CHAPITRE IX
quelque chose d'assez e'trange ; mais ce nVn est pas moins une excellente comédie. Garrick , dans le rôle de Léon y. donna une nouvelle preuve de Fhabilete' merveilleuse avec laquelle il savait prendre différentes formes. La simplicité supposée par laquelle il trompe Marguerite formait un contraste surprenant et véritablement comique avec le ton mâle qu'il prend ensuite pour lui montrer qu'il a résolu d'être le maître. Cette pièce contient une admirable leçon pour les gens mariés , et certes, en disant qu'elle est bien au-dessus de tout le fatras des temps modernes , nous ne faisons à l'auteur qu'un bien mince compliment.
A cette comédie en succéda une autre : Catherine et Petruchio ^ que Garrick tira de la méchante Femme mise à la raison de Shakespeare. Tout ce qu'il y avait d'inutile et d'incohérent dans la pièce du père du théâtre anglais , en est retranché avec un jugement exquis , et de ce travail résulte une comédie en trois actes, pièce régulière, dont toutes les parties sont d'accord ensemble , et où l'on retrouve tout l'or de l'original , dépouillé de l',illiage qui l'altérait. La méchante F emme
mise à la raison est peut-être la moindre de toutes les productions de notre grand poëte. Elle est censée représentée devant un grand seigneur dans son palais , et par conséquent elle ne peut produire la plus légère illusion. CVst une fable confuse , inexplicable , remplie de scènes superflues et de personnages nuls, cVst un chaos d^objets hétérogènes, un labyrinthe où Tesprit n'a pas lui fil pour se guider. Garrick ne s^ égara pourtant point : je le compare à un voyageur parcourant un pays sauvage , et qui , du milieu des rochers et des déserts qui Tenvironnent , est frappé de Tordre et des beautés qu'il découvre sur certains points. Il fit un choix judicieux de ce que cette pièce offrait de louable , et sans y rien ajouter du sien , il laissa Shakespeare seul auteur d'une excellente comédie.
Quand on réfléchit sur les travaux multipliés d'un homme qui jouait, quatre ou cinq fois par semaine , des rôles longs et difficiles, on se demande comment il trouvait assez de loisir pour produire avec tant de rapidité de nouvelles pièces de sa composition. Il savait que la variété est la passion dominante , le prirniun mobile du public, et il agissait en