DERNIÈRE MALADIE
voire charmante lettre du 15 mai. Me voilà septuagénaire; mais, en recevant de si touchantes marques d'affection de vous et de ce que vous avez de plus cher, je me crois rajeuni, je crois revoir la cascade de mon pays natal, en ressentir la fraîcheur et entendre le chant des oiseaux qui peuplent les bosquets d'alentour. »
L'âge et le pressentiment de sa fin prochaine ne le rendaient point indifférent aux affaires générales. C'était l'époque de la guerre d'Espagne. II suivait avec une anxiété qui se peint dans sa correspondance la marche de l'armée française dans ce pays. Jusqu'au 50 juillet, jour où la plume tomba de ses mains glacées, ses lettres sont remplies, soit par des observations sur les événements militaires, soit par des regrets sur les dépenses ruineuses de cette triste expédition, et sur le sang répandu par nos soldats pour étouffer la liberté, quand ils auraient mérité de combattre pour la servir.
Lorsque, dans les derniers jours de juillet, la faiblesse et la souffrance retinrent au lit notre cher malade, il consentit enfin, pour nous tranquilliser, à recevoir la visite d'un médecin, qui était un ami. Mais ce fut pour causer science avec lui. Quant aux prescriptions, il le pria de les simplifier autant que possible, afin de ne point fatiguer les personnes qui le soignaient. Une fois même, le docteur ayant ordonné un bain, comme j'avais été obligé de sortir, il se dispensa de le prendre, en recommandant au domestique de ne point me le dire. Et lorsque le médecin revint le soir et demanda pourquoi son ordonnance n'avait pas été suivie : « Ils prennent déjà tant de peine pour moi, dit le malade, que j ai été bien aise de leur épargner celle-là. »
Toute son attention semblait absorbée par le soin de nous dérober ses souffrances; et nous étions obligés de
passer la nuit dans une chambre voisine de la sienne, pour le veiller à son insu : l'idée de notre insomnie l'eût tourmenté, et eût aggravé son état.
Il disait secrètement au médecin i « Ne faites pas de vains efforts pour me guérir; donnez seulement, s'il est possible, quelque adoucissement aux douleurs que j'éprouve. »
Il se souvint qu'il avait un peu d'argent à recevoir chez un banquier; et songeant que s'il mourait, j'aurais à remplir des formalités gênantes, il m'appela et me dit de terminer promptement cette affaire, cherchant, par des motifs spécieux, à me tromper sur la raison qui le préoccupait. De mon côté, je devais feindre d'être la dupe de sa tendre ruse.
Le 2 août, il voulut encore se lever et faire sa barbe lui-même; puis il s'étendit sur un canapé. Une faiblesse le prit; on n'eut que le temps de le porter sur son lit, où il expira. Quelques moments après, son visage avait pris le caractère auguste et calme de la mort. Il était environ 8 heures du soir.
Le 5 août, à minuit, son corps fut conduit, aux flambeaux, sur un char funèbre, à l'église Saint-Jean et déposé dans un caveau. Ce n'est que plusieurs années après <ju'on le transféra au cimetière civil de Magdebourg, où une simple pierre, avec son nom pour toute inscription, désigne le lieu où il repose.
Carnot devait mourir en 1823, année de funeste mémoire. La liberté, déjà écrasée à Naples et en Piémont par les Autrichiens, succombait en Espagne sous les -coups des Bourbons de France. Le pouvoir absolu était militairement rétabli partout. Le sang des patriotes arrosait les échafauds, les sociétés secrètes étaient dissoutes, la tribune parlementaire était violée ; la congrégation
fermait toutes les chaires où pouvait retentir une parole d'émancipation. Les journaux royalistes entonnaient un chant de triomphe : « La Révolution est vaincue! » s'écriaient-ils ; puis ils ajoutaient : « En avant! » pour s'encourager à terminer l'œuvre.
La Révolution n'était pas vaincue, pourtant ; au contraire : elle allait puiser des forces nouvelles aux sources fécondes de l'histoire, de la philosophie, de la morale, de l'art, de la littérature. C'est là que se retrempa l'esprit de liberté, pour faire explosion en 1850.
Mais il ne devait pas être réservé au noble vieillard d'assister à celle délivrance. Il s'endormit lui-même lorsque tout paraissait s'endormir sous le linceul de la Restauration triomphante.
Il s'endormit triste, en songeant à son pays, sans désespoir, car il avait foi dans les progrès de la raison humaine, calme, parce qu'il avait la conscience d'avoir accompli les devoirs d'un homme de bien, d'un citoyen et d'un père.
Repose loin de cette France tant aimée ; elle n'a pas été ingrate envers toi : Lorsque vint un jour de liberté, elle réclama tes cendres ; et à défaut de tes cendres elle a gardé ton souvenir.
Quant à ton fils, en lui léguant le soin de raconter ta vie à une génération qui ne t'a point connu, tu lui as fait un présent qui dépasse tous les autres : il sort de ce nouveau tôle à tête avec toi, plus pénétré que jamais de vénération et de tendresse pour celui qui sut mettre tant de simplicité dans la grandeur.
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OUVRAGES DE CÀRNOT
I. Éloge de M. le maréchal de Yauban, par M. Carnot, capitaine au corps royal du Génie. — Dijon et Paris, 1784. In-8.
Autre édition, publiée en 1786, par le général de Montalembert, sous ce titre : Eloge de Sébastien le Prestre, chevalier, seigneur de Vauban, etc., ouvrage enrichi d'observations par un amateur. In-8.
*2. Observations sur la lettre de M. Choderlos de Laclos, à MM. de l'Académie française, concernant l'éloge de Vauban, par M. Carnot. — Arras et Paris, 1786. ln-8.
3. Essai sur les Machines en général, par un officier du Génie. — Dijon, 1783. In-8.
2" édition en 1786, avec le nom de l'auteur.
4. Mémoire présenté au Conseil de la guerre, au sujet des places fortes qui doivent être démolies ou abandonnées, avec examen de cette question : Est-il avantageux au roi de France qu'il y ait des places fortes sur les frontières de ses États ? — Paris, 1 789. In-8., sans nom d'auteur.
!>. Réclamation adressée à l'Assemblée nationale, contre le régime oppressif sous lequel est gouverné le corps du Génie, par M. Carnot, capitaine dans ce corps. — Paris, 1789. In-8.
6. Carnot l'aîné, député du Pas-de-Calais, à ses collègues (au sujet des bastilles), 5 janvier an IV de la liberté française.
7 Rapport sur les réparations et indemnités dues à la mémoire et aux familles de Dillon etBerthois. — 9 juin 1792.
• Nous n'avons compris dans ce tableau que les discours ou rapi orts imprimes séparément.
8. Décret de l'Assemblée nationale sur une fabrication de piques, précédé du rapport de Carnot. — 1er août 1 792.
9. Rapport fait à la Convention nationale, par ses commissaires : Carnot, Garrau et Lamarque, envoyés aux frontières des Pvrénées. — 12 janvier 1793.
10. Rapport sur la levée d'une légion pour l'armée des Pyrénées, présenté au nom du Comité de défense générale. — 29 janvier 1793.
11. Rapport sur la réunion, au territoire de la République, de plusieurs enclaves et pays circonvoisins, présenté au nom du Comité diplomatique. — 14 février 1793.
12. Déclaration des droits du citoyen, proposée par Carnot. — 10 mars 1793.
15. Rapport sur la manufacture extraordinaire d'armes établie à Paris, fait au nom du Comité de salut public. — 5 novembre 1 793.
14. Projet de décret sur la réquisition des armes de guerre. — 1G décembre 1793.
15. Rapport sur la suppression du Conseil exécutif et son remplacement par des Commissions particulières, présenté au nom du Comité de salut public. — 1" avril 1794.
16. Réponse du président de la Convention (Carnot), à l'Adresse des Jacobins de Paris. — 16 mai 1794.
17. Rapport sur la reprise des quatre places de la frontière du nord. — 22 septembre 1794.
18. Compte-rendu, par Carnot, représentant du peuple, de ses dépenses dans les diverses missions qu'il a remplies. — 9 février 1 795.
19. Campagne des Français depuis le 22 fructidor de l'an P* (8 septembre 1795) jusqu'au 15 pluviôse an III, précédé du rapport de Carnot. — 4 mars 1 795.
Éditions in-8 et in-12: Traduction allemande, en 1796.
20. Opinion de Carnot, représentant, sur l'accusation portée contre Billaud-Varennes, Collot d'Herliois, etc., par la Commission des Vingt- Un. — Germinal an III (1795).
21 . Discours prononcé par le président du Directoire (Carnot), à la fête de la Reconnaissance et des Victoires, le 10 prairial an IV. — (Mars 1796).
22. Discours prononcé à la fôte de la Liberté, le 9 thermidor an IV.
23. Discours prononcé à la féte commémoralive du li juillet, le 26 messidor an V.
24. Discours prononcé à la fille commémoralive du 10 août. — 25 thermidor an V.
25. Réflexions sur la métaphysique du Calcul infinitésimal .— 1 797. In-8.
2" édition, très-augmcntée, en 1815.
Cet ouvrage fut, dès son apparition, réimprimé en contrefaçon dans un volume qui contient aussi ['Essai sur les Machines et qui a pour titre général : Œuvres mathématiques de Carnot.
— Basle, 1797. In-8.
Les Réflexions ont été traduites en anglais par le docteur William Dickson. — Londres, 1801. — En allemand, par Fr. Hauff. — Francfort, 1800.
26. Réjionse de L.-N.-M. Carnot, citoyen français, l'un des fondateurs de la République et membre constitutionnel du Directoire exécutif, au rapport fait au Conseil des cinq cents, par J.-Ch. Bailleul, au nom d'une Commission spéciale. — 8 floréal an VI de la république, ln-12.
Nombreuses édi lions, toutes à l'étranger et toutes incorrectes. Traduction en allemand. — Nuremberg, 1 799. — En anglais.
— Londres, 1799.
27. Lettre du citoyen Carnot au citoyen Bossut, contenant des vues nouvelles sur la Trigonométrie. — 50 fructidor an VIII. In-8.
28. De la Corrélation des figures de géométrie, par Carnot, membre de l'Institut national. — Paris, 1801. Grand in-8.
Traduit en allemand par K.-F Schellig. — Dresde, 1801 .
29. Géométrie de position. — Paris, 1805. In-4'avec planches. Ouvrage mentionné par le jury des prix décennaux, — traduit
enêHeroind,parJIeiligenstein. — Manheim, 1804. 2 vol. in-8; et par M. Schumacher, le célèbre astronome. — Altona, 1810. 2 vol. in-8.
50. Mémoire sur la relation qui existe entre les distances respectives de cinq points pris dans l'espace, suivi d'un essai sur la théorie des transversales. — Paris, 1806. In-V avec planches.
51. Principes fondamentaux de l'équilibre et du mouvement. — Paris, 1803.
Traduction en allemand, par C.-S. Weiss. — Leipzig, 1805.
32. De la défense des places fortes. — Paris, 1810. ln-8. 2e édition en 18 H. In-8.
3' édition en 1812. ln-4*avec planches.
Le Discours préliminaire, imprimé à part. ïn-8. Plusieurs contrefaçons à l'étranger. Celle de Saint-Pétersbourg est en 3 vol. in-12.
Traduit dans presque toutes les langues de l'Europe
53. De la stabilité des corps flottants. Rapport fait à la première classe de l'Institut, sur un mémoire de M. Ch. Dupin. — 1814. ln-4\
Beaucoup de rapports de Camot ont été imprimés dans les mémoires de l'Institut et quelques-uns séparément : sur les machines de Cagniard Latour, de Mannoury Dectot, de Lingois, de Nicpce, sur la Géométrie de Hachette, etc.
34. Discours prononcé au Tribunat par le citoyen Carnot,sur la motion relative au gouvernement héréditaire.
Plusieurs éditions.