CHAPITRE XIV
et Emmeline. La musique du docteur Arne et la beauté des décorations lui valurent une réception favorable pendant plusieurs représentations.
Au commencement de novembre, une excellente comédie de Cibber, le Jacobite^ fat remise au théâtre par Bickerstaff, sous le titre de VHfpocrite. La pièce de Cibber est une imitation du Tartufe de Molière , mais ce n'en est pas une copie servile. Le rôle de Maria est entièrement de Tinvention de Fauteur, et cette comédie, qui offre une peinture véritable des mœurs anglaises, s** élève encore au-dessus de celle qui lui a servi de modèle (i).
Bickerstaff aurait mieux fait de respecter un génie supérieur; mais à cette époque on avait la rage de retoucher et de corriger, comme on le disait , les pièces de nos meilleurs auteurs anciens. Colman avait osé porter une main profane sur le Roi Lear de Shakespeare, et Garrick lui-même, malheureusement, n'avait pu se garantir de cette contagion.
(1) Gloire à Cibber , s'il a fait mieux que Molière et surpassé Tartufe en rimitant ! ( Note des éditeurs. )
igS VIE DE GARRICK.
En décembre suivant, il fît représenter J^i^çmlet avec des changemens de sa façon. Il avait taillé, coupé, retranché les branches qui lui paraissaient superflues; et d'un arbre vigoureux , il fît un tronc desséché. La scène des fossoyeurs n'eût été admise, à la vérité, ni par Racine, ni par Voltaire, ni par aucun auteur dramatique français; mais le génie de Shakespeare s'élevait bien au-dessus de ces règles qui condamnent tout ce qu'il regardait comme une imitation fidèle de la nature. Quand une licence donnait à ce grand poëte le moyen d'ajouter au plaisir de ses auditeurs, il n'hésitait jamais à se la permettre. La scène des fossoyeurs est une imitation de la nature, et le dialogue en est admirable. Et cependant cette scène fut supprimée par Garrick, quoiqu'elle fût absolument nécessaire pour les funérailles d'Ophélie. D'autres changemens qu'il fit à cette pièce n'étaient pas plus heureux; mais comme il ne les publia jamais, il est probable qu'il reconnut son erreur.
Ce fut en février 1771 que \ Habitant des Indes 'Occidentales parut pour la première fois sur le théâtre de Drury-lane. L'auteur, M. Curnberland , tâchait , depuis quelques