‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 35 sur 117 · LA DAME QUI S'ENNUIE · texte numérisé non relu

LA DAME QUI S'ENNUIE

« Je m'ennuie, lui disait un jour en ma présence une dame riche à plus de quatre cent mille livres de rente.

— ; Faites des aumônes, madame, vous vous ennuierez moins; rien ne distrait mieux et ne fait une meilleure humeur que les bonnes œuvres. »

La dame se pinça les lèvres et répondit cette impertinence :

« Les pauvres sont plus heureux que nous; ils n'ont pas tous les embarras d'une maison à tenir.

— La pauvreté, madame, est un plaisir qu'il est facile de se donner; il ne coûte rien, celui-là, » répondit-il.

Sa physionomie, alors, était à demi grondeuse, à demi railleuse. La dame prit le parti de garder le silence, c'est ce qu'elle avait de mieux à faire. Cependant elle se retira en disant que les pauvres étaient des envieux.

«Pas plus que vous, répliqua le chansonnier en la reconduisant, puisque vous jalousez notre pauvreté. »

Les administrations, les préfectures, les hospices, les ministères des arts et des lettres, sont remplis de ses bienfaits. Son or, sa protection, son talent, son temps, même ses veilles, étaient au service de toutes les conditions et de tous les malheurs; artistes, poètes, journalistes, hommes de lettres, ouvriers, manouvriers, femmes, enfants, vieillards, en haut, en bas, partout, dans le palais, à l'église, en prison, jusqu'aux mansardes, Béranger a semé partout ses bienfaits :

Modeste et bon, cet homme vertueux, Privé des biens que l'opulence affiche,

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