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Mémoires sur Garrick

ir^iERRE Corneille a créé son art et son siècle : car nous ne saurions compter comme des écrivains très-utiles aux progrès du Théâtre Français , Jodcîle , Hardy ^ Garnier^ Tristan^ etc, , etc.

Le créateur du Théâtre Anglais , Shakespeare fut également annoncé par de faibles prédécesseurs. Ils bégayaient une langue que Shakespeare devina.

Nous allons voir que les théâtres de l'une et de Tautre nation ont eu la même origine , c'est-à-dire des farces pieuses, des moralités, des mystères. La comédie profane sortit de ce germe religieux. Ainsi , TÉglise fut le berceau du théâtre.

jj HISTOIRE ABREGEE

En France , des bourgeois mêlés à des pèlerins de Jérusalem , élevèrent un théâtre vers le printemps de l'année iSgS. Ils y représeptèrent la passion de Jésus-Clirist. Nous lisons dans les historiens , qu'on y fondit en larmes et que les sanglots des spectateurs interrompaient à tout moment les acteurs. Mais le prévôt de Paris n'osant permettre un spectacle que n'autorisaient ni le roi , ni l'Eglise , leur défendit de continuer leurs représentations. Alors, ils se munirent de l'approbation du gouvernement, relevèrent leurs tréteaux dans une autre église , et donnèrent à leurs jeux une couleur tellement édifiante , qu'on avançait l'heure des vêpres, pour que les fidèles ne manquassent pas la comédie.

Par un acte du parlement d'Angleterre , passé sous le règne d'Edouard III, en i3i5, on reconnaît qu'il existait deux genres de spectacles , fort différens : le premier, composé de pièces édifiantes et sérieuses -, le second, de turlupinades indécentes , jouées par des vagabonds appelés mwmneis , qui promenaient, de village en village, le scandale de leurs bouffonneries el celui de leurs mœurs.

Ils furent poursuivis, condamnés et chassés.

L'an i4o3 , des baladins non moins décriés méritèrent aussi l'animadversion de la législature. Un acte du parlement , passé dans la quatrième

DU THEATRE ANGLAIS. iij

année du règne d'Henri IV , défendit à certains maîtres rimeurs d'infecter le pays de Galles par leurs représentations licencieuses. Ces maîtres rimeurs se donnaient pour la postérité des bardes , si célèbres au temps des druides. Assurément, le fils de Fingal eut désavoué ceux-là (i).

De ces turpitudes, on passa de plein saut aux mystères. Ces pièces appelées saintes étaient une profanation de la Bible même , où les auteurs puisaient leurs sujets. Ils se croyaient justifiés d'une pièce indécente, par la sainteté du livre qui la fournissait. Une action coupable et même punie de Dieu , n'était pas offerte aux spectateurs comme une leçon , mais comme un exemple qu'on était libre de s'appliquer.

Cette époque peut bien être appelée le sommeil des muses.

Les moralités qui suivirent les mystères et qui forment le troisième âge du Théâtre Anglais , ne valaient guère mieux , comme composition poétique •, mais on y discernait une intention morale. Du reste , les vertus et les vices y paraissaient sous des formes animées. Dans une de ces moralités, Innocence , un bandeau sur les yeux et

(i) Ossian , fils de Fingal , barde du cinquième siècle de notre ère. Voyez la version de James Maepherson , traducteur des poèmes du barde écossais.

Iv HISTOIRE ABKEGKE

conduite par un chien , est rencontrée par Déloyauté qui crève les yeux au pauvre guide , et qui le mange.

Cela paraissait ingénieux et bien imaginé.

Le Théâtre Français en était pareillement aux moralités. Voici celle que je trouve citée , comme une des meilleures, dans une Histoire de Vart dramatique en France (i^84). « Banquet attire )) chez lui bonne compagnie^ gourmandise Gl je M bois à vous. Il les lue par trahison , et, con- » damné comme meurtrier de ses convives, il subit » son jugement avec résignation , après avoir ré- » cité son miserere. »

Le Nécromancier de Shellon , poète lauréat , la Chandeleur de John Palfre et T Homme de J. Skot sont les plus anciennes moralités de notre théâtre.

On se lassait en France de ces momeries , et les esprits pieux commençaient à s'en scandaliser. Ils étaient piqués de voir que , dans toutes les pièces où le chrétien et le tentateur se trouvaient en scène, c'était toujours le diable qui disait les bons mois et qu'on applaudissait ^ et même il était rare que ces bons mots ne fussent pas de grosses impiétés.

On sentit qu'il convenait de proscrire ce honteux alliage de la religion et de la licence. Les poêles furent invités à se passer du ciel et des

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