RÉDIGÉE AU XVIII' SIÈCLE ET TIRÉE DES ARCHIVES DE M. LE COMTE
A. d'ANTRAS.
Jean d'Antras fut animé dès sa tendre jeunesse du désir de la gloire. On lit dans ses Mémoires ou Commentaires de sa vie que, dans son bas âge, il s'adonnait à l'étude des beileslettres au collège de la ville d'Auch (1), où il était avec quatre-vingts ou cent gentilshommes; et qu'en l'année 1563^1ors âgé de quinze ans ^ , le bruit des guerres civiles qui ravageaient la France étant parvenu jusqu'à lui, et que les huguenots s'étaient déjà rendus les maîtres de plusieurs villes dans plusieurs provinces du royaume, à l'exemple de tant d'autres, il conçut le généreux projet de marcher sur leurs traces. Peu de temps après, il prend son parti, il achète un cheval ou bidet du prix de six écus, et, n'ayant qu'une pareille somme en bourse (2), il part pour le Languedoc, où le feu de la guerre était allumé, et va à Toulouse, où il apprend que les troubles s'étaient apaisés parla bravoure et le secours des gentilshommes de Gascogne. Après quatre ou cinq jours de séjour à Toulouse, ilpartitpourNarbonne.M.deFourquevaux (5) y assemblait, par ordre du roi, quelques compagnies de chevau-légers et de gens de pied; Payant salué comme ayant l'honneur de lui appartenir (4), le gouverneur, ainsi qu'il le rapporte, lui donna une arquebuse fort belle, des fourniments et un fort beau morion. Il aimait mieux porter par pré-
a Cela nous donne la date de la naissance de notre chroniqueur, 1548. L'auteur de la notice n'a pas indiqué la date de la mort de d'Antras. L'abbé Monlezun (t. VI, p. 611) s'exprime ainsi : « On ignore Tépoque précise de sa mort. Elle arriva de 1623 à 1627. »
XVIÏI NOTICE SUR JEAN d'aNTRAS.
fèrence une arquebuse clans une des compagnies des gens de pied, que d'être liomme de cheval, ayant déjà pour maxime qu'un jeune homme doit pour commander commencer d'obéir. Etant parti de Narbonne avec les troupes, et étant arrivé en un village appelé Lattes, à peu de distance de iMontpelher, les troupes s'y retranchèrent; mais ayant un jour fait une sortie (5), il tua pour son premier coup d'essai le cheval d'un cavaUer de l'armée ennemie, et le cavaher fut percé de coups. Ayant rencontré en 1363 plusieurs cadets gentilshommes, qui partaient pour aller rejoindre le capitaine deMonluc, qui partait pour une expédition à la Floride, il se joignit à eux et s'embarqua avec les troupes pour l'isle de Madère. Etant arrivé, et le capitaine Moulue ayant été blessé à la cuisse d'un coup d'arquebuse tiré d'un fort et étant mort à la suite de sa blessure (6), les troupes s'en retournèrent en France. En 1366, les huguenots ayant repris les armes, ledit Jean d'Antras, en ayant été invité par le baron de Montesquiou, alla rejoindre les troupes à Agen. Etant aux environs de Chartres, il enleva, en combattant, une enseigne aux ennemis. Il se trouva au siège de La Rochelle et eut son cheval tué sous lui; il y fut blessé aux deux cuisses, au bras droit et à la main gauche, reçut deux coups de pistolet dans sa cuirasse, et malgré ses blessures, se battit contre un soldat ennemi qu'il amena prisonnier. Il se trouva à la bataille de Moncontour a , reçut un coup de pistolet dans sa cuirasse; son cheval culbuté tombe sur lui; Monsieur, frère du roi, heutenant général de Tarrnée, le touche de son épée et le fait chevalier. Il est nommé gouverneur de Marciac après le massacre de la Saint-Barthélémy. Après beaucoup de fatigues et sans cependant avoir Fintention d'abandonner l'exercice des armes, il se maria avec demoiselle Françoise de La Violette, dame et héritière de la Salle de Cornac,
a La mention de la présence de d'Antras à la bataille de Moncontour (3 octobre 1569) aurait dû, par respect pour lordre chronologique, précéder la mention de la présence de notre narrateur au siège de La Rochelle.