‹ Mémoires sur CarnotChapitre 75 sur 235 · SI1TES DIJ 18 FRUCTIDOR · texte numérisé non relu

SI1TES DIJ 18 FRUCTIDOR

faveur, à le brouiller avec les républicains en faisant son éloge dans leurs journaux : ils en sont convenus plus tard. De leur côté las proscripteurs justifiaient leurs violences par l'incul|>ation de royalisme; enfin, après le i8 fructidor, le prétendant trouva son compte à faire supposer que toutes les victimes du coup d'État appartenaient à la cause monarebique.

On a reproché au Directoire d'avoir été un gouvernement de bascule. Pour aucun des membres de ce gouvernement la bascule ne fut un système; mais c'était une conséquence inévitable de sa situation. Tout gouvernement qui est le produit d'une bataille est obligé de prendre pour auxiliaires les combattants qui Tout fait triompher, et ceux-ci ne manquent jamais d'abuser de leur crédit. Le pouvoir, avec le sentiment de sa conservation et la clairvoyance du danger, tâche alors de leur résister; et comme à toute force il faut un point d'appui, où peut-il prendre ses auxiliaires nouveaux, si ce n'est dans le parti opposé?

Jusqu'au 18 fructidor, le Directoire se maintint de cette manière, repoussant aujourd'hui l'attaque des anarchistes, demain celle des royalistes, en s' efforçant de pencher le moins possible soit à droite, soit à gauche, et de se contenir dans la limite légale.

On aurait dû penser qu'après avoir franchi cette limite volontairement, et s'être fait décerner une dictature, le pouvoir issu de fructidor serait assez sûr de lui pour ne plus céder à aucun des partis. Nous allons voir tout le contraire : les mouvements de la bascule gouver-

m MÉMOIRES SUR CARNOT.

nementale seront désormais si violents, que chacun d'eux ira briser la barrière constitutionnelle. Le Directoire, au 18 fructidor, s'est cru obligé d'annuler des élections qui avaient, selon lui, donné la victoire aux royalistes; neuf mois plus tard, il se croira obligé d'anéantir des choix qui auront fait triompher les républicains extrêmes. Viennent d'autres élections encore, et deux des auteurs du coup d'État seront chassés du Directoire comme incapables de gouverner ; puis, tous enfin seront réduits à se défendre contre des accusations autrement graves que celles qu'ils ont fait peser sur leurs victimes.

Au bout de deux ans, ce pouvoir était descendu si bas, que sa chute semblait l'unique moyen de salut; et comme il avait fait intervenir la soldatesque dans son attentat contre la loi, chacun se disait : « Ceux qui l'ont élevé peuvent le renverser.» En vain il avait expédié aux aventures lointaines un général dont la gloire le menaçait; le général était revenu avec une nouvelle auréole. Dans le désarroi universel, la France tournait les yeux vers lui comme vers un sauveur.

« Qu'avez-vous f;,j| Je cette France que je vous ai laissée si florissante? » dit alors cet homme dans un langage insolent qu'autorisait la petitesse de ses adversaires. « Je vous ai laissé la paix, j'ai retrouvé la guerre ; je vous ai laissé des victoires, et j'ai retrouvé des revers; je vous ai laissé les millions de l'Italie, et j'ai retrouvé partout des lois spoliatrices et la misère. »

Et lorsque les Directeurs crient au respect de la Constitution, il est en droit de leur répondre : « La Constitution, osez-vous l'invoquer? Vous l'avez violée au 18 fructidor, violée au 22 floréal, violée au T>0 prairial ! »

Oui, les premiers coupables de la nouvelle usurpation du pouvoir étaient ceux qui l'avaient d'abord usurpé :

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