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représentations. Enfin , une députation du parterre monta sur le théâtre, et fit venir le directeur; il fut convenu que ceux qui ne voudraient pas rester à la seconde pièce pourraient sortir à la fin de la première , et qu'on leur rendrait la moitié de leur argent. Cet arrangement fut très-avantageux pour Fîeetwood, car, une fois qu'on avait payé pour entrer et qu'on s'était placé , très-peu de personnes songeaient à sortir , et ce nouveau règlement ne tarda pas à tomber en désuétude.
Dans le cours de la même année , M. Fielding fit représenter, sur le théâtre d'Hay- Market, deux pièces contenant des critiques aussi hardies que sévères, contre l'administration dont lord Oxford était le chef (i).
(i) Ces deux pièces étaient intitulées Pasquin , et /e Registre historique. Elles ne durent leur succès momentané qu'à leur caractère satirique. Une troisième pièce , intitulée le Croupion d'or, qui n'a jamais été ni jouée, ni imprimée, plus violente que les deux autres, et dans laquelle la personne même du roi n'était pas respectée , fut présentée par un inconnu au directeur du théâtre de Goodman 's-Fields, qui porta le manuscrit au ministre, et celui-ci s'en servit avec avantage pour prouver la nécessité d'adopter le bill qu'il proposait au Parlement. Les méchans prétendirent qu'il avait fait lui-même présenter cette pièce , afin d'en tirer avantage dans la discussion,
{Note du traducteur.)
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«Religion, lois, gouvernement, prêtres, juges et ministres, » dit Colley Cibber dans ses Mémoires , « tout était frappé de la massue de cet Hercule satirique. )> Cette licence fit qu'ion proposa au Parlement, au commencement de la session suivante , un bill qui réduisait le nombre des spectacles , et qui défendait qu'aucune pièce fût représentée, avant d'avoir été soumise à Texamen d'un censeur, et sans avoir obtenu son approbation. Le célèbre comte de Cbatam s'opposa à ce bill, avec toute la force de son éloquence: il le représenta comme ou-^ vrant la porte à des tentatives contre la liberté de la presse, et par suite contre la liberté individuelle, et soutint que les lois existantes suffisaient pour réprimer la licence du théâtre ; mais ses efforts furent inutiles , et le bill fut adopté à une grande majorité (i).
En conséquence de ce bill, les théâtres
d'Hay-Market et de Goodman's-Fields furent
fermés, et le censeur, déployant l'autorité
dont il venait d'être armé , défendit la rc-
présentation de Gustai^e- F^asa^p^r M. Brooke,
(i) Encore aujourd'hui , nulle pièce ne peut être icprésentce sans l'appiobation préalable du lord chambellan, {Note du iraducteiu )
et à^ Edouard et Eléonore^ par le célèbre Thompson. Les amis de M. Brooke lui conseillèrent défaire imprimer sa pièce par souscription ; il suivit leur avis , et retira de cette pièce plus de mille livres sterling (i).
Ce fut immédiatement avant la clôture de ces deux théâtres, que M. Garrick débuta sur celui de Goodman VFields , par le rôle de Richard IIL Sa renommée sMtendit en un instant dans toute la capitale, et Ton vit les équipages des personnes de la première distinction accourir en foule à ce spectacle , situé à Tune des extrémités de Londres. Cet acteur célèbre passa ensuite à Drury-lane.
Les quatre années suivantes furent marquées par de nouveaux progrès que fît Macklin dans sa profession et dans Teslime du
(i) On assure que le prince de Galles , qui était alors dans le parti de l'opposition , indemnisa amplement Thompson du tort que lui faisait éprouver la défense de représenter cette pièce. Colley Cibber ayant fait des changemens à Richard III de Shakespeare , ne put obtenir la permission de faire jouer cette pièce, qu'en supprimant totalement le premier acte , attendu qu'on pouvait y trouver des allusions au roi Jacques , qui était alors à Saint- Germain. Il offrit en vain de retrancher tous les passages qui lui seraient indiqués comme pouvant prêter à la malignité ; il fit voir que plusieurs scènes de cet acte étaient nécessaires pour comprendre les quatre autres, tout fut inutile, et la pièce ainsi mutilée fut jouée dans cet état pendant plusieurs années. [Note du tmduct )
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public. En i ySS^ il obtint tant de succès dans le rôle de Blackacrc dans le Franc Parleur (i), qu'ail excita la jalousie de Quin, qui était alors le premier acteur de Drurylane , et qui exerçait sur ses camarades une sorte de tyrannie. 11 prétendit que Macklin , par son jeu muet, dans certaines scènes, nuisait à PefFet de ce qu'il avait à débiter , et le jetait dans Pombre. Il voulut le forcer à jouer autrement; Macklin s^ refusa; Quin insista. Nous avons déjà vu que notre Irlandais n'était rien moins que patient, et qu'il avait pris des leçons dans l'art de boxer. Il donna en cette occasion, en plein foyer, des preuves de son savoir faire au despote subalterne , en présence et à la grande satisfaction de tous ses camarades. Un duel fut sur le point d'en être la suite; mais le directeur Fleetwood arrangea l'affaire , et Macklin continua à jouer son rôle de la manière qui avait obtenu les suffrages du public. Il joua avec le même succès les rôles de lord Foppington dans le Mari insouciant ^ de Ben dans Amour pour Amour , et de Trappanti dans Elle le voudrait et ne le voudrait pas.
(i) La meilleure des pièces de Wychciiey, et cci>endant, d'après un bon cnliquc anglais ( le doelcur Varton ) , ("ort inférieure au Mlsantropc , dont elle est une imitation.
( Note du traducteur. )
La reprise de V Empressé d^ mislriss Centlivre, en 1789, fît paraître Macklin dans le rôle de Marplot. La morale de cette pièce est bonne; mais on y cherche en vain la pureté du langage. Les caractères en sont naturels et bien choisis, le dialogue en est vif, les incidens bien amenés. Cette comédie plaît au théâtre , mais ne supporte pas la lecture. Le pauvre Marplot en est la cheville ouvrière. Ce personnage est aussi bien tracé qu'^admirablement soutenu. Ce n'est point cet Empresse désagréable et fatigant qu'on rencontre souvent dans le monde; c'est un être plein d'une bonhomie et d'une simplicité toujours risible. Macklin eut un triomphe complet dans ce rôle. Il se couvrait admirablement du masque de la sottise et de la stupidité; enfin il l'emporta par -là sur Garrick , qui voulut ensuite s'essayer dans le même rôle. Il mit dans son jeu beaucoup de vivacité; mais il lui fut impossible, comme le dit M. Fox, « de paraître assez sot )> pour ce rôle. Aussi eut-il la sagesse d'y renoncer. L'année 1740 confirma la réputation que Macklin s'était acquise; mais elle s'accrut considérablement en 174*' Depuis bien des années, le Juif de Venise de lord Lansdown , comédie tirée du Marchand de Venise de Shakespeare , avait usurpé sur le théâtre la
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place de celte pièce» Macklin résolut de rétablir dans ses droits le père du théâtre anglais. Il distribua les rôles , se réserva celui de Shflock , cl le Marchand de Venise fut mis à rétude. Pendant les répétitions, il se borna à répéter son rôle , sans indiquer par un seul geste, par un seul regard, par une seule inflexion de voix, comment il avait dessein de représenter ce barbare Israélite. Tous les acteurs dirent que M. Macklin nuirait à la pièce , et Quin sVcria que les sifflets le forceraient à quitter le théâtre pour le punir de son arrogance et de sa présomption. Le directeur lui-même lui conseilla de renoncer à son projet , et de laisser en possession du théâtre le Juif de Venise de lord Lansdown , où Shylock j au lieu d'être le principal personnage , ne jouait qu'un rôle très-subordonné ; il lui fit sentir qu'il risquait de perdre la réputation qu'il avait acquise, tout fut inutile, et le Marchand de Venise fut annoncé pour le i4 février.
Le jour de la représentation, les portes du théâtre furent à peine ouvertes , que toutes les places se trouvèrent prises 5 tant était grande la foule qui voulait juger la pièce et Facteur. Avant qu'on levât le rideau , le directeur se promenait dans le foyer avec inquiétude ; les acteurs s'attendaient à être mal
reçus du public, et quelques-uns d'entre eux lançaient des sarcasmes contre Fentêtemenl de Macklin. Le pauvre Shylock lui-même notait pas trop à son aise. La pièce de Shakespeare était inconnue à la génération actuelle; on était habitué à celle de lord Lansdown; et quoique son goût le rassurât , il ne pouvait être certain de l'accueil qui lui était réservé. Cependant la pièce commença, et les acteurs qui paraissaient les premiers furent accueillis comme le sont ordinairement des acteurs aimés du public. Mais à la troisième scène, quand Shylock et Bassanio entrèrent sur le théâtre, un silence si complet régna dans toute la salle , qu''on y aurait entendu le bourdonnement d'une mouche : Macklin déclara bien souvent que rien ne Favait jamais déconcerté, comme la froideur que montra l'auditoire en cette occasion. Depuis bien des années, il était accoutumé à entendre les applaudissemens du public accompagner son entrée sur la scène, et en ce moment pas un seul battement de mains ne lui donnait le moindre encouragement; Pair décontenancé du directeur qui était dans une coulisse , les ricanemens de quelques acteurs, le silence imposant d'une assemblée nombreuse, tout contribuait à le remplir de terreur et de consternation.
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Il s'avança pourtant avec Bassanio qui solJicitc du Juif un emprunt de trois mille ducats sur le crédit ^AnthoniOf et le même silence continua à régner pendant toute cette scène. Mais quand Anthonio arriva; quand Shfîock eut commencé à développer les motifs de Tantipathic qu'il a conçue contre ce marchand , des applaudissemens bruyans comme le tonnerre éclatèrent de toutes parts , l'enthousiasme alla en augmentant , à mesure qu'il faisait mieux sentir la méchanceté, la scélératesse et l'atrocité diabolique du Juif, et des acclamations unanimes remplirent toute la salle , jusqu'à la fin de la pièce. Jamais acteur n'obtint un triomphe plus complet; jamais ennemis et envieux ne furent plus confondus ; jamais directeur ne fut plus agréablement surpris. Ce succès aussi brillant qu'inattendu mit le comble à la réputation de Macklin, et le couronna d'une gloire véritable. Cette pièce fut jouée dixneuf fois sans interruption , et la dernière représentation fut donnée à son bénéficco Pope qui assistait à la troisième^ entraîné par son enthousiasme, s'écria tout haut:
C'est bien là , trait pour trait , Le Juif dont Shakespeare a trace le portrait.
Ce jugement, prononcé en lliveur de Mac -
klin par un juge si éclairé, décida la question. Le Juif de Venise disparut du théâtre , et le Marchand de Venise sV maintint.
Quin , qui n'^avait jamais été ami de Macklin , vit avec mortification que le jugement du public, sur la pièce et sur Fauteur, notait pas d'accord avec celui qu'il avait lui-même prononcé d'avance, et jamais il ne perdait l'occasion de s'en venger par quelques sar-» casmes. Un soir que Macklin venait de jouer avec beaucoup de succès le rôle du cardinal Pandolphe dans le Roi Jean^ tragédie de Shakespeare, quelqu'un lui ayant demandé ce qu'il pensait de son jeu: <( Je pense, )) répondit Quin , que Macklin avait l'air ^ M non d'un cardinal, mais d'un clerc de » paroisse. »
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