CHAPITRE II. i
comédien ambulant, le refusèrent avec dédain. Ils eurent bientôt sujet de sVn repentir.
Garrick recourut à son ami Gififard, directeur du théâtre de Goodman Vfîelds , et s'engagea dans sa troupe , avec des appointemens de cinq livres sterling par semaine. Le succès d'Ipswich ayant augmenté sa confiance en lui-même, il résolut d'abandonner les rôles secondaires, et de frapper un coup hardi pour se placer tout-à-coup au premier rang. Le rôle qu'il choisit fut celui de Richard III (i)'^ grande et périlleuse entreprise ! Il étudia ce rôle avec soin ; une voix intérieure semblait l'avertir qu'il y réussirait.
(i) Une des plus célèbres tragédies de Shakespeare , quoique , d'après le jugement qu'en porte le docteur Johnson , il s'y trouve des détails futiles , choquans , invraisemblables. On la joue maintenant avec les changemens de M. Kemble. Il est bon de remarquer que, malgré la vénération des Anglais pour Shakespeare, on ne joue plus une seule de ses pièces telle qu'il l'a composée ; des scènes entières sont supprimées , d'autres transposées ; on en a même ajouté d'autres ; enfin, les changemens sont si nombreux , que , si vous voulez suivre la représentation de Shakespeare à la main , vous ne pouvez plus retrouver disjecti membrapoëtœ. ( Note du traducteur. )
l6 yiE DE GARRICK.
Le vieux Cibber (i) avait fait long-temps auparavant des changemens considérables à cette pièce , et ce qu'il y avait introduit de nouveau avait été choisi avec beaucoup d^'ntelligence dans Shakespeare même. Cibber fut couvert d'applaudissemens dans ce rôle. Il dit lui-même qu'ail y prit Sandford pour modèle. Il ajoute : « Sir John Vanbrugh (2) )) assura qu'il n'avait jamais vu d'acteur pro- )> iîter si bien d'un autre; qu'il avait saisi )) l'air, les gestes, la démarche, et jusqu'au » son de la voix de Sandford, et qu'on avait
(1) Auteur et comédien. Il a écrit des Mémoires sur sa vie. Quelques-unes de ses comédies sont restées au théâtre. Il quitta la scène en lySi , mais il y reparut plusieurs fois à diverses époques. En 1745 , à soixante-quatorze ans , il joua encore dans une de ses tragédies , et y reçut des applaudissemens. Mort le 12 décembre 1767.
( Note du traducteur. )
(2) L'un des plus célèbres auteurs comiques de l'Angleterre. Le principal reproche qu'on ait à faire à ses comédies est le ton de licence qui y règne. Congrève et lui furent les restaurateurs de la comédie sur le théâtre anglais. Vanbrugh était aussi architecte distingué. Pendant un voyage qu'il fit en France, il fut enfermé quelque temps à la i3astille , pour avoir examiné avec une attention trop marquée les fortifications d'uue de nos places.