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Mémoires sur Carnot

La Constitution de l'an III signale une phase nouvelle dans la marche de la Révolution française. A ne considérer que son établissement parlementaire, celte Constitution inaugurait deux dispositions opposées à la tradition suivie depuis 80 : la division binaire du Corps législatif et le renouvellement partiel de ses membres. La première de ces dispositions surtout est fondamentale. Elle se justifie dans les pays où il existe effectivement deux classes séparées par leurs tendances et par leurs intérêts. Mais, dans notre France égalilaire, la pondération représentative n'a pas de raison d'être. Si les législateurs de 1795, esprits philosophiques pour la plupart, s'étaient inspirés d'une ohser-

vation générale de la soeiété qui les entourait, ils auraient sans doute abouti à d'autres conclusions; mais, tout entiers aux impressions du moment, préoccupés par le souvenir récent de certains abus, ils sembleut avoir obéi simplement à une pensée de précaution, et n'avoir songé qu'à multiplier les délais. S'ils ont substitué à la puissante unité d une assemblée souveraine la dualité des conseils, c'est pour éviter, par cette complication gouvernementale, les précipitations et les surprises. Le Conseil des Cinq-Cents et celui des Anciens, différant l'un de l'autre seulement par le nombre et par l'âge de leurs membres, n'étaient que deux fractions d'un même ensemble, deux corps séparés par une muraille, selon la plaisante allusion faite par de Maistreau décret qui leur interdisait de se réunir dans une salle commune. On avait bien attribué à l'un l'initiative et la discussion des lois, à l'autre leur vole définitif; mais ils avaient même origine électorale, même durée de fonctions : leurs dissemblances suffisaient pour engendrer entre eux des rivalités, sans offrir l'avantage de la variété des points de vue.

Nous avons dit un mot des observations critiques de Carnot sur le nouveau plan constitutionnel1. Dans les conférences où il fut prépare, et qui durèrent près de trois mois, Carnot exposa ses idées. Nous verrons pourquoi elles n'ont pas laissé de trace dans les débats publics. Nous pourrions les ignorer, si quelques témoins de ces conférences n'en eussent gardé la mémoire, et si Carnot n'eût eu l'occasion, en 1815, de reproduire certaines parties de ses opinions.

Carnot voulait concentrer le pouvoir législatif dans

1 Tome 1", page 585 et suivantes.

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