‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 3 sur 57 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

DE toutes les parties de notre histoire, il-n’en est pas de plus intéressante que celle qui nous retrace les mœurs et les usages de nos pères. Ce gont, pour ainsi dire, de ces vieux portraits de famille sur lesquels on se plait toujours à jeter les yeux. La gofhucité du costume, l’habillement bizarre, le maintien roide et empesé des personnages qu’ils représentent, nous paroissent tout-à-fait plaisants, et nous ne pouvons nous empêcher de sourire du mauvais gout de nos ancêtres. Îl est vrai que si ces peintures pouvoient s’animer,

* Cetic Préface précédoit le troisième volume de l’édition in-12 des Mémoires sur la Chevalerie; comme elle est de Sainte-Palaye, nous avons cru devoir la placer en tête de cette édition.

(Note de l'éditeur.) TOME 1. a

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elles nous rendroient bien le change. Ceux dont elles sont l’image ne seroient pas moins étonniés de ces modes que nous trouvons si élégantes, et dans lesquelles.

nous nous complaisons si fort. Cependant, à travers les altérations et les déguisements qu’une longue suite de siècles doit néces- sairement apporter dans les mœurs et dans le génie d’un peuple, il est toujours facile d’apercevoir unfonds de ressemblance qui pe change jamais; aussi un esprit attentif retrouve-t-il encore aujourd’hui dans notre nation tout le caractère des anciens Francs, mélangé de quelques nuances de celui des Gaulois. |

Un des traits qui ont caractérisé davan-tage le François dans les temps de la Chevalerie, et dont il conserve encore des traces qui le distinguent de toute autre na tion, étoit ce goût si raffiné pour la galanterie, cet attachement pour le beau sexe, allié à une bravoure qu'aucun obstacle ne pouvoit arrêter, lorsqu'il s’agissoit de servir les dames et de leur plaire. C’est ce

PRÉFACE. ii} qu'on a eu lieu de remarquer dans mes premiers Mémovres sur l'ancienne Chevalerie , ouvrage que le public.a bien voulu traiter favorablement. Un accueil si flatteur m’a encouragé à faire de nouvelles recherches, et elles n’ont point été infructueuses. Le hasard et la bonne volonté de quelques gens de lettres m'ont mis en possession de plusieurs morceaux non moins intéressants que ceux qui ont déjà is

Le premier et le plus singulier de ces morceaux, est un petit Poëme intitulé le Vœu du Héron. |

Le comte d’Artois , banni de sa patrie et réfugié à Londres, veut soulever contre elle le roi d'Angleterre et tous ses barons.

Saisissant un instant où ce monarque se trouve au milieu de sa cour, il fait mettre umhéron rôti entre deux plats, le promène lui-même dans l'assemblée, et force le roi, la ‘reine et tous les seigneurs de jurer sur cet oiseau avec des imprécations, dont quelques-unes sont effrayantes, qu'ils fe-

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ront à la France tout le mal possible ; enfin, pour mettre le sceau à ce fatal engagement, il découpe le héron et en fait manger à chacun des conjurés.

La description de cette cérémonie a quelque chose de lugubre et de sinistre.

Il semble , à quelques égards, voir Catilina dans le moment où il porte de rang en rang la coupe sanglante pour engager ses satellites à se liguer avec lui contre Rome.

S'il est vrai que le comte d’ ét ait été capable de se livrer à ces opérations magiques, ou prétendues magiques, que l'histoire lui reproche, et qui lui sont imputées dans son arrêt de bannissement, il falloit qu’il eût l’ame troublée par les vapeurs de la plus sombre mélancolie. On ne doit donc pas être surpris que pour faire réussir ses projets de vengeance contre sa patrie, il ait eu recours à un expédient siatroce , ou plutôt si insensé. Il faut avouer aussi qu'il ne pouvoit choisir un théâtre qui convint mieux à la scène fanatique

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