II
oncles qui était présent, et cette anecdote assez piquante racontée par mon père lui-même : « Chez Rewbell, la soif du pouvoirest inextinguible. Lors du tirage au sort, sa vue était tellement troublée, qu'en ouvrant le fatal billet, quoique ce billet fût pour rester, il lut que c'était pour sortir, et il lui échappa de dire, en faisant un mouvement : C'est mot, mot que j'entendis très-bien, et dont je lui ai fait ensuite quelques plaisanteries. Il est convenu du fait. »
Un arrangement avait bien été conclu depuis longtemps entre les directeurs, mais dans un autre objet : celui des cinq qui le premier serait éliminé par le sort, n'ayant exercé qu'un an ses fonctions, devait recevoir de chacun de ses collègues une somme de dix mille francs, sacrifice assez pénible sur des traitements modestes. Mais on voulait éviter le spectacle d'un membre du gouvernement tombant tout à coup peut-être dans l'indigence, ce qui serait arrivé précisément à l'honnête Le Tourneur. Après fructidor, le nouveau Directoire chargea le trésor public de payer désormais celte délie, qu'il porla à cent mille francs1.
Le désir de Carnot de rentrer dans la vie privée est attesté par ce pass;ige de nos Mémoires de famille, rédigés, comme je l'ai dit, par un de mes oncles :
« En messidor an V, j'allai prendre mon frère (le troisième) à Chalon-sur-Saône, et nous allâmes visiter noire père. Il nous embrassa avec une joie qui lui causa beaucoup d'émotion, et nous dit à plusieurs reprises qu'il n'avait plus qu'un désir, celui de nous voir tous encore une fois réunis autour de lui. Nous nous y serions eiïee-
« Rewbell fut le seul qui voulut en profiter; c'était le seul riche parmi les directeurs.