RETOUR AUX AFFAIRES PUBLIQUES
l'administration militaire, qui devait se composer de 6 inspecteurs généraux, de 18 inspecteurs particuliers et de 56 sous-inspecteurs. Les consuls proj>osèrcnt à Carnot la place de premier inspecteur, avec la présidence du conseil. Carnot se souciait peu de rentrer dans les affaires, ayant commencé, pendant son exil, des travaux mathématiques qu'il eût été heureux de continuer au sein de sa patrie et de sa famille retrouvées. 11 allégua d'abord ces motifs; puis se rendit, sur l'observation de Clarke que son refus pourrait être considéré comme une bouderie orgueilleuse. Quelques mois après, le premier Consul, soit qu'il cédât à l'opinion, soit qu'il se crût assez affermi pour n'avoir pas à redouter près de lui une renommée considérable, fit offrir à Carnot le ministère de la guerre, occupé jusque-là par Bcrthicr, son ancien chef d'état-major. Carnot s'excusa de ne pouvoir accepter une fonction qui devait absorber tout son temps. Après des pourparlers, par l'intermédiaire de plusieurs amis communs, Bonaparte envoya auprès de Carnot son collègue au consulat, Lebrun (plus tard duc de Plaisance). Carnot dit franchement à celui-ci que, vu l'état de désorganisation où se trouvait le ministère, il faudrait pour le remettre à flot une grande liberté d'aclion, et qu'il craignait de ne pas trouver cette liberté auprès d'un homme qui devait avoir d'aussi légitimes prétentions que Bonaparte à exercer la haute main sur toutes les affaires militaires. « Le premier Consul comprendra parfaitement, » ajoutat-il, « que j'ai acquis assez rudement une réputation d'administrateur pour ne pas la risquer dans une entreprise qui offre de médiocres chances de succès, n
Lebrun lui répondit qu'il avait fait trop de sacrifices à la chose publique pour refuser celui qu'on deman-
dail: « Si les affaires de la guerre étaient en bonne situation, c'est un cadeau qu'on vous offrirait ; aujourd'hui c'est une charge que vos concitoyens imposent à votre patriotisme, parce qu'ils pensent, et le premier Consul, et nous tous, nous pensons que vous seul pouvez réparer le désordre et le délabrement. »
Puis, sans donner à Carnot le temps de prendre haleine, Lebrun l'emmena chez Bonaparte, qui le remercia avec effusion de son dévouement, et lui promit de le laisser entièrement maître de son terrain, déclarant d'avance qu'il donnerait tort à quiconque voudrait le contrarier en la moindre chose.
Berthier alla prendre le commandement de l'armée de réserve et céda à Carnot le portefeuille de la guerre. (Le 12 germinal an VDI, 2 avril 1800.)
Avec cette position, qu'il s'attacha à tenir aussi étrangère que possible à la politique proprement dite, commença pour Carnot une nouvelle période d'activité administrative.
Un de ses premiers soins fut d'appeler auprès de lui son frère Feulins, qui l'avait si bien secondé dans des occasions décisives. Feulins, alors inspecteur général des fortifications, vint s'installer dans un cabinet voisin du sien. Là, sans litre officiel, il passait en revue les portefeuilles des chefs de service, choisissant les affaires qui méritaient l'examen personnel du ministre, et lui en faisant un premier rapport sommaire. — Le poste de secrétaire général du ministère était rempli par M. Auguste Collignon, dont le frère avait épousé la plus jeune sœur de ma mère l.
1 M. Auguste Collignon, esprit orné, à tendances philosophiques, M relira de bonne heure des affaires et vécut jusqu'en 1850» Le moraliste américain Emerson, fervent admirateur de Montaigne, raconte qui-