne perdions pour cella tamps de nous avancer jusques à la halle et y louger nostre corps de garde et gens sur les avenues affin déviter ce danger sils fussent sourtis des dites tours pour venir à nous et quils neussent peu nous surprendre sans dire qui va là, comme aussi il fut avisé à la garde de la tour de nostre antrée et aus environs et ayant remédié à tout ce que nous pouvions pour un cepandant nostre résolution fut de despécher messagiers avec lettres pour advertir tous les seigneurs et capitenes de Gascogne de venir nous donner secours, comme Messieurs de Gramont, de Gondrin, de Sarlabous, de Barannau, lors seneschal d'Armaignac (110), du Masses, de Gyscaro, de Fontenilles (111), de Sainctorens (112) et autres, lesquels ayant reçu ceste nouvelle avec nos lettres firent telle diligense que dens vingtquatre heures ils arrivarent en la dite ville de Myrande accompaignés d'environ mille ou douze cens chevaus et mille ou douze cens harquebusiers, qui fut la plus belle assamblée qui se porroit voir arrivée en si peu de tamps de vingt-

[1577] SIKOE DE MIRANDE. 61

quatre heures et une brave noblesse bien montés et bien armés harquebusiers et tout.

Dequoy nous fumes bien ayses de nous voir si bien accompaignés. Bientost les deux tours furent gaignées et lautre il ny eut moyen de Tavoir que par la force où le sieur de Sent-Criq qui estoit le chef de ceste garnison (H3) sestoit retiré avec ses meilleurs homes. Il y fut assiégé et combien qu'on le sommât avec grans prières de se rendre et quitter la dite tour promettant luy fere toutes les courtoisies qu'il eut seu désirer ny espérer d'autres, il ne volut pourtant rien fere pour lesperance qu'il avoit d'avoir bientost secours, ce que voyant je men allés avec la permission de tous les susdits seigneurs et capitenes chercher quatre ou cinq pyesses de campaigne à Marciac pour les en deslouger.

Pourquoy fère ie fis telle diliganse que le lendemain ie fus de retour à Myrande avec les susdites pyesses de campaigne et les ayant bracquées droit à la tour firent tefie exécution que nous eussions sceu désirer, si ce nest lune qui se creva qui tua le sieur de Sent Jean dAngles (lli) et le capitene Puyo (IIS) de Vie Bygorre et blessa un peu mon frère qui fut presque tout couvert de la poudre de la dite pyesse, mais il neust point autre mal ny danger.

Et nous estant lougés contre la muraille de la dite tour pour y antrer suyvant la resolution qui en avoit este fête les assiégés après quelques harquebusades iettarent un grant carreau entre autres pyerres qui dona sur la teste de feu Monsieur de LasdePardiac (116) qui tomba, et encore qu'il eust un bon habillemant de teste à preuve d'harquebuse il n'arresta pour cella de luy rompre la teste et ayant esté pourté en un lougis de la ville il morut dans quatre ou cinq iours après avoir esté bien pansé par de bons cyrurgiens, qui fut un grant dommage parce quil estoit un brave gentilhome et qui estoit aussy mon bon et intime amy.

La batterie se continuet toutjours et pour cella Sent Crlq

ne se vouloit point rendre iiisques à lexlrémitè quil vit quil nen pouvoit plus et quil ny avoit remède de tenir davantage pour avoir perdu lesperance du secours que Ion luy avoit promis voyant la perte quïl fesoit toutjours et la nécessité des vivres qui luy avoint manqué, il volsit tirer la teste par un trou de la dite tour pour parler de se rendre, mais un des harquebusiers qui estoient lougés aus maisons les plus proches de la tour qui tiroint incessament luy donna par la teste sans pouvoir dire mot et il morut et incontinant nous entrâmes là dedans, là où il y en morut quelques uns aussi et dautres sauvés et entre autres Monsieur de Magensan (H7) frère de Monsieur de Baranneau fut sauvé et bien pansé dune petite blessure qu'il eut dans la dite tour dans laquelle il se deffandoit bien.

Et après ceste exécution fête voycy arriver le roy de Navarre avec de belles trouppes pour leur donner secours a, mais il trouva qu'ils estoient prins et perdus de quoi il fut bien estonné et fort marry estant venu contre la dite tour et voyant quil ny avoit autre remède pour nestre arrivé assez à tamps il reprint le mesme chemin pour se retirer, ce que nous voyons de la ville en hors sans tirer un seul coup, les laissant passer aussi sans dire mot pour le respect que tous pourtoientà Sa Majesté i^ .

Les susdits seigneurs qui estoient dans la ville de Myrande estoient quelques fois en volonté de sourtir, mais ils demourarent long temps sur la préférence du commandement sur lequel estant résolus nous voyla en campaigne avec toutes les trouppes estant desja le Roy de Navarre bien loing.

* D'après les séjours et itinéraire du Roi de Navare, par Berger de Xivrey (t. II des Lettres missives, p. 553\ le Roi de Navarre passa devant Mirande toute la journée du 24 avril 1577. Remarquons à ce sujet que dans l'édition des (Economies royales, qui fait partie de la collection Michaud et Poujoulat on a eu le tort de mettre sous Tannée 1576 le siège de Mirande et la venue du futur Henri IV devant cette ville.

b D'Aubigné, Histoire universelle, n'est pas d'accord avec notre chroniqueur Bur les suites de la prise de Mirande; mais d'Antras est ici un témoin oculaire, et l'autorité de d'Aubigné ne saurait balancer la sienne.

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Il fut suivi jusques a Jeguna ou il fesoit repètre sans encore avoir eu aucune alarme de nous voyant audit lieu d'assès près et en bataille il sestonna de voir une si belle trouppe ce que luy donna occasion de deslouger de ce lieu estant desja bien tartb qui fut cause aussi que nous nous retirâmes du cousté de la ville Daux ou aus environs pour chascun se séparer de là en hors et moy droit à Myrande pour retirer lesdites pyesses de campaigne de Marciac où ie fis diligansede les conduyre et les randre au mesme lieu comme iavois fet lors de lexeculion de Tarbes.

Il y fut fet audit Myrande quelque peu de butin, sautant de chevaus de ceulx de la garnison desquels il y en eut quelques uns de bons sans autre chose; ny les habitans ne perdirent rien, lesquels furent en ce et en tout fort respectés comme à la vérité ils aydèrent fort à la reprinse de la dite ville. Aussi cella ne se pouvoit sitost sans eulx qui y apportarent tout ce qui estoit de leur pouvoir et de bone volonté comme estant bons serviteur du Roy.

Aussy Monsieur de Massencoume et moy avec nos amys leur fîmes à ce coup un bon servisse, aussy faut il ayder les amys et voysins à leur nécessite, car il faut dire comme les anciens sages pugna pro patria et ainsi il faut vivre en ce monde. La charité nous oblige à fère les uns pour les autres. le puys dire pour mon particulier nen avoir iamais eu aucune récompanse ny moins en demander. Dieu soyt loué ie nay iamais tant désiré que de servyr mes amys et voysins et estre en leur bone grâce et amityé c .

a Jegun, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Auch, à 17 kil. de cette ville. D'après les Séjours et ilinéraire, le roi de Navarre alla le soir du 24 avril souper et coucher à Barran, et le lendemain il soupa et coucha à Jegun, où ij passa toute la journée du 26.

b Le roi de Navarre partit pour Fleurance, où il passa la journée du 27 avril j le lendemain il alla dîner à Lectoure et souper à Agen.

c Patriotisme, désintéressement, charité, dévouement; que de belles qualités d'Antras nous fait admirer en quatre lignes! l'énumération, qui serait suspecte e( fastueuse sous une autre plume, n'est ici que naïve et touchante.

^•i d'aXTRAS et le bétail de m. de jriLHAC. [1577]

Et conliiuiaut ma charge au gouvernemaut de Marciac il se présentoiiil quelquesfoys certains Byernois qui desiroient nous voir et nous fère peur pour lenvye quils avoient de surprandre la ville qui leur sambloit estre fort propre pour la commodité du pays de Byarn et fort voysine, mais ils ny approchoient guière de si près quils ne fussent repoussés et souvent battus pour ny retourner plus ou bien tart.

Il ne se perdit rien de la ville de Marciac dedans ny dehors bestailh ny dautres commodités ny fet prysonniers tant que ie y demouris gouverneur, combien que Darmaignac en hors certains pycoriens^ entreprindrent de venir prandre quelques bestailh de Monsieur de lulhiac (118) à sa mayson de Coûteux, sur quoy la plainte arrivée et que ledit bétailh avoit esté prins et admené fut incontinent résolu entre nous de le recouvrer ou se perdre; et nous estant assamblés et ledit sieur de Juilhac aussy, fut question de partir la nuict après qui estoit fort obscure et froide avec un fort mauvais tamps, et ayant fet le chemin de six Ueues pour aler où nous pansions le trouver, la mayson fut cernée de harquebusiers et autres de nous.

Et nous ayant descouvert, lalarme fut audit lieu et par tous les voysins et après leur avoir parlé et dit ce que nous charchions voycy arriver Monsieur de Meysmes (119) et autres avec luy pour me prier de ne vouloir rien entreprandre sur ladite maison me promettant que dens lendemain ou le iour après le betailh seroit randu et mené au mesme heu quil avoit esté prins, et parce que ledit sieur de Meysmes estoit de mes bons amys je marrestis sur sa parole, qui fut audit jour entretenue et le betailh remis (120). Ce fut la mesme nuict que après avoir délivré ce que nous cherchions la mesme route fut prinse pour nous en retourner qui fut douze lieues sans nous arrester ny repestre nous ny nos chevaus. Nous voyla donc de retour à Marciac et les habitans fort contans et ledit sieur de Juilhac aussi. Il me samble que cestoit de mon debvoir et de

a « Lespicoreurs, pires ennemis, » dil Michel de Montaigne.

[1577] d'axtras a Beaumarchais. 65

ma charge de fère une telle courbée pour recouvrer ce que nous avions perdu.

En ce tamps aussi je fus employé par les habitans de la ville de Beaumarchez quy estoient souvent visités, pyllés et sacamautésa des huguenots du Byarn et daustres et des nostres mesmes, de les assister quelques iours, ce que ie fis avec une trouppe de mes amys pour les conserver, avec peu de despanse parce que nous estant lougés ensamble vivions à leur discrétion comme bons voysins et amys.

Et durant nostre assistance ils ne furent nuUemant vysités ny tourmantés des uns ny des autres, qui fut un grand contantemant pour eulx et pour nous aussy voyant nos coudées franches; et lorsque nous voyons les ennemys aux environs nous allons droict à eux pour nous mettre sur leur chemin pour les arrester, ou les combatre, ou les contraindre de prendre autre chemin, mais ils ne volsirent iamais attandre. Ils estoient aussy de ces gens pycoriens qui estoient adonnés et propres à ce beau exercisse, mais quilsb neussent trouvé aucune résistance. Il ne fut possible iamais de les pouvoir approcher, ils sen alloient de veue et partoient à bone heure. Ils estoient nuict et jour en campagne et quant on les pansoit en un heu ils estoient en un autre.

Cella dura environ dix sepmenes ou deux moys que je demeurés avec lesdits habitans de Beaumarchez qui nous firent bonne chère c sans autre récompanse que Fofîre de leur amytié qui eussent bien désiré que nous eussions pu y demurer davantage, mais les alarmes et les affères que nous avions à Marciac et les avertissemans de nous prandre garde et à la ville pour éviter les surprinses des Byernois qui pouvoient y

* Sacamautés est là pour escamotés, c'est-à-dire pour gens qui sont victimes d'escamotages, de vols. La lettre initiale e est ici supprimée comme en revanche d'autres fois, à cette époque et même plus tard, en Gascogne, la même lettre était abusivement ajoutée devant certains mots tels que squelette, statue, etc., etc.

^ Mais qu'ils, c'est-à-dire pourvu qu'ils.

c Bon accueil. Bonne chère n'a signifié que par extension un bon repas, le

bon repas étant une des formes du bon accueil.

66 d'aNTRAS a BEAUMARCHAIS. [1577]

arriver en mon absancc, nous en garda, combien que ie allois et venois souvent dudit Beaumarehez à Marciac.

Et à même tamps que iassistois lesdits de Beaumarcliez iobtins commission de Monsieur le marquis de Villars avec une belle sauvegarde etcommandemant pour ne y longer aucime de nos trouppes tant de cheval que de pied laquelle sauvegarde ie leurlayssés, qui leur servit long tamps après iusques à la paix. Et cepandant nous fesions merveilles à Marciac, s'antant passer le tamps, une bone trouppe que nous estions en tous beaux exercisses, et mesmes y fut entreprins un ramelet (121) qui dura quelque tamps, auquel se joignirent avec nous presque tous les genlishomes voysins sans nous abandonner jusques à la fin.

Il arriva après un commandemant de Monsieur le marquis de Villars, lors lieutenant de Roy en Guiene, à tous les capitènes de gens d'armes de laler trouver à Bourdeaux pour le servisse du Roy^ à quoy tous se disposèrent pour bientost marcher et entre autres et pour cest efîect Monsieur de Gramont assambla une belle trouppe, qui plus tost menvoya prier de laller trouver à Séméac près de Tarbes ^ ce que ie fis incontinent; et layant veu me fit présent de Fhoneur de son guydon, combien que Monsieur de Bayordan (122) me Tavoit fet présenter par Messieurs de Carbon (123) et Despuyos (124) quiviendrent me trouver à Marciac, de quoy il ne me fut possible s'en resouldre pour ce coup, pour avoir lors la charge que iavois, mais après avoir parlé ans dits habitans et les ayant remonstré que les afïères en ces jours nestoient poinct

a Cette convocation est expliquée par ce passage de la Chronique hourdeloise de Jean Damai (p. 89) : « Fut donné advis par Monsieur l'Admirai de Villars, que le Roy de Navarre et Monsieur le prince de Condé se vouloient saisir de Bourdeaux, sous prétexte d'y vouloir seulement passer. » Le chroniqueur Darnal met ceci sous Tannée 1577.

b Séméac est à 3 kil. de Tarbes. Cette terre appartenait anciennement à la maison de Castelbajac, qui avait ses tombeaux dans l'église de ce lieu. Bernard, baron de Castelbajac, vendit Séméac vers 1550 à Hélène de Clermont, vicomtesse d'Aster de Gramont, mère du comte de Gramont dont il est ici question.

[l577] D*ANTRA.S A BORDEAUX. 67

ea CCS quartiers fort pressées et que bientost ie serois de retour ils eurent cella fort agréable.

Ce que je fis entandre audit sieur de Gramont qui me manda de me préparer, car il estoit résolu de bien tost partir a et se mettre en chemin et quil passeroit près de Marciac, ce que bientôt il fit et ala longer à Beaumarchez là où il sesjourna un jour seulement, auquel lieu je le fus trouver le lendemain avec quelques uns de mes amys et passant à Plasence et aultres lieux de Rivière basse, le chemin fut prins droit à Bourdeaux où le dit sieur de Gramont ne pansoit pas arriver sans combatre en des endroicls où il y avoit de fortes garnisons, mais cella ne fist rien, persone ne se présanta devant nous. Il avoit grande envye de rancontrer les ennemys et les voir de bien près. Il en rechercha toutes les occasions et se longea deux foys si près deulx quils ne sen pouvoient bonemant desdire sils eussent volu y mordre, mais il ny eut moyen pour ce coup de se voir. Il avoit lors une des plus belles compaignies de France là où il y avoit pour le moins quatre vingts gentishomes bien montés et armés, et presque autant dautres braves homes. Il sambloit au long de ces Landes une petite armée avec quelques harquebusiers à cheval que nous avions.

Messieurs de Gondrin, de Bayourdan, du Masses et autres sen estoient aies du cousté de Condom droict à Agen pour prandre leur chemin le long de la rivière de Garonne, de sorte que tous les dits sieurs et de Gramont aussy arrivarent presque à mesme tamps aux envyrons de Bourdeaux avec leurs compaignies là où nous ne flmes pas un grant sesiour, et ayant monsieur le marquis de Yillars veu lesdites trouppes fit resolution de deslouger dudit Bourdeaux pour aller assiéger Mansiet ville d'Armaignac (123) avec ladvis de tous ces Messieurs qui estoient avec luy. Et surnostre chemin il y avoit un

a Voyez à l'Appendice n" I la lettre écrite à ce sujet par Gramont à d'Antras, le 17 mai 1577.

68 Siège de manciet. [1577]

chasteau nommé Sainct-Jiilicn dans lequel estoit longé un capitène avec certains pycoiiens qui fesoientde grants desordres. Monsieur le Marquis fut prié de les en vouloir l'ère deslonger pour éviter la continuation des ruynes quils fesoient de là en hors.

Ce que il promit et Monsieur de Masses en print la charge, se mit devant avec une bone trouppe, là où estant arrivé ala iusques à la porte dudit chasteau pour les sommer de se randre, ce que luy fut refusé et voulant les y contraindre et entrer par la forse Ton luy donna une harquebusade dens le corps de laquelle il morut bienlost après, qui fut un grant dommage de ce brave capitène de sestre perdu devant ceste bicoque a où nul autre ne récent aucun mal. Il fut bien regreté de tous. Incontinent ledit chasteau fut prins avec peu de résistance et tout ce qui estoit là dedans mys au coulteau ^ .

Et après cella alla Monsieur le marquis de Villars avec ses trouppes, print le chemin de la ville de Mansiet en Armaignac là où estant arrivé il assiégea le chasteau qui estoit bien fort et après Favoir battu et demouré quelques lours il se rendit à composition qui fut après rompu ou en parlye pour ny longer plus; cella fet ledit marquis de YiUars print le chemin de Beaumont de Loumaignec laquelle ville luy refusa lentrée, ce que voyant il en fut fort escandalisé comme estant Ueutenant de Roy en Guyenne.

Sur quoy il se résolut plustost que de bouger de là et des

a Notons ici que M. Littré n'a cité, dans son Dictionnaire de la langue française, sous le mot bicoque^ que [Madame de Sévigné, Saint-Simon et Fontenelle. II lui aurait été facile de trouver bien souvent l'expression dans les mémoires du xvi° siècle.

b Encore une lacune dans le Dictionnaire de M. Littré. Nous ne trouvons pas, du reste, l'énergique expression, mis au couteau, dans les Dictionnaires de Richelel et de Trévoux. Une telle expression où l'image est si vive, si parlante, mérite d'être recueillie.

c Chef-lieu de canton du département de Tarn-et-Garonne, sur la rive gauche de la Gimone. Nous aimons à saluer dans Beaumont-de-Lomagne la patrie du grand mathématicien Pierre de Fermât, une des plus belles gloires de la France méridionale, et la résidence de M. le baron Alphonse de Ruhle, qui a si bien mérité de la Gascogne par son édition des œuvres de Biaise de Monluc.

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