IRRÉSOLUTIONS DE NAPOLÉON
rances insensées ; il comptait sur un relourde l'opinion publique en sa faveur; et voyant se rassembler autour de Paris une armée, lui qui avait déclaré qu'il n'existait plus d'armée, il offrit ses services comme général à la Commission de gouvernement ; elle ne crut pas devoir les accueillir. Tantôt il s'enivrait des cris de Vive i 'Empereur! proférés autour de son palais par ces fédérés, redoutés et repoussés un mois auparavant ; il se croyait encore l'idole du populaire et songeait à s'en servir pour ressaisir un pouvoir tristement abandonné; tantôt, sous l'impression de meilleurs sentiments, moitié humanité, moitié lassitude physique et morale, il reculait devant l'idée de la violence; il ne voulait pas qu'une goutte de sang français coulât pour satisfaire son ambition. Puis venaient des plans de retraite à la Cincinnatus, a la Washington, ou bien des projets aventureux, comme celui de se rendre au Mexique pour se mettre à la tele des indépendants ; et après cela l'abattement, un détachement des choses du monde, une lâche satisfaction en se voyant soulagé de toute responsabilité.
A chaque instant c'étaient de nouveaux motifs imaginés pour relarder son départ : il commandait la plus grande hâte; puis, voyant l'empressement répondre à ses ordres, il s'écriait qu'on voulait se débarrasser de lui. Il affectait le rôle de martyr, que nous l'avons vu continuer à Sainte-Hélène, au préjudice de sa dignité.
Cependant sa présence à Paris servait de prétexte à des rassemblements tumultueux. D'un autre côté, elle entravait les négociations pacifiques, en permettant aux diplomates étrangers de supposer que son abdication n'était qu'un jeu convenu avec le Gouvernement provisoire. Enfin sa sûreté personnelle pouvait être compromise. À toutes les démarches tentées pour le déterminer
à partir, il opposait une résistance puérile, dont ses meilleurs amis avaient droit d'être affligés et mécontents, mais qui ne sauraitjustifier certains manquements de respect. 11 y en eut de scandaleux et d'ingrats, dont nous détournons nos regards.
Le 25 juin, dans une réunion du matin, plusieurs membres de la Commission exécutive rendirent compte de leurs visites infructueuses à l'Elysée; et, bien que Carnot fût, beaucoup moins qu'aucun d'entre eux, lié personnellement avec Napoléon, ils le prièrent d'essayer si ses conseils n'auraient pas plus d'influence.
Carnot avait résisté le dernier au projet d'abdication, parce qu'il croyait que l'Empereur pouvait encore rallier les forces de la France ; mais, ayant vu cet homme s'affaisser sur lui-même, il avait pris au sérieux sa retraite définitive de la scène politique. Napoléon IL lui sembla alors un symbole d'unité nécessaire, Napoléon II, sans la régence de son père, dont la présence servirait de prétexte à la continuation des hostilités européennes.
Voilà pourquoi la mission délicate qu'on lui offrait ne fut pas refusée ; et cette mission il la sut remplir avec tous les égards que le spectacle du malheur inspire aux cteurs généreux.
11 se rendit à l'Elysée. Napoléon était au bain. Informé de la présence de son ancien ministre, il ordonna de l'introduire.
Je laisse parler Carnot; eelle note est de sa main :
« Je lui exposai le sujet de ma visite et n'eus aucune peine à le convaincre de l'urgente nécessité de quitter la capitale, tant pour sa sûreté personnelle que pour la tranquillité publique. Napoléon ne manifesta pas le moindre désir de révoquer son abdication, comme on l'a prétendu, ce qui d'ailleurs eût été visiblement ab-