AVERTISSEMENT. XV
sincèrement, nous comptons beaucoup plus, pour le succès derèdition, sur d'Antras que sur nous-mêmes. Sans vouloir nous laisser entraîner dans une de ces exagérations qui sont, dit-on, familières à la Gascogne, nous dirons que les récits du châtelain de Cornac ont tout ce qu'il faut pour attirer le lecteur et pour le retenir. Le style, nous l'avons déjà déclaré, est inélégant, incorrect; mais gardons-nous bien de nous plaindre de ces incorrections qui ont aussi leur prix; d'Antras pourrait nous dire avec Boyvin du Villars : « J'ay apprins que je ne scay quelles gens plus enflez de cacquets que d'érudition, disent que mon langage est si rude qu'il n'a rien de ceste élégance, ny de ceste délicatesse qui doit estre familière à ceux qui se veulent mesler de traicter l'histoire; a quoy je leur repondray, que si je voulois parler de l'amour et non de guerre, que je me fusse efforcer d'emprunter de leur boutique du sucre et du miel pour le rendre plus gracieux et plus délicat qu'il n'est pas; mais qu'en traictant et d'armes et de combat, il estoit à propos que mon langage sentist le canon et le soldat barbouillé et mal pigné, que le dameret passefilonné. » Combien du reste ces défauts sont rachetés par la grâce naïve de la phrase, par la piquante vivacité du récit! Et quelle franchise rayonne partout! Comme on voit bien que le loyal gentilhomme ne cache rien de tout ce qu'il sait, de tout ce qu'il pense a ! Le noble accent de la vérité vibre en toutes ces pages, et ce n'est pas un des moindres charmes de nos Mémoires, Ce qui contribue encore à leur donner un intérêt saisissant, c'est l'enthousiasme belliqueux dont ils portent l'empreinte. Cet amour des combats, qui de tout temps a été un des signes caractéristiques de la
a Larcher (Glanage, t. xvi, p. 302) avait déjà rendu au narrateur cet hommage : « Son style naïf me le fait présumer très fidèle. ^
XVI AVERTISiBMENT.
race gasconne, anime, comme une flamme généreuse, les récits que Ton va lire. On y sent, en quelque sorte, Tenivrante odeur de la poudre. C'est par là surtout que les Mémoires de d'Antras méritent d'être rapprochés de ceux de Biaise de Monluc (G). Sans doute on n'y rencontre pas des pages comme celles qui ont placé le défenseur de Sienne au nombre des plus entraînants de nos vieux écrivains, pages où se reflètent, semble-t-il, tous les éclairs que jetait une des plus vaillantes épées d'un siècle où les héros se comptent par milliers; mais, si dans les Mémoires de d'Antras, la langue est moins colorée, le souffle moins puissant, la verve moins éloquente, il reste encore entre ses récits et ceux de Biaise de Monluc assez de points de ressemblance, assez cVair de famille, pour que nous ayons le droit de croire que tous les admirateurs des Commentaires accorderont leurs sympathiques suffrages à la Vie du pauvre capdet de Gascougne,