CHAPITRE VII
Peu de temps après , le docteur Francis , traducteur d^Horace et de Dëmosthène, excita Fattente du public par Tannonce d^une tragédie ; mais cette attente fut déçue. Eugénie notait autre chose que la traduction d^un drame français intitule Cenie j par madame de Graffigny. On aurait pu Foffrir comme une comédie sentimentale , écrite en vers blancs , mais il était impossible de lui donner le nom de tragédie. Le rôle de Mercourt était indigne d^un acteur comme Garrick. Un homme d\in discernement aussi parfait ne pouvait sVveugler sur les défauts de cette pièce (i); mais il croyait devoir des égards au traducteur d^Horace. La pièce se traîna pendant neuf représentations, après quoi on n^en parla plus.
Garrick jugeait assez bien un ouvrage pour en prévoir les succès. Quand il en augurait mal, il avait toujours une autre nouveauté toute prête, pour réveiller Tattention. A peine
(i) M. Francis a pu gâter la pièce de madame de Graffigny ; mais Cénie , telle qu'on l'a jouée long-temps à la ComëJie française, est un drame attendrissant, conduit avec sagesse et très-bien écrit. ( Note des éditeurs. )
avait-on oublie Eugénie^ qu'il remit ai* théâtre la dernière Ruse de F Amour (i), la première comédie de Colley Cibber, et qui aVait été jouée en lôgS. Cette pièce eut un grand succès, et Garrick, dans le rôle de Lo^elesSy présenta le portrait le plus naturel d'un libertin fieffé qui , ayant abandonné sa femme, revient pourtant à de meilleurs sentimens et finit par se réconcilier avec elle.
Ce fut en septembre 1752 que Garrick fit paraître à Drury-lane un jeune acteur qu''il avait fait venir de Dublin. CVtait le célèbre M. Mossop , formé par une excellente éducation, et non moins recommandable par ses connaissances littéraires et par ses qualités personnelles, que par ses talens comme acteur. Il débuta dans le rôle de Richard III y
(1) Le titre anglais de cette pièce est Love' s last sliift. Ce mot shift signifie ruse ^ ressource , mais veut dire aussi une chemise de femme. Les journaux anglais se sont fort amusés, il y a peu de temps, aux dépens d'un auteur qui, traduisant cette pièce en français, lui a donné pour titre la dernière Chemise de f Amour. Nous ne pouvons nous résoudre à croire qu'on ait jamais pu faire une pareille bévue «
{Note du traducteur. )