‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 15 sur 117 · LA VIE INTÉRIEURE S · texte numérisé non relu

LA VIE INTÉRIEURE S

qui avaient grand appétit, et les rieurs. Il trouvait que la jeunesse devenait triste, les jeunes gens qui l'abordaient maussades. « Ils ont toujours l'air de s*être tues la veille, disait-il, ceci est un mauvais symptôme. C'est là le fruit des impatiences maladives, des ambitions précoces. La jeunesse saute Fâge des plaisirs, pour gagner les champs ennuyeux des honneurs. Elle passe devant la gloire, la salue quelquefois, mais elle court après la fortune. Mauvaise génération, qui ne vous donnera pas un homme et qui préparera, en revanche, le règne des laquais... »

Après le déjeuner, il sortait ordinairement sur les deux heures pour aller visiter ce qqe la mort lui avait laissé de ses vieux amis devenus fort rares, ou bien pour solliciter dans quelque ministère, soit un emploi* soit quelque secours pour un garçon sans place ou une famille sans pain; quelquefois il allait au bois de BoU'* logne, qu'il aimait beaucoup avant qu'on ne k lui eût gâté. A six heures, il rentrait pour dîner et ne ressortait plus. Il y avait toujours chez lui une, deux, quelquefois trois personnes à dtner. Il n'aimait pas dîner seul. « La compagnie oblige, » disait-il. Un jour de la semaine, le jeudi, il donnait un grand dtner. J'y ai vu jusqu'à seize personnes dans sa petite salle à manger; et quelle gaieté I quelle amabilité dans toute sa personne alors ! Sa vieille amie en faisait les honneurs avec une grâce et une réserve du meilleur goût Quelquefois on chantait, et il chantait lui-même. On y parlait de tout.

Béranger avait une mémoire extrêmement étendue, une mémoire prodigieuse : pas d'histoires qu'il ne sût. Il connaissait celles de toutes les grandes maisons,

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