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| L'osser que je me proposée est de donnerune juste idée de l'ancienne Chevalerie, et de fäire connoître la nature et l'utilité d’un établissement qui, regardé maintenant comme frivole, fut néanmoins l'ouvrage d'une politique éclairée, et la gloire des nations chez ji sise il étoit en vigueur. |
Pour exécuter ce dessein, il suffira de mettre sous les yeux du lecteur : 1° l'éducation qui préparoit les jeunes gens à la Chevalerie ; 2° les exercices des tournois, qui les rendoient propres à la guerre; 3° l'usage que l’on faisoit, dans les armées , de la valeur, de l'adresse et
de l'expérience des chevaliers ; 4°les récom- TOMEI. | «
2... MÉvOS penses promises à ceux qui se distingueroient dans les combats, et les punitions dont ils étoient menacés s'ils manquoient à leur de— voir. Enfin, pour ne rien laisser à désirer, s’il st possible, et pour montrer en même temps que je n'ai point été séduit par une aveugle prévention, j'examinerai les causes-qui pro— -duisirent la décadence et la chute de la Chevalerie, etles inconvénients qui pouvoient contrebalancer les'avantages de cet établissement.
Remontons d'abord jusqu’à l'enfance de celui que l'en destinoit à devenir chevalier. Dès qu'il avoit atteint l’âge de sept ans’, on le retiroit des mains des femmes pour le confier aux hommes.
Une éducation mäle et robuste le prégaroit de bonnéheure aux travaux de la guerre, dont la profession étoit la même que celle de la Che valerie. Au défaut des secours paternels, une infinité de cours de princes et de châteaux offroient des écoles toujours ouvertes, où la jeune noblesse recevoit les premières leçons du métier qu'elle devoit embrasser; et même des hospices où la générosité des seigneurs fournissoit abondamment à tous ses besoins.
Cette ressource étoit la seule, dans ces siecles malheureux, où la puissance et la libéralité des souyerains, également restreintes, n'avoient
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point encore ouvert une route plus noble et plus utile, >. pour quiconque vouloit se dévouer à la défense et à la gloire de leur État et de leur couronne. node à quelque illustre ‘chevalier n’avoit rien, dans ce temps-là, qui pût avilir, ni dégrader : c'étoit rendre service pour serviçe ; -et l'on ne connoissoit point les raffinements d’une délicatesse plus subtile que jJudicieuse , qui auroit refusé de rendre à celui qui vouloit généreusement tenir lieu de père, les services qu'un père doit attendre de son fils. Si l'on trouve que je fais aux siècles dont je parle plus d'honneur qu'ils ne méritent, en leur attribuant des idées si saines, et des sentiments si vertueux, on prut chercher dans la vanité des mêmes siècles la source de cet usage; mais il faudra, du moins, avouer que la vanité con- -couroit alors au bien public, et qu’elle imitoit la vertu.
L'espèce d'indépendance dont RE joui les hauts barons , au commencement dela troisième race, et l'état de leurs maisons, composées des mêmes officiers que celle du roi, furent, pour leurs successeurs, comme des titres qui les mettoient en droit d'imiter , par le faste de ce qu'ils appeloient leur cour * , la splendeur et la magnificence qui n'appartenoient qu’à la
4. | : MÉMOIRES dignité royale. D’autres seigneurs subalternés, par une espète de contagion trop ordinaire dans tous les siècles, en cherchant de plus'en plus à se rapprocher de ceux-ci, s orne également d’'éléver l’état: de leurs maisons *. On trouvoit dans un château, dans un monastère* , des offices semblables à ceux de la cour d’un souverain; et comme le roi commettoit cesoffices aux princes de son sang ,les seigneurs. distribuoient aussi de pareilles dignités à leurs parents”, qui de leur côté regardoient ces places sous le même point de vue, et trouvoient, <n les acceptant, de quoi satisfaire la vanité dont ils se repaissoient. Enfin l'intérêt personnel, le plus puissant de ‘tous les motifs, obligeoit les grands seigneurs qui vouloient s'agrandir encore, ou du moins se maintenir dans leurs possessions légitimes et dans leurs usurpations , à s'attacher par des bienfaits et par des récompenses ceux qui leur étoient inférieurs; et ces derniers se trouvoient dans la nécessité indispensable de s'appuyer des grands , pour s'élever ou pour se défendre contre l'autorité ou la tyrannie d'autres grands seigneurs voisins, qui les tenoient continuellement dans la crainte et dans la dépendance. Mais je m'arrête trop long-temps sur un
SUR L’ANCIENNE CHEVALERIE. 5 usage dont notre.histoire présente continuel lement et la preuve.et les raisons.
Les premieres places que l’on dorinoit à remplir aux jeunes gens qui sortoient de l’enfance, étoient celles de pages, varlets, où damoiseaux ; noms quelquefois communs aux écuyers. Les autres domestiques, d'un ordre très-inférieur, étoient distingués par celui. de gros varlets'; mais souven aussi confondus par les mêmes dénominations de pages, de garçons * et de varlets. Les fonctions. de ces pages * étoient les services ordinaires des domestiqués auprès de la personne de leur maître et de Rêur maîtresse ; ils les accompagnoient à la chasse, dans leurs voyages, dans leurs visites ou promenades, faisoient leurs messages, et même les servoient à table : 10 . et leur versoient à boire. Les premières leçons qu’on leur donnoit regardoient principalement l'amour de Dieu et des dames :, c'est-à-dire, la religjon et la galanterie. Si l’on en croit la chronique de Jehan de Saintré, c'étoit ordinairement les dames qui se chargeoïient du soin de leur apprendre, en même temps, leur catéchisme.et l’art d'aimer. Mais autant la dévotion qu’onleur imspiroit étoit accompagnée de puérilités et de superstitions, autant l'amour des dames, qu'on
6 , “Mémoires DER leur recommhndoît, étoit-il rempli de raffine ment et de fanatisme. Il semble qu'où ne pouvoit, dans ces siècles ighorants et grossiers : présenter aux hommes la religion sous une forme assez matérielle pour la mettre à leur portée ; ni leur donner, en mérne temps, une idéé dé l'amour assez pure ; dssez métaphysi= qué, pôur prévenir les désordres et les excès dont boit capable une nâtion qui conservoit partoutle Caractère impétueut aie montroit à la ÿuérrè. |
- Por mettre ‘le jeuñe novicé en état de prae tiquét ces bizarrés leçons de galanterie, oh lui faisoit de bontie heure faire thoix de'quel:
qu’une dés plus nobles des plus belles’ et des plus véttüeuses dames des touts qu'il fréquen toit; c'étoit élle à qui, eomine à l'Être souve- fin, Îl rapportoit tous sés sentiments, toutes
ses pénsées et toutes ses actions. Cét amôur,
aussi indulgent que la religion de ce temps-là, se prétoit ets 'acconimodoit à d'autres passions moins pures et moins honnétes
“Les préceptes de religion laissoient aufond de leur cœur une sorte de vénération pour les choses saintes, qui tôt où tard y reprenoit. le dessus. Les préceptes d'amour ( qu'on me pardonne de réunir si souvent des mots aussi mal
SUR: L'ANGIENNE -CHEVALERIE. 7
assortis }, les préceptes d'anour répandoient dans le tommerce des d'meÿ ces tonsidérations let ces égards respectueux, qui h'ayant jamais été ‘effacés de l'esprit des François, ont tou jours fait un dés caractères distinctifs de notre nation ‘’. Les instructions que cés jéunes gens récéVoieit, par rappoit à la décenñce, aux méuts, à la vertu, étoient continuellement £outenués -par les exéniples des dames et des chevaliers qu'ils servoient. Ils avoient en eux des modèles pour les grâcés extérieures , si nécessaires dans le commerce du monde, et dont le monde seul peut donner ‘dès lécons.
Les suins généreux des seigneurs, pour-élever cette multitude de jeunes gens nés dans l’indigencé, tournient à l'avantage de ces mêmes seigrieurs: Outre qu’ils employoient utilement la jeune noblésse at service de leur personne, leurs propres enfants y trouvoient des émulés pour les exciter à l'ämour de leurs dévoirs, et des maîtres pour leur réndre l'éducation qu’ils avoient reçue. Les liaisons ‘* qu’añé longue et ancienne habitude de vivre ensemble ne poui voit mänquer- de former entre les uns et les autreé, étant resserrées par le double nœud dubienfaitet dé lareconnoissance, devenoient indissolubles. Les erffants étoient toüjours
dansladisposition d'ajouter de nouveaux bienfaits à ceux de leur père ; etlesautres, ipñjours prêts à les reconnoitre par des services plus importants, secondoient dans toutes ses entreprises leur bienfaiteur ; ou celui qüi le‘représentait, et se.sacrifiant pour lui dans tout le cours de leur vie, ils eroyoient ne pouvoir.jamais s'acquitter. Mais ce qui étoit le plus im portant d'apprendreau jeune élève, et ce qu'en effet on lui apprenoit le mieux, c'étoit à respecter le caractère auguste de la Chevalerie, à révérer dans. les chevaliers les vertus qui les. avoient élevés à ce rang, Par-là le service qu’il leur rendoïit étoit encore ennobli à ses yeux; Les servir étoit servir tout le corps de la: Chevalerie. Les jeux mêmes, qui faisoient partie de l'amusement des élèves, contribuoient encore à Jeur instruction. Le goût naturel à leur âge, d’imiter tout çe qu'ils voyoient faire aux personnes d’un âge plus avancé, les portoit à lancer. comme eux la pierre ou le dard, à défendre un passage que d’autres essayaient de forcer ; et faisant de leurs chaperons des casques ou des bacinets , ils se disputoient la prise: de quelque place : ils prenoient un avant-goût des différentes especes de tournois, etcommencoient à se former aux nobles exercices des
SUR L’ANCIENNE CHÉVALERIE. g écuyers et des chevaliers. Enfin l'émulation, si nécessaire dans tous les âges et dans tous les états ; s'accroissoit de jour en jour, soit par l'ambition de passer au service de quelqu’autre;seigneur d'une plus éminente dignité, ou d'une plus grande réputation , soit par le.désir de s'élever au grade d’écuyer dans la maison de la dame qu du seigneur qu'ils servoient ; car c'étoit souvent le dernier pas qui conduisoit à la Chevalerie.
Mais avant que de passer de l'état de page a-celui d'écuyer , la religion. avoit introduit une espèce de cérémonie ‘*, dont le but étoit d'apprendre aux jeunes gens l'usage qu'ils devoient faire de l'épée, qui pour la première fais leur étoit remise entre les mains. Le jeune gentilhomme nouvellement sorti hors de page, étoit présenté à l’autel par son père etsa mère, qui chacun un cierge à la main alloient à l’offrande. Le prêtre célébrant prenoit de dessus l'autel une épée et une ceinture, sur laquelle il faisait. plusieurs. bénédictions , et l’attachoit au. côté du-jeune gentilhomme, qui alors commençoit à la porter. C'est peut-être à cette cérémonie, etnon à celles de la Chevalerie, qu’on doit rapporter ce qui se lit dans nos historiens de la premiere et.de la seconde race, au sujet
40 : ! OMÉMOIKHS 7 dés prerñières armes que les rois et les princes rétriettoient avec solennité aux jeunes princes leurs enfants. Quelques autéurs en ont fait l'ap— plication à la Chevalerie, dont ils ‘ont, par cè moyen, fait remonter l'institution beaucotpplus haut. qu'ils n’auroiént dû. ee “Les cours et les châteaux étoient desc lenies écoles de courtoisie ‘*; de politesse ‘et des auttés vertus, noie ient pour lés pa ges et les écuyers, mais encore pour les jeu— nes demoiselles. Elles y étoient instruftés de bonne heure des devoirs les plus essentiels qu'elles auroïent à remplir. On y cultivoit, oh y'pérfectidnnoit ces grâces näïveS'ét ces sen: timénts tendres pour lesquels la nature sern< ble les avoir formées. Elles prévenoient: de civilité les éhevaliers qui ‘arrivoient danè les châteaux; sûivant nôs romanciers, elles les dé. sarmoient au rétour dés tournois "S:et'des exe péditions de guerre’, leür donnivient de noui veaux habits et les sétvoient à table. Lës éxemi ples eh sont trop souvent: ét ' top ‘unifoürmés ment répétés, pour nous permetire de ‘révoquér èn doute la téalité de cét'usagé ? nous | n'y voyons rien d'ailléurs qui ne soît conforme à l'esprit et aux:Sentimients alors presque urrbverselleméetit' répandus parrhi les dattes; ‘et
SUR L'ANCHENNE CHEVALERIE. at Yon ne: peut y méconnoitre lé caractère d’uti-lité qui fat en tout lé sœau de notre Chevas lérie. Ces démoisellés, destinées à avoir pour maris es mêmes: chevaliers qui abordoienñt dans les maisons'où elles étoient élevées, ne pouvoient nianquet de$e les attacher par les prévenanées, les soins et'les services qu'élles leut prodiguoïent. Quelle uñion ñe devoient point former des alliances établies sur de pas reils Fondements ? Les jeunes personnes apprenoient à rendre un jou à leur mari tous les services qu'on guerrier distingué par sa valeur peut atténdre d'üne femme tendre et généeus, et leur préparoient la plus sensible ré coirpénse, et'le plus doux délassement de leurs travaux. L'affection leur inspiroit le dé sir d’être les premières À laver la poussière et le sang dont ils s'étoient couverts, pour une gloire qui léur appartenoit à elles-mêmes, J'en crois déne volontiers ñios romanciers, lorsqu'ils disent quelles demoiselles et.les dames savoient donner, même-aux'blessés ‘7, les secours ordinaires ; habituels et assidus qu'une main adroitæ.et compatissante est Capuble de leur procurer. Je reviens au jeune écuyer.
… Pour-donner une idée précise de ce quille distinguoit du éevalier, j'observerai seule
12 + MÉMOIRES ment l'usage métaphorique que lon fait du mot d'écuyer en notre langue : nous l'avons transporté dans l'agriculture, pour signifier le rejeton qui pousse au pied d'un cep de vigne ; ce rejeton eût été un emblème trèsjuste pour figurer cette nouvelle race destinée a représenter la tige précieuse dont elle sortoit, à l’égaler un jour , à ren à HUE ee l'espèce
Les écuyers se divisoient en hi classes différentes, suivant les emplois auxquels: ils étoient appliqués ; savoir , l’écuyer du corps, c'est-à-dire , de la personne, soit de la dame, soit du seigneur (le premier de ces services étoit un degré pour parvenir au second) ; l’écuyer de la chambre, ou le chambellan ‘?, l'écuyer tranchant , l'écuyer d'écurie, d'échansonnerie , l’écuyer de panneterie , etc. Le plus honorable de tous ces emplois étoit celui d'écuyer du corps, par cette raison appelé aussi écuyer d'honneur *. Il seroit assez difficile de les distinguer exactement, et de dire quel rang ils tenoient entre eux : peut-être étoientils souvent confondus dans des cours, et dans des maisons moins opulentes et moins nombreuses : un écuyer pouvoit- y réunir en lui seul plusieurs offices différefts. |
Dans’ ce noûvel état d’écuyer, où l'on parvenoit d'ordinaire à l'âge de quatorze ans, les jeunes. élèves ** approchané de plus près la personne de leurs seigneurs ** et de leurs dames, admis avec plus de confiance et de familiarité dans leurs entretiens et dans leurs assemblées, pouvoient encore mieux profiter des modèles sur lesquels ils devoient se former; ils apportoient plus d'application à les étudier, à cultiver l'affection de leurs maîtres *?,:à chercher les moyens de plaire aux nobles étrangers, et autres personnes dont étoit composée la cour qu'ils servoient; à faire, aux chevaliers et écuyers de tous les pays qui la venoient visiter, ce qu'on appeloit proprement les honneurs *, facon de parler que nous conservons encore à présent. Enfin ils-redoubloient leurs efforts pour paroître avec tous les avantages que peuvent donner les grâces de la personne, l'accueil prévenant, la politesse du langage, la modestie, la sagesse et la retenue dans les conversations, accompagnées d’une liberté noble et aisée pour s'exprimer lorsqu'il en éfoit besoin. Le jeune écuyer apprenoit long-temps dans le silence cet art de bien parler, lorsqu'en qualité d’écuyer tranchant, il'étoit debout dans les répas et dans
les festins, occupé à couper les viandes. ayec la propreté, l'adresse et l'élégance canve- nables, et à les faire distribuer aux nobles convives dont il était environné, Joinville, dans sa jeunesse, avoit rempli, à la cour de saint Louis, cet office * qui, dans les maisons des souverains, étoit quelquefois exercé par leurs propres enfants ; le jeune comte de Foix tran- -Choit à la table de Gaston de Foix son père, suivant Froissart.qui nous a conservé l’histoire de la fin tragique de ce jeune prince *, D’autres. écuyers avoient le soin de préparer la table, de donner à laver *’; ils apportoient les mets de chaque service, veilloient à la panneterie et à l'échansonnerie; ils avoient une attention continuelle afin que rien ne manquât aux assistants; ils donnoïent encore à laver aux convives après les repas; releyoient les tables, et enfin disposoient tout ce qui étoit nécessaire pour l'assemblée qui suivoit, pour les bals, et les autres amusements auxquels ils prenoient part eux-mêmes avec les demoiselles de la suite des dames de haut état, Puis ils servoient les épices *, ou dragées et confitures, le clairet **, le piment °° te vin cuit à. Fhipocras 3%, et É autres He qui terminoient toujours les festins, et que l’on prenoit encore
en se mettant au lit: c'est çe qu'on appeloit le vin du coucher #*.Les équyers accompagnaient jasque-là les étrangers dans les chambres * qui leur avoient été destinées, et pl leur ayoïent préparées eux-mêmes. 4
. Froissart, qui a mieux réussi qu'aucun de
n0s historiens à peindre les mœurs de son siècle, nous a donné, dans le livre troisième de son histoire, un tableau naïf et fidèle de la cour du comte de Foix, qu’il avoit fréquentée ; après avoir fait la description des repas de ce seigneur : « Brièvement tout considéré et avisé, » dit-il, avant que je yinsse à sa cour, j'avais » été en moult de cours de rois, de ducs, de » princes, de comtes et de hautes dames :
» mais je ne fus oncques en nulle qui mieux » me pleust, ni ne vis aucuns qui fussent sur » le fait d'armes réjouis , plus que celui comte » de Foix étoit. On veoit en la: salle, en la » chambre, en la cour, chevaliers et écuyers » d'honneur aller et marcher, et les oyoit:bn » parler d'armes et d'amour; tout honneur » étoit là-dedans trouvé; toute nouvelle, de » quelque pays ne de quelque royaume. que » ce fust, là-dedans on y apprenoit; car de » tout pays, pour. la vaillance du seigneur » elles y venoient. ». |
16 |: {2 MÉMOIRES De ce service, que je crois ‘n'avoir été que l'introduction à un autre qui demandoit plus de force ; d'habileté et de talents, on devoit passer à celui de l'écurie : il consistoit au-soin des chevaux, qui ne pouvoit être que noble dans les mains d’une noblesse guerrière qui ne combattoit qu’à cheyal. Des écuyers habiles les dressoient à tous les usages de la guerre, et avoient sous eux d’autres écuyers plus jeunes, auxquels ils faisoient faire l'apprentissage de cet exercice. Bayard fut remis, par le duc de Savoie, entre les mains d'un écuyer de confiance, chargé de veiller à sa conduite et à son instruction. D'autres écuyers tenoient les armes °* de leùürs maîtres toujours propres et luisantes pour le moment üù ils en avoient besoin; et toutes ces différentes espèces de services domestiques étoient mélées du service militaire, tel, à peu près, qu’il se fait dans les placès de guerre. Un écuyer‘alloit à minuit faire sa ronde dans toutes les chambres et les cours du château.
Si le maître montoit à cheval, de écuyers S ’empressoient à l'aider, en Jui tenant l'étrier; d’antres portoient les différentes pièces de son armure, ses brassards, ses gantelets, son heaume
et son écu *. À l'égard de la. cuirasse, nommée aussi haubergeon ou plastron, le chevalier devoit la quitter encore moins que les soldats grecs ou romains ne quittoient leurs boucliers. D'anires portoient son pennon, sa lance et son épée : mais, CU étoit séulement en route, il ne montoit qu'un cheval d’une allure aisée et commode, roussin, courtaut, cheval amblant ou d’amble, coursier, palefroi **, hacquenée; car les juments étoient une monture dérogeante , affectée aux roturiers et aux chevaliers dégradés; et peut-être, par un usage prudent, on les avoit réservées pour la culture des terres, et pour multiplier leur espèce.
C’étoit dans cette vue qu’on avoit imprimé une espèce de tache aux nobles qui auroient voulu s'en servir; et la politique avoit dès-lors imaginé ce moyen de maintenir un réglement qu’il importoit de faire observer par les François : c'est ainsi qu'un de nos rois, pour supprimer le luxe, ne permit les dorures qu'aux femmes de mauvaise vie.
Des chevaux de bataille, C'estcàrdire, des chevaux d'une taille élevée, étoient, dans le
* Peu de temps avant la révolution, la cavalcade du lieutenant civil, à Paris, présentoit encore une image de ce cérémonial. (Note de l‘éditeur.)