CHAPITRE XIV. igg
années, d'atteindre les hauteurs du Parnasse, mais il n'avait pas encore pu pénétrer jusque dans le bois des lauriers , ni se désaltérer à la source sacrée. Pour cette fois, Thalie guida ses pas , et lui montra le rameau d'or dont il s'empara. Cette pièce offre un tableau fidèle du caractère, des faiblesses, et des mœurs du colon des Indes-Occidentales. Elle obtint un succès complet , et depuis ce temps elle s'est toujours maintenue au répertoire. Il fut moins heureux dans les trois pièces qu'il donna coup sur coup dans le cours de la même année. Amélie, Timon d? Athènes , et les Amans à la mode n'obtinrent aucun succès. Cet auteur fécond (i) travaillait trop vite ; il oubliait que le festina lente doit être la règle de tout écrivain qui veut bien faire.
Nous ne dirons qu'un mot de la Fille Grecque (2) qui fut jouée en février 1772. Garrick reçut cette tragédie de la manière la plus obligeante, et ne perdit pas un instant pour la mettre au théâtre. Il avait d'abord dit à Fau-
(1) Il est auteur de cinquante-quatre pièces de théâtre.
(2) Par M. Murphy. {Note du traducteur. \
teur qu'il jouerait lui-même le rôle dî'Evandre'f mais au bout de quelques jours, il trouva que sa santé ne lui permettait pas cette fatigue , et Barry en fut chargé. Si Tauteur se permet d'ajouter ici que cette pièce eut un succès peu commun, il prie ses lecteurs d'être convaincus qu'il l'attribue surtout aux talens de M. et de mistriss Barry, et à la manière inimitable dont ils en remplirent les principaux rôles. Garrick fut si satisfait du jeu de mistriss Barry , qu'il voulut lui en donner une preuve, en montant, pour la représentation à son bénéfice , une comédie nouvelle de sa composition , la Veuve irlandaise , qui fut très-favorablement accueillie. Le sujet en est bien imaginé (i). C'est un miroir dans lequel l'homme qui avance dans la vallée de Tâge, peut reconnaître combien il est insensé d'agir comme s'il était encore dans le printemps de la vie.
Depuis la retraite de mistriss Pritchard et de mistriss Clive, mistriss Abington régnait sans rivale dans le domaine de la comédie.
(i) C'est une imitation du Mariage forcé de Molière
( Note du traductein . ^.