‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 16 sur 117 · LA CHANSON · texte numérisé non relu

LA CHANSON

leur origine, ce qu'elles avaient été, ce qu'elles étaient, même leur position de fortune. Dans Tintimité, il se plaisait à rappeler les jours de sa jeunesse. Il avait une grande faiblesse pour la chanson, en particulier pour les siennes ; quand on le mettait sur ce terrain, il s'y étendait volontiers. Nous allons résumer ici ce qu'il nous a dit lui-même de ses œuvres : « J'avais tenté tous les genres, la tragédie, le drame, Tode et les poèmes. Je faisais des chansons comme tout le monde, pour amuser les autres. J'avais dans ce temps-là une telle facilité de rimer que j'aurais parlé en vers si on l'avait désiré. Je n'étais satisfait ni de mes tragédies, ni de mes odes, ni de mes poèmes. J*ai môme fait des idylles qu'on peut retrouver encore dans les almanachs du temps. »

M. de Chateaubriand dit dans ses Mémoires à ce sujet :

« Je priais un jour Béranger de me montrer quelquesuns de ses ouvrages inconnus : « Savez-vous, me dit-il, » que j'ai commencé par être votre disciple? J'étais fou » du Génie du christianisme, et j'ai fait des idylles chré- » tiennes : ce sont des scènes de curés de campagne , » des tableaux du culte dans les villages et au milieu des y> moissons. »

« Je ne me doutais pas, ajoutait Béranger, que je marchais à côté de ma voie. A trente-cinq ans, lorsque je publiai mon premier volume de chants, j'avais pris le deuil de la gloire ; je renonçais aux genres élevés pour ne plus m'occliper que de la chanson. J'avais remarqué que la chanson, comme plusieurs autres genres, est toute une langue, et que comme telle, elle est susceptible de

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prendre, les tons les plus opposés. J'ajoute que» depuis 1789» le peuple ayant mis la main aux affaires du pays» ses sentiments et ses idées patriotiques ont acquis un très-grand développement; notre histoire le prouve. La chanson, qu'on avait définie Veospression des sentimenU poptUavres^ devait dès lors s'élever aux impressions de joie ou de tristesse que les triomphes ou les désastres produisaient sur la classe la plus nombreuse. Le vin et l'amour ne pouvaient guère plus que fournir des cadres pour les idées qui préoccupaient le peuple exalté par la révolution ; et ce n'était plus seulement avec les maris trompés» les procureurs avides et la barque à Caron qu'on pouvait obtenir l'honneur d'être chanté par nos artisans et nos soldats aux tables des guinguettes. Ce succès ne suffisait pas : il fallait de plus que la nouvelle expression des sentiments du peuple pût obtenir rentrée des salons pour y faire des conquêtes dans l'intérêt de ses sentiments, de là autre nécessité de perfectionner le style et la poésie de la chanson.

» Ce n'est pas tout de suite» disait-il, que j'ai élevé son vol. La première fois que je chantai le Dieu des bonnes gens, c'était chez Laffitte, je commençai le premier couplet en tremblant; cette chanson obtint un grand succès, le genre était fixé, je pouvais lui donner désormais le tour le plus élevé de la philosophie et de l'histoire. Restait à atteindre mon but. »

On sait comme il l'a atteint, et combien sont déplacées les éternelles autant qu'ennuyeuses comparaisons qu'on nous fait de lui et d'Horace.

« Je comprends, dit-il encore, les reproches que plu-

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