‹ Mémoires sur GarrickChapitre 12 sur 148 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

» venait travoir connu Garrick, demeurant » dans Durham-yard , et se donnant pour n marchand de vin , avec trois barils de vi- )) naigre dans sa cave. » Il est pourtant certain qu^il fournissait toutes les maisons situées dans le voisinage des deux théâtres. David e'tait membre de difFërens clubs dont les acteurs d'alors faisaient partie. Il se permettait même de les critiquer; et pour mettre sa critique en action , il montait sur une table , imitait le jeu de chacun d'eux, et donnait d'avance une idée des talens qu'il devait déployer un jour dans le rôle de Bayes, qui lui a valu de grands applaudissemens.

Depuis ce moment, la profession d'acteur devint le seul but de son ambition. L'état du théâtre, à cette époque, n'était pas très-brillant. Macklin avait réussi dans le rôle de Shflock (i); Quin était sans contredit un excellent acteur ; on goûtait mistriss Pritchard

(i) Un jour qu'il jouait ce rôle , un spectateur , Pope , dit-on, s'éciia du parterre : « Voilà bien le juif que nous » a peint Shakespeare ! w Mais on croit que tout en rendant justice au jeu de l'acteur, il voulait aussi lancer un trait de critique contre lord Lansdown , auteur d'une pièce

et mistriss Woffington dans la haute comédie; mistriss Clive (i) s'^était exclusivement emparée du département de la gaieté : elle mérita d^être appelée la muse comique. Et cependant Fart du comédien était encore dans son enfance : rien n'était naturel dans la déclamation théâtrale ; les passions s'exprimaient par des hurlemens ; un ton pleurard était Taccent de la douleur; une voix tramante Texpression de Famour; et ce n'était que par des vociférations qu'on essayait d'inspirer la terreur. D'une autre part, la comédie s'était dégradée jusqu'à la bouffonnerie. Garrick vit que la nature était bannie du théâtre : il résolut de l'y rappeler, et se flatta d'y réussir en l'imitant avec vérité. Au commencement de

intitulée le Juif de Venise^ qui, depuis près de quarante ans , usurpait au théâtre la place du Marchand de Venise , de Shakes-peare. {Note du traducteur. )

(i) Actrice qui débuta à dix-sept ans en 1728 , qui fit près de quarante ans les délices de Londres, et sur les mœurs de laquelle la critique la plus sévère ne trouva jamais à mordre. Elle est auteur de quelques petites pièces qui ne sont pas restées au théâtre. Elle mourut le 6 décembre 1785 , seize ans après s'être retirée.

{Note du traducteur.)

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