‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 36 sur 117 · LE BILLET A PAYER · texte numérisé non relu

LE BILLET A PAYER

A semblé pauvre nu riche fastueux.

Et par SCS dons au pauvre a semblé riche.

Sa morale avait pour compagne la bonté, Tesprit de charité , dont il ne s'est jamais départi ; refuser un service lui causait une peine inCnie.

LK BILLET A PAYBH.

Quelqu'un se présente chez lui; il déjeunait: c'était un jeune homme. Il venait, disait-il , de la part d'Altaroche. Il s'agissait , pour ce jeune homme, d'une somme de cent francs à payer, sans quoi on allait l'exproprier. Soit que ce jour-là Béranger ne fût pas en fonds, soit qu'il eût craint d'être trompé par ce jeune inconnu , il refusa la somme.

«(Pourquoi, lui demanda-t-il , M. Altaroche, qui vous adresse ici, quoique plus riche que moi, ne vous aide-t-il pas? Qu'il vous donne au moins la moitié de la somme, je ferai le reste. »

Le jeune homme sortit.

oc Ce jeune homme s'en va triste , dis-je à Béranger.

— Oui, mais il ne sera pas au bout de la rue qu'il sera peut-être consolé ; moi, je ne le suis pas encore de lui avoir refusé, » ajouta-t-il , et il devint pensif.

LA DAME BLEUB.

C'était le jour aux visites , et Dieu sait combien il en recevait, le cher homme; c'était ordinairement à l'heure

de son déjeuner et toujours en mangeant. Il demeurait alors à Passy, rue des Moulins, n"* 1 . Un équipage des plus riches s'arrête à la porte ; une dame d'une trentaine d'années, brune, pâle, petite et des plus jolies, en des* cend, sonne et entre chez Béranger, qui va un peu audevant d'elle pour la recevoir et lui présenter .une chaise.

Après les compliments d'usage , la dame prit la parole d'une façon vive :

« Monsieur, monsieur, pardonnez-moi; je viens m'informer si vous avez eu la bonté de vous occuper de mon protégé?»

Béranger garda un moment le silence, prit un ton boudeur, coupa son pain comme un homme à bout de patience, el finit par répondre :

« Voire protégé , qu'est-ce qu'il est? qu'est-ce qu'il veut? Je ne le connais pas. Vous croyez que les affaires se font comme cela, qu'il n'y a qu'à se baisser et à en prendre.

— Ah I monsieur, vous êtes si bon !

— La bonté n'a rien à faire ici, madame. Il ne s'agit pas pour cette affaire d'une apostille ou d'une simple lettre, encore une fois ; il me faut faire des démarches, il me faut voir les gens, leur exposer l'affaire avec le plus de clarté possible, dire l'intérêt qu'on porte à la personne, d'où on la connaît. Qu'est-ce qui me répond des capacités de votre protégé?

— Moi, monsieur.

— Je ne doute pas, madame, que vous ne soyez une jolie répondante, même aimable, peut-être trop aimable pour ne pas se tromper I fit-il avec malice.

— Mon mari, ajouta la dame, appréciait beaucoup les talents et les aptitudes de mon protégé.

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