CHAPITRE II. j
voir rester inconnu s^il échouait, il prit pour del)uter le nom de Lyddell, et choisit pour son début le rôle du nègre Ahoan dans la tragédie àiOronoko (i). Ce fut sous ce de'guisement qu^il passa le Ruhicon ; mais on lui fit un si bon accueil, que, peu de jours après, il se montra sans masque dans le rôle de Charnont de V Orphelin (2). Les encourage-
(1) La meilleure des tragédies de Southern. On y trouve pourtant un tel mélange de comique bas et licencieux , qu'après un certain nombre d'années , on ne la donna plus qu'avec des changemens qui furent faits parole docteur Hawlvesv^^ortli. ( Note du traducteur. )
Ce début fut accompagné de deux circonstances remarquables. La première , c'est qu'en entrant sur la scène, Garrick fut tellement étonné , qu'il ne put prononcer un seul mot , et ne retrouva la parole qu'au bruit des applaudissemens d'un public indulgent. La seconde, c'est qu'ayant épuisé tous ses moyens dans les deux premiers actes , sa voix devint si rauque , qu'on eût cessé de l'entendre sans une personne qui se trouvait dans la coulisse , et qui lui fit parvenir une orange. Le jus bienfaisant de ce fruit lui rendit sur-le-champ sa voix ordinaire. {Note des éditeurs. )
(2) Tragédie d'Otway, dont le principal défaut est de manquer de vraisemblance. Cet auteur excellait dans la peinture de l'amour , et les Anglais le regardent comme leur Racine. Il mourut presque de misère en i685, étouffé, dit-on , par un morceau de pain que la faim lui fit avaler trop avidement. ( Note du traducteur. )
l4 VIE DE GARRICK.
mens qu^il reçut Fanimèrent à développer ses moyens dans la comédie. Les habitans dlpswich n''étaient pas les seuls spectateurs qu^il attirât. Toutes les personnes de considération des environs accouraient en foule. Ipswich a raison de se vanter du goût et du discernement avec lesquels ses habitans applaudirent un jeune acteur qui donnait de si belles espérances, et furent les premiers à reconnaître ce génie qui devint, peu de temps après , le plus bel ornement du théâtre anglais.
Garrick n^oublia jamais la manière dont on Tavait accueilli dans cette ville. Il en parla toujours avec orgueil et reconnaissance. « S^il nVût pas réussi, disait-il, sur ce théâ- )) Ire, il ne songeait plus à la comédie ; mais )) les encouragemens dTpsAvich Pavait en- » hardi, n Garrick retourna à Londres avant la fin de Tété, déterminé à débuter dans cette capitale , Fhiver suivant. Il ne s^occupa plus que des moyens d^atteindre à ce but , mais des obstacles Tattendaient encore sur la route. Il était nécessaire qu''il fût admis à Fun des spectacles : il offrit ses services à Fleetwood, ensuite à Rich; mais ces deux directeurs, ne le regardant que comme un