‹ Mémoires sur Béranger: souvenirs, confidences, opinions, anecdotes, lettresChapitre 84 sur 117 · LA SYLPHIDE · texte numérisé non relu

LA SYLPHIDE

» Frappe I et œs bords au gré d'un ciel vengeur, » Reverdiront d'abondance et de gloire.

)> Des tyrans le sang détesté

» Réchauffe une terre appauvrie.

» Doux enfant de la liberté,

» Le Plaisir veut une patrie. »

Le poëte, dans les fers, juge ses juges. Il les traîne au tribunal de l'opinion qui casse les jugements en dernier ressort Le pauvre poëte regrette une chose, une seule, dans sa prison :

J'ai vu naguère une sylphide, Sylphes légers, soyez mes dieux.

Emportez-moi vers elle , ou bien ramenez-la vers moi :

Hélas I rapide météore,

Trop vite elle a fui loin de nous,

Doit-elle m'apparaitre encore?

Quelque sylphe est-il son époux?

Non, comme Tabeille elle est reine

D'un empire mystérieux :

Vers son trône un de vous m'entraîne.

Sylphes légers, soyez mes dieux.

La sylphide s'enfuit au bruit des verrous et des clefs. Mais voici le pigeon messager :

Il est tombé las d'un trop long voyage.

Bois dans ma coupe, ô messager fidèle, Et dors en paix sur le sein de Kœrls.

184 LB PIGEO!! MESSAGER

Nœris découvre un billet sous son aile;

Mais du bilTet quelques mots me font croire Qu*il est en France à des Grées apporté.

U rient d'Àtbène ; il doit parler de gloire : Lisons-le donc par droit de parenté.

Atbèno est libre ! amis, quelle nouvelle !

Que de lauriers tout à coup refleuris !

Aihène est libre ! ah I buvons à la Grèce, Nœris, voici de nouveaux demi-diebx.

L'Europe, en vain, tremblante de vieillesse, Déshéritait ces aînés glorieux.

Us sont vainqueurs ; Athènes, toujours belle» N*est plus vouée au culte des débris.

Bois dans ma coupe, ô messager fidèle, Et dors en paix sur le sein de Nœris.

Athène est libre! 6 mase des Pindares!

Reprends ton sceptre et ta lyre et ta voix.

Athène est libre en dépit des barbares !

Athène est libre en dépit de nos rois !

Que l'univers, toujours instruit par elle.

Retrouve encore Athènes dans Paris.

Le poëte captif est tout à la liberté. La chanson a des ailes ; elle franchit murs et grilles ; sa voix vibre par les airs; les vents remportent. Un passant, qui retient ses paroles, les apprend à d'autres passants. Quinze jours après , tout Paris connaît ces hymnes à la liberté. Un mois après, c'est la France entière qui les chante :

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