‹ Mémoires sur CarnotChapitre 74 sur 235 · ERREUR DE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

ERREUR DE LA FAYETTE

exigeait de sa part une véritable force d'âme, car beaucoup devaient ignorer les motifs de sa conduite, même parmi nfls amis et dans ma propre famille. Il lui fallut supporter en silence un blâme qu'elle ne pouvait repousser sans une dangereuse publicité. Je n'ai su tout cela que plus tard. Elle vécut dès lors retirée chez ses parents. Quand les portes de la France se rouvrirent pour les proscrits, ma femme accourut se jeter dans mes bras, me rapportant notre enfant et sa fortune conservée. Je lui intentai sur-le-champ un procès en nullité de divorce; elle se défendit aussi mal que possible; grâce à des juges complaisants, je regagnai ma femme, et nous avons vécu plus unis que jamais. »

I^s hommes les plus sincères et les mieux en position d'être bien informés sont exposés à commettre des erreurs étranges.

Nous lisons dans les Mémoires de La Fayette une lettre écrite à M. de Maubourg, et datée d'Utrecht, peu de temps avant le 18 brumaire, lettre dans laquelle le général rend compte d'ouvertures qui lui auraient été faites, de la part de Carnot proscrit, pour l'engager dans une tentative de renversement du Directoire. Il ajoute que Carnot avait lui-même fait une apparition en Hollande, et qu'il s'y était rencontré avec Sieyès, venant de Berlin, et allant prendre possession de son fauteuil de Directeur. Suivant ce récit, aucun arrangement n'aurait pu se conclure entre eux, Carnot demeurant inébranlable dans sa foi républicaine, tandis que Sieyès penchait vers la monarchie constitutionnelle, et que les chefs militaires,

Moreau et Joubert, voulaient écarter complètement les conventionnels et leur influence.

Rien de cela n'est vrai ni vraisemblable. Carnot, pendant sa proscription, ne quitta point la Suisse et la Bavière; il n'eut aucun rapport avec Sieyès, qui n'était pas du tout son homme. C'est d'ailleurs méconnaître son caractère que de le présenter comme occupé de complots : il avait pour les manœuvres occultes une invincible répugnance. La Fayette en eut plus tard la preuve, et il prend soin lui-môme de la donner: il raconte que, vers 1815, certains conspirateurs contre l'empire, que Carnot n'avaitpas accueillis, étant venus le trouver, il ne crutpas devoir les décourager. L'illustre général n'éprouvait pas la même aversion que Carnot pour ce genre de guerre; nous sommes bien loin de lui en faire un reproche, car il eut l'occasion d'y déployer, jusque dans sa vieillesse, un courage et un dévouement admirables. A l'époque dont nous parlons, quelques intrigants le trompèrent sans doute.

D'autres écrivains out parlé de lettres échangées entre Carnot et le prétendant qui prenait le nom de Louis XVIII: elles sont aussi peu vraies, aussi peu vraisemblables. Le roi de Mittau aurait écrit au proscrit du Directoire pour lui ouvrir les bras et lui faire les plus belles offres; Carnot aurait répondu qu'il croyait à ses bonnes intentions, mais nullement à son pouvoir de les réaliser; il se serait servi de ces paroles : « 11 y a des ingratitudes forcées. »

Remontons à la source probable de ces inventions, qu'aucun lecteur attentif n'a prises au sérieux et que nous mentionnons seulement pour ne rien négliger :

Pendant ses fonctions directoriales, Carnot représentant dans le gouvernement l'opinion modérée, les royalistes cherchèrent à le compromettre par leur apparente

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