‹ Mémoires. Suivis de documents inédits sur les capitaines gascons pendant les guerres de religion et de la généalogie de la maison d'AntrasChapitre 21 sur 38 · SIÈGE DE SAINTE-BAZEILLE · texte numérisé non relu

SIÈGE DE SAINTE-BAZEILLE

sans y panser, et fit si bien quil le retira de ce lieu (encore quils ne fussent guières bons amys) en danger que les ennemis leussent achevé sur le lieu et fit un grant coup de se pouvoir sauver soy-mesme. Ledit sieur de Mont morust bientost après bien regretté. Sur ceste alarme nous fumes bientost à cheval et estant aies iusques près de la porte il ne se fit rien que nous tirer des harquebuzades sans voloir sortir plus avant, qui fut cause que chascun se retira.

Monsieur le mareschal de Byron demeura audit lieu de Seincte-Baseille sans fère batterie ny de grans efl'ets environ deux moys, parce que ie croy il les pansoit avoir aultremant et sans coups de canon. Cepandant il arriva en nostre armée une maladye générale nommée la coquelusie^ qui nous donna bien de la peyne à tous et à Monsieur le mareschal le premier qui en passa et généralemant tout le reste après luy, qui fut occasion que ne pouvant rien fère plus et le danger de ceste maladye, larmée fut congédiée pour se retirer chascun en son lougis. Ce fut un miracle de voir que incontinent avoir changé dair tout le monde se porta fort bien (136) et prêts à y revenir pour fère quelque bon servisse au Roy.

Bientost après le retour du voyage de Seinte-Baseille et siège de ladite ville et après nous estre remis de ceste maladye qui estoit telle que Ion n'eut sçeu dire ce qui fesoit mal, mais seulemant une lassitude si très grande que ceulx qui nen sont passés, ne le sauroient croire, ie fus employé par Monsieur de Lengros (137) de le voloir assister contre les trouppes des huguenots de Byarn qui à même tamps que nous estions en ladite armée et siège de Sente Baseille lavoient fet de grans affronts et tous les désordres qui se porroient dire en toutes ses terres et ruyné ses voysins et subjects, chose qui me fut ayzée à luy promettre, comme bons amys que nous estions. Et nous estant assignés il me dit que lorsqu'il en seroit tamps et qu'il

a La coqueluche. Voir note 136.

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auroil nouvelles des ennemis il nien doneroit advis ce qui ar^ riva plus tost que le ne pansés.

Et nous estant assamblésà Lengros avec nos amys et quelques harquebuziers, nous voyla la nuict marcher iusques en un lieu nommé Sent Lane^ auquel et dens un boys fut fête nostre embuscade, lieu fort propre sans une grant pluye qui nous accompaigna toute la nuict sans cesse. Je vous laysse panser si nous eslions bien tristes et mesme les pauvres harquebusiers, qui neut esté en leur puissance de pouvoir le matin tirer un seul coup.

Nous demourames en ladite embuscade jusques à dix heures de matin cuydant les voir passer en ce heu pour sen aler à Gastelnau de Rivière de quoy nous avions advertissemant asseuré; sur quoy Ion sestoit trompé parce que le jour devant ils estuient passés sans que nous en sceussions rien sinon comme je vous diray Iheure passée de nostre embuscade. Nous en alames passer tout contre les murailles de ladite ville de Gastelnau de Rivière là où persone ne dit rien ny fère aulcun samblant de tirer une seule harquebusade. Mais estant descendus à la plène de la rivière delà Dour en nous retirant les voicy sourtir de leur tanière et paroistre sur le hault de la montaigne où nous avions passé, pour venir à nous une bone trouppe de chevaus et aussy forse harquebusiers frais et gaillards beaucoup plus en nombre que nous n'estions avec les armes à la main. De sorte que Monsieur de Lengros et moy les voyant venir avec tant de gens de guerre fîmes resolution de passer la rivière et les attandre sur le bord et cepandant fère retirer nos harquebusiers droictà Plasense, qui nous eussent esté inutiles pour estre si fort mouillés avec leurs harquebuses qui ne eussent peu tirer ny servir de rien que dun desordre; et après avoir prins leur chemin pour se retirer nous les attandimes sur le lieu moy sur le bord de la rivière de la Dour

a Saint-Lane, commune du département des Hautes -Pyrénées, près Castelnau-de- Rivière- Basse.

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avec huit ou dix et ledit sieur de Lenc^ros à cent ou six vingts pas derrière nous quils ne pouvoient guière voir, avec le reste delà trouppepour nous soustenir sil estoitbesoing.

Ils arrivarent dong et ne sarrestarent jusques à ce qu'ils furent tout contre le bord de la dite rivière de lautre cousté; là où estant ils nous saluarent de forse harquebusades avec délibération de venir à nous et passer la rivière et voulant savancer avec parlye de leur trouppe, et passé plus de la moytié du passaige je fis estât de leur fère une charge et les fis repasser plus vitte que le pas.

Ce nestoit pas sans nous saluer tousjours de harquebuzades qui fesoient à certains plus de peur que de mal. Les voycy encore une aultre fois quils volsirent savancer et revenir à nous par le mesme endroict. Je leur fis de mesme une recharge qui se retirant de la mesme fasson que devant sans pouvoir fere autre chose, si ce nest que sur la charge poursuyvant le capitène Hytton (138) de Byarn, je luy tuay son cheval, en se retirant et luy se jetta dens leau au miUeu de la rivière qui fut secouru par leurs harquebusiers qui estoient tousjours sur le bord de la dite rivière qui nous tiroint incessamant et de fort prés de sorte que ie fus blessé à lespaule droite dune harquebusade qui encore quelle enfonsat le bord de ma cuyrasse, elle narresta pour cella de fère coup, de quoy ie ne fis aulcun samblant iusques à nostre retrette, que mon frère sen advisa. Ce fut

(Ici il y aune lacune de 8 feuillets, de la page 2H à la page 226 inclusivement.)

(Uabbé Duco, auteur, comme nous l'avons dit dans notre Avertissement, d'une Histoire manuscrite de la Bigorre, a presque littéralement extrait des Mémoires de Jean d'Antras tout ce qui se rattachait à son sujet. Voici, d'après son pré-

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