‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 31 sur 117 · G LE SUFFRAGE UNIVERSEL · texte numérisé non relu

G LE SUFFRAGE UNIVERSEL

de la tribuue. Qui ne les regrette pas? Je crois avec vous qu^elle est plus regrettée en haut qu'en bas, mais le peuple en fera toujours bon marché. La liberté, c'est le luxe des gens heureux, affranchis de tout travail matériel, ou de gens dont la position est indépendante de la fortune. Mais pour le peuple, liberté veut dire révolution, bien-être. Ailleurs, elle veut dire se manifester, s'exprimer, parvenir. Le roi de la liberté bourgeoise, mon roi, comme dit le petit Blanc, poursuivait-il en riant, qu'a-t-il fait pour les classes les plus nombreuses? que nous a-t-il donné? Rien. M. Thiers ou M. Guizot, M. Guizotou M. Thiers. Je vous demande un peu comme ces illustres personnages allaient au peuple.

» Le roi Louis-Philippe, en refusant l'adjonction des capacités, a commis une grande faute. Il fallait résolument élargir le sens électoral, bien s'armer, prendre en main les intérêts populaires , parler au nom des masses, et par là contenir la bourgeoisie avec des armées de travailleurs suspendues sur sa tête ; en agissant ainsi, il assurait à sa dynastie cent ans d'existence.

» Le suffrage universel , c'est le pouvoir national opposé aux libertés bourgeoises ; mais comme les trente-six millions d'hommes qui composent aujourd'hui la nation ne pourront jamais s'entendre sur la diversité de leurs intérêts et les réglementer, avec les agitations de la liberté comme nous l'entendons aujourd'hui, je crains pour l'avenir des dictatures terribles, car c'est le peuple qui imposera ces dictateurs. Il se pourrait bien que le peuple, corrompu par l'exemple des fortunes rapides et souvent peu honnêtes, immorales dans leurs résultats, préférât de beaucoup l'aisance à l'indépendance, et de-

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