EXPÉDITION DE SAINT'LANNE, [I08O
deux manuscriij les faits racJUtés clans les huit feuillets arrachés :)
(DWntras est blessé à Tépaule d'uQ coup de mousquet.)
« Cette blessure ne le mit pas hors de couibal; il s'ar-
resta avec le baron de Lengros sur le passage, duquel ils restèrent vainqueurs et d'où ils observèrent la contenance des ennemis pour voir s'ils avoient d'autre desseins. Mais voyant qu'ils tenoient la roule droit à Castelnau, ils se retirèrent à Plaisance, où le gouverneur de Marciac fit panser sa blessure pendant un mois de séjour. Peu de jours après, le baron de Lengros, accompagné d'une troupe de soldats, rencontra les capitaines Larroque-Bénac (159), Gensac de Bigorre (140), Hiton et autres braves béarnois ses ennemis; d'abord il y eut un combat très \if : le baron de Lengros fut blessé à la tête, et le capitaine Gensac fut blessé au visage d'un coup d'épée, mais les Béarnois se retirèrent en désordre.
» Après ces quelques petites batailles, les ennemis arrêtèrent pendant quelque temps leur feu en Rivière-Basse, ceux du pays le rallumèrent sur la frontière, battant la contribution, et se logèrent dans l'église de Saint-Justin a, près de Sauveterre et Auriabatt» . Le gouverneur de Marciac [d'Antras], les seigneurs de Samazan c et de Juillac, touchés de la profanation de cette éghse et de l'oppression des habitants fidèles à leur prince et qui avoient fait leur devoir dans les précédentes guerres, vinrent à leur secours avec une troupe de soldats pour dénicher ces brigands autrement appelles croquants, de ce temps-là. L'attaque fut si vive qu'au premier assaut ces sacrilèges furent taillés en pièces sans en excepter un seul. Les Béarnois de Castelnau se saisirent peu de jours après de
a Sainl-Jiisfin, ancienne pla^e forte, à 7 kilomètres de Marciac, bâtie, dit-on, sur remplacement de l'ancien Viens Pardiacus, qui a donné son nom au comté de Pardiac.
b Ces deux communes, du canton de Maubourguet (Hautes-Pyrénées), sont situées sur la limite du département du Gers.
c Frère aîné de Jean dAnlras; voyez la généalogie.
[1580] COMBAT DE LA CAZE-DIEU. il
l'église de Beaumarcliez, cFoii ils avaient projetlé de gaigner la tour de Marseilhana et Tabbaye de La Gaze-Dieu^^ et de fatiguer la garnison de Marciac et tout le pays d'alentour. Ils ne se furent pas plustot logés dans ce poste que le gouverneur de Marciac, accompagné des seigneurs de Samazan et Juillac, vinrent avec leurs troupes pour leur donner la chasse. Ils eurent advis qu'une partie des Béarnois étoient descendus de l'église dans un vallon entre Beaumarchez et La Gaze-Dieu; on les attendit sur un chemin par lequel on crut qu'ils dévoient repasser pour revenir droit à leur fort; l'heure de leur retraite arrivée, les Béarnois seroient tombés en embuscade à la sortie du bois, s'ils ne s'en étoient aperçus. Pour l'éviter ils rentrèrent dans les bois, où il y eut une escarmouche avec coups de mousquets, qui dura depuis le matin jusqu'au soir. Les Béarnois, hors d'espérance de passer à cette heure-là et de joindre le gros de leur troupe à l'éghse de Beaumarchez, furent contraints de se rendre prisonniers de guerre. Les vainqueurs ne se crurent pas assez forts pour garder la prise qu'ils venoient de faire et attaquer en même temps le reste qui étoit dans l'église de Beaumarchez; ils appelèrent à leur secours le marquis de Gampaigne, les seigneurs de Lau, Blancastets (141), Arblade (142) et d'autres seigneurs d'Armaignac. Ils se rendirent le lendemain devant l'égUse de Beaumarchez; les ennemis n'ayant pas assez de forces pour tenir ferme se rendirent prisonniers de guerre et tous ensemble furent conduits, du nombre de deux cent quarante, sur la frontière de Béarn. L'église fut démantelée, afin qu'a l'avenir elle ne put servir d'asile aux Béarnois. La ville de Gastelnau tint toujours le parti des Béarnois, sous les ordres du capitaine Sus. Le marquis de Montespan voulut les y aller attaquer; pour les
a La tour de Marseillan, dont il ne reste plus aujourd'hui que des ruines, est à 4 kil. nord-est de Beaumarchés. Voyez la carte de Cassini.
b L'abbaye de La Gaze-Dieu, ordre des Prémonlrés, vendue nationalement en 93 et entièrement démolie depuis, était située dans la plaine du Boues, près W village de Coutens.
78 PRISE DE BEAUMARCHEZ [1580]
engager au combat il clesceiuiit avec le gouverneur de Marciac, dans la plaine de La Dour, lieu le plus propre pour un champ de bataille. Les Béarnois ne furent pas d'humeur de combattre, et se tenant à couvert sur une hauteur, ils se contentèrent seulement de tirer quelques coups de mousquets. »
[Stiife (la texte, page 2W du manuscrit original.]
Et après le partemant de Monsieur de Montespan en Lyonois le diray quil avoit une grant occasion de fère ce voyage pour servir un tel prince que Monsieur de Nemours (145) en qualité de son lieutenant gênerai^ avec une si belle trouppe qui meritoit bien d'estre employée en de belles et grandes occasions, comme à la vérité Ion lavoit bien entreprins, mais ne pouvant réussir pour y avoir trouvé de grans empeschemans il faulsit se retirer au grant mescontentem.ant dudit sieur de Nemours et de toute sa trouppe à quoy il espéroit fort.
Je diray bien que si ledit sieur de Montespan se fut attandu et demouré sur le pays de Gascougne avec ceste belle trouppe et quelque régimant de gens de pied quil eut peu fère et avec lautorité quil avoit gaignée sur le pays il si fut bien maintenu et randu comme maistre durant ladite guerre ou pour le moins dune bone partye; à quoy il eut bien profité et eust esté cause dun grant bien et soulagemant luy et Monsieur de Lau (144) audit pays et eussent évité les grans ravaiges et ruynes qui se firent despuys son partemant, en ayant admené lors les plus belles forses du pays, avec lesquelles quelque temps avant son partemant il assiégea Jegun qui encore quil fit samblant de quelque résistance il se rangea à la fin àsonobéyssance. Et gaigna la ville de Balance en Gondomoys b , où Monsieur de
ft Nous n'avons pu, malgré nos recherches, donner une date précise aux événements qui précèdent et à ceux qui suivent. La date de la nomination du marquis de Montespan à la charge de heutenant général du duc de Nemours , en Dauphiné, nous aurait fixé sur ce point si nous avions pu la découvrir.
b Valence-sur-Baise, chef-Heu de canton du département du Gers, arrondissement de Condom, à 9 kil. de cette ville. Voir dans la Revue de Gascogne (t. xr, p. 389 et suiv.) l'intéressante étude de M. Denis de Thézan sur Valence et ses alentoxi^rs.