TOME
» terlin chaeun an, et lui assigna bien et suffisamment » en Angleterre. » | :
Les tournois, qui tant de fois causèrent la ruine des plus puissants seigneurs , devinrent souvent, pour les simples chevaliers, une source de richesses : les prix qu'obtenoient les plus habiles jouteurs étoient à la vérité ordinairement destinés à leurs dames; mais quelquefois aussi ils tournoient au profit de ceux qui les avoient remportés, et souvent les princes et les princesses djoutoient au prix du tournoi des diamants et d’autres dons considérables; les droits de quelques terres furent engagés pour les prix destinés à ces sortes de jeux. On voit, dans Îes privilégés de Villefranche, la fondation faite parie seigneur etla dame du lieu, en 1217, pour le prix d’une course de chevaux qui devoit être donnée tous les ans à la Pentecôte: la somme en étoit assignée sur le produit des foires de Villefranche. (La Thaumassière, Coutume de Berri, chap. CI, p. 230.)
Peut-être n’étoit-ce que des courses de chevaux, telles que celles des Anglois, que les seigneurs proposoient dans leurs. terres pour exercer leurs vassaux ; mais on peut aussi présumcr que d’autres employèrent les mêmes moyens pour former à la guerre, .par des tournois, les gentilshommes, éçuvers et chevaliers dépendants de leurs fiefs. Me .. a ‘
. Les souveraë@ns ct les autres seigneurs. qui furent en état d'achetez des chevaliers, ne croyoient pas pouvoir mettre à trop haut prix les services qu'ils attendoient de ceux que leur valeur avoit mis en réputation. Le besoin pressant d'une gucrre n’admettoit point de bornes à la libéralité du prince qui devoit la soutenir : pour
#ortifier ses troupes, il combloit de toutes sortes de
biens le chevalier qu’il vouloit acquérir; tout, jusqu'à de grandes terres seigneuriales, étoit mis en usage pour le gagner et pour l'enlever au parti de son adversaire. Le brave chevalier, qui n’avoit point d'engagement, pouvoit, pour ainsi dire, mettre les souverains à contribution : ses services étoient comme à l'enchère au plus offrant. Étoit-ce un duel de bataille qu'en seigneur puissant ou une dame avoit à soutenir, que n’eût-on pas donné au champion par qui- l'on comptoit recouvrer son honneur attaqué ; obtenir la vengeance qu'on poursuivoit, recouvrer les terres et les biens disputés par un ennemi ? Le partage fait avec ce brave champion de toute sa fortune , ne pouvoit encore acquitter toute la reconnoissance qui lui étoit due. On lit, dans Perceforest (vol. III, fol. 96, v° > Col. 2), qu'un chevalier ayant soutenu un gage de’bataille, refusa l’offre que lüi fit son seigneur de la moitié de sa terre pour prix de lg victoire qu’il avoit remportée en ‘combattant à sa place. Le même roman fait mention d’autres semblables concessions d’héritages et de fiefs, - | Les plus grandes richesses étoient, avec raison > ré servées pour servir de récompense à des exploits plus importants dans les diverses rencontres de la guerre ; il n’y en avoit aucune qui ne püt faire monter au plus haut degré l’opulence de celui qui s'y distinguoit. Un de nos plus anciens romanciers faisant Paroître un de ses principaux personnages à la tête de ses troupes dans un combat, dit qu'il promit à ses gens d’accroître leurs fiefs s’il vbtenoit la victoire. (Roman du Brut, manuscr. fol. 92, 1°, col.2.) |
Puis leur a dit se 4 vainquoit À chascun son fié en croistroit.
Parcilles promesses d’un, seigneur à ses chevaliers sont répétées dans le roman de Lancelot (t. TI, fol.427, recto, éol. 1), et se trouvent Pppuyées du PAROISHARE de nos historiens. -
À l'assaut que. Charles VI donna à Pontoise en 1441, putre qu'il fit des chevaliers, il anoblit lé premier qui monta à la tour de Frise, lui et ses successeurs, pour sa grande vaillance, et lui donna aucuns riches dons pour. s'énfrelenir lui et san état, suivant: Monstrelet. (Monstrelet, vol. IT, p. 190 , verso.) Froissart (vol. I, p.196, 197 et 198),'avant lui, nous avoit donné une grande idée de la imagnificene du prince de Galles envers un de ses chevaliers, qui lui-même n'en montra pas | moins à l'égard de ses écuyers. Édouard, après la victoire qu'il remporta à Poitiers, donna 500 marcs de re: venu. par an à James d'Endelée qui s'étoit distingué dans cette: action, et qu’il retint pour son .cheyalier. Comme celui-ci partagea ce don sur-le-champ à quatre écuyers de son corps qui ne l’avoient point quitté durant la bataille , le prince de Galles qui en fut informé lui douna encore de autres marcs. Ces traits de générasité, pour les chevaliers qui se signaloient à la guerre, furent imités à l’envi par tous les princes de l'Europe. Voyez, dans les Mémoires de là maison de Brandchourg, comment plusieurs terres -en fie furent données à de braves chevaliers pour récompenser lenrs services. Les souverains quelquefois, suivant le même historien, leur abandonnoient des prisonniers de qui ils tiroient des rançons immenses. Si ces prisonniers avoient des terres libres où en franc-alleu, ceux au pouvoir desquels ils étoient , exigeoient qu'ils leur enrendissent l'hommage, et c’est ainsi que les margraves de Franconie acquirent,
en 1334, un grand nombre de vassaux qu'ils ont encoré dans l'Autriche. Indépendamment des biens que le chevalier tenoit de la libéralité du prinee qu’il avoit servi, il pouvoit encore par lui-même faire souvent une fortune considérable. S'étoit-il, dans un combat , rendu supérieur aux efforts d’un seigneur riche et puissant, il étoit le maître de mettre sa liberté à tel prix qu'il vouloit , et d’en exiger telle part de ses biens qu’il lui auroit demandée. Un ‘écuyer ‘de Picardie, Poursuivi par un Anglois banneret à la déroute de Poitiers’, l'ayant forcé de se rendre, lui fit dans la suite payet six mille nobles ; et d’écuyer qu'il étoit, devint chevalier, pour le grant profit qu'il en eut, suivant Froissart (LT, fol. 194).
Quelques-uns même, après avoir tué un’ ennemi , ont fait acheter chèrement aux amis ët ‘aux parents du vaincu , les dépouilles sanglantes que le droit'de la ÿictoire laissoit à leur possession, comme il arriva dans une sortie au siége de Rouen en 1418: le corps du vaincu coûta quatre cents nobles à ceux qui le retirèrent. (Jeam Lefèvre de Saint-Remi, Histoire de e Charles VT, p. 127 et 128. ) | L
Les héros, dans Hoabte n "étoient guère plus humains. D'autres chevaliers usèrent avec plus de modération de leurs victoires, suivant-les préceptes dé la Chevalerie ; et s'ils s’en éeartoient , leurs chefs en firent quelquefois des exemples nénrorble : histoire nous a conservé les paroles du duc de Lancastie, en chassant pour jamais de sà cour un chevalier déloyät dont il abandonna les armes et le èheval à Duguésclin (Histoire de Duguesclin, édition de Ménard; bp. 61 et 62), et auquel il fit encore payer une somme de mille livres: ‘# Fe m'ay cure, dit le duc, de gens qui fassent traysoti’, ne
» point ne l'avons accousturmé en nostre pays ; mais le » jardin est bel et noble où ourtye ne peut venir en sa » saison (ortie ne peut fructifier). »
(46) Ce fait est rapporté fort au long par le moine de Saint- Denis, dans son Histoire de Charles VI; traduite par le Laye sous Pan 10 p. 538.
” (47) Je n'ai que des romans et des oùvrages atssi fabuleux à citer pour preuve de cet usage; mais on peut croire aisément que cette: idée romanesque fut adoptée pa des seigneurs et des chevaliers qui auroient voulu s'assurer de l’adresse et de la valeur des époux qu’il destinoient à leurs filles pour défendre les fefs dont elles étoient héritières. |
.« Le puissant roy Odescalque, qui avoit une fille » pee Doralisce (Nuits de Straparole, t, I, p: 236), » .€n la voulant marier honorablement, avoit fait pu- » blier un tourncy par tout royaume, ayant delibéré ». de ne la: marier point ;. sinon à celui qui auroit la » victoire et le prix du tournoy, au moyen de quoi plu- » sieurs dues, marquis et autres puissants seigneurs ».:étoient venus de toutes parts pour conquester ce pré- » cieux prix. » On.voit, dans Perceforest ( vol. V, fol. 22, 28), la description d'un célèbre tournoi dont le prix devoit être pareillement'une jeune demoiselle à marier : le vainqueur devint son époux.
Une autre demoiselle, suivant le roman de Gérard de
Roussillon: (mianyser. fol, 99; recto), en provençal, -hoisit elle-même un brave chevalier pour être le châtelain de ses terres ei pour les, défendre , et l’épousa dans ka spites. On peut se rappeler. ici ce que dit Froissart Œ E,
p. 222) des amours d'Eustache d’Auberticour avec ma- | damée Isabelle de Juliers, qui lui envoya souvent des chevaux en présent et qui couronna les exploits de ce brave chevalier par le mariage qu’elle contracta avec lui. i
(48) Jean Bouchet nous. a laissé l’histoire de Louis de la Trimouille sous le nom du, chevalier sans reproche. On y lit (p. 57) que le seigneur de la Trimouille, à l'âge de vingt-sept ans, fut lieutenant-général du roi Charles VII en la guerre de Bretagne , et l’on y voit le récit de la victoire qu’il remporta à Saint-Aubin du Cormier (p. 61). | |
(4e) La Colombiére (p- 97 et suiv. NS: dans son à Traité de l'Office du roi d'armes, imprimé en 1645, avoit décrit les formalités de la dégradation des armes et de la Chevalerie. 11 les explique de nouveau avec plus d’étendue dans son Théâtre d'honneur et de Chevalerie (chap. LI, p. 55, verso et suiv.), imprimé en 1648. Joignez-y ce qu’on voit à ce sujet dans k livre de Beloi (p. 45 et suiv.), l’Origine de'la Chevalerie, et dans le Traité de la Noblesse, par La Roque (c. CXVL). Lisez encore, dans.le roman de Tiran-le-Blanc (t.E, p- 87), la manière dont un chevalier vaincu fut ignominieusement jeté hors des lices, et les formalités avec lesquelles des chevaliers chrétiens qui avoient servi dans l’armée des infidèles, furent dégradés solemnellement en présence de l’empereur et de toute la cour. (Ibid. p. 256 et suiv.) ee | |
Enfo , si l’on ne veut rien négliger de tout ce qui
, vegarde cette matière, on peut voir une miniature re-
présentant un thevalier dépouillé de ses armes et -dégradé solemnellement, au fol. 361 du roman de Tristan de Léonois, manuscr. du roi, n. 6773. La Colembière a fait aussi graver la représentation de cette flétrissante cérémonie dans son Théâtre d'honneur, t. II, p. 558.
:(5o) Voyez Ducange, Glossaire latin , au mot #rma reversata, et les notes du même auteur sur les établissements de saint Louis à la suite de Joinville, p. 186 et 187. Voyez encore Beloi , Origine ‘de la Chevélarie, p. 45 et 46; La Roque , Traité de la Noblesse , p. 416; ét le roman de Tiran-le-Blanc, t, 1, p. 87, 256 et'258.
L’écu jeté la pointe en haut sur le corps d’un chevalier, marquoit que celui à qui il appartenoit étoit mort : tout chevalier déshonoré par sa mauvaise foi, par sa lâcheté ou par quelque action honteuse , étoit également regardé comme un cadavre dépouillé de tout sentiment. ( Perceforest, vol. 1, fol. 34, verso; col. 1, vol. IV, fol. 49, verso; col. 1, vol. VI, fol. 7, verso, col. 4 ) L'histoire nous apprend comment, pendant le siége de Montcontour que faisoit Duguesclin (Hist. de Bertrand Duguesclin, édition de Ménard, p. 487 et 489), « un Anglois, à qui Duguesclin, poar la rançon d’un » dé ses‘sousdoyers, avoit engagé ses biens ét sa terre » pour certaine somme par lettre obligatoire , scellée de » son scel, n’estant pas payé par oubli de la part de » Duguesclin, fit peindre ses armes et les fit traîner, + et puis pendre renversées sens dessus dessous comme ». d’un parjure. + La ville fut forcée, et l’Anglois traîné à son tour et pendu au même lieu où il avoit fait pendre l’écu de Duguesclin : celui-ci convenoit que son créaneier avoit bien eu le droit de saisir et de faire
exécuter ses biens et ses terres après l'expiration du terme fixé pour Île paiement, mais non de l'inwlter comme il avoit fait; c'étuit néanmoins uñie des peines auxquelles les chevaliers se soumirent eux-mêmes lorsqu'ils contractèrent des engagements. On en voit plusieurs exemples pour des serments de fidélité et pour des promesses de tenir prison. (Voy. Morice, Preuv. pour l'Histoire de Bretagne, préf., p. 8.)
« Par l'obligation que feit messire Jehan de Gresti s* câptal de Buch, prisonnier de guerre en septem- » bre 1364, au roi Charles cinquième, de tenir sa prison » ordonnée, il voulut , s’il faisoit le contraire , estre tenu » pour faulx, mauvais et desloyal chevalier, parjure et » foymentie ; et en signe de ce, que ses armes fussent » tournées et mises dessus dessous, et comme tel peust »* estré poursuivi en toutes cours. » ( Du Tillet, Rec. des rois de France, chap. dés chevaliers de l'Ordre, p. 318.)
Les statuts de l’ordre de l'Étoile décernent encore la même peine contre les lâches, en ces termes : « Et se il' » y a aucun qui honteusement, que Diex'ne Nostre- » Dame ne veillent, se parte de bataille ou de besoigne » ordennée, il sera souspendus de la compagnie et ne » pourra porter tel habit, et li tournera l’écu en la noble » maison ses àrmes et son timbre, ce dessus dessous » sans deffacier, jusques à tant que il feut restituez par » le prince et son conseil, et tenu pour relevez par son » bien fait. » (Ordonn. des rois de France, tom. IT, pag. 466). 6 |
Cette dernière disposition laissoit entore au coupable la ressource de pouvoir expier son crime et d'effacer sa honte par des actions qui le remettroient en honneur et lui rendroient le lustre qu’ilavoit perdu : politique rem-
plie d'humanité, sagement employée depuis par M. de Turenne qui savoit ainsi tirer parti de la lâcheté, et rendre les fautes des lâches quelquefois utiles à euxmêmes etàl'État., .
Par la condamnation de l'amiral de Coligni en 1572, il étoit ordonné que ses armoiries seroient attachées à
la queue des chevaux et trainées dans les villes ( de Thou,t. VI, liv. LITI, pag. 459
| (51) Cette circonstance de la de rappelle ce que Tacite a dit des supplices des Germains. Chez eux les traîtres et les déserteurs étaient pendus à des arbres ; les lâches, les poltrons et autres coupables de crimes infâmes , étoient jetés dans un bourbier et dans un marais, et leur corps étoit couvert d’une claie. Il donne raison de la diversité de ces traitements : « Le supplice » des crimes ordinaires doit être exposé au grapd jour * pour servir d'exemple; les crimes infâmes doivent être » ensevelis dans l'oubli. » |
Nos chevaliers étoient pénétrés des mêmes sentiments d'horreur et d'exécration que les Germains avoient témoignés pour les ames lâches.
(52) La peine de trancher la nappe, qui pourroit être fondée sur quelqu'une de nos anciennes loix dont nous n'avons aucune connoissance, semble avoir quelque rapport avec ce qu'on lit dans Joinville (pag. 96). Comme ses chevaliers avoient été maltraités par les frères hospitaliers, il en demanda justice au maître de l'hôpital qui consentit à lui en faire satisfaction. Elle consistoit à faire trouver les auteurs de l’outrage lorsqu'ils mangeroient sur leurs manteaux, afin que les chevaliers offensés
püssent venir les leur enlever. Lorsque Joinville et les siens se présentèrent pour éxécuter les cohditions et faire lever les frères de dessus leurs manteaux , ceux-ci le refusèrent ; alors les chevaliers se firent justice eux-mêmes en prenant place pour manger avec eur , et les obligèrent à laisser leurs manteaux pour aller à une autre table.
(53) Un chevalier regardé comme un homme diffamé parce qu’on l'avoit vu dans une charrette, arrive à la cour du roi Artus, et veut prendre place à la table des . chevaliers ; mais aucun ne veut l’y souffrir : refusé dans tous les rangs où il se présente, il va pour étendre sa nappe sur la table des écuyers ; il n’y fut pas mieux reçu, tous le chassèrent également ; enfin il fut réduit à aller mañger: dehors (Lancelot du Lac,t.Il, fol. 15 , verso; col. 2 ).
(54) L'on a vu le jeune homme destiné aux armes, sortir, à l'âge de sept ans, des mains des femmes qui lui avoient donné l'éducation , et passer de-là au service de page où il demeuroit jusqu’à l’âge de quatorze ans pour être formé au monde et à la politesse. À quatorze ans il devenoit écuyer et en continuoit ordinairement les fonctions sept autres années, c'est-à-dire jusqu’à vingt-un ans; alors, suivant l'usage commun, il acquéroit la Chevalerie dont il devoit soutenir les travaux continuels tout le reste de ses jours. |
Baudouin de Coudé (dans le Dit preu. dou. Avaricieux, manusc. de M. de Sardière , p. pénult) veut que le chevalier ne puisse quitter le métier des armes tant que ses forces et ses moyens le lui permettent:
Car à n’ea doit finer * , Chevalier tant qu'il puist finer ** D’ avoir ne de santé de cers :
Tes ##* est d'armes li vrais recours.
Mais il vient un temps où la nature, s’épuisant, ne permet pas de se livrer avec la même vigaeur aux fatigues que demandoit la Chevalerie. Les premiers exercices dont on se détachoit, auxquels même‘on renonçoit comme moins Dédesires. furent ceux des tournois ; l’histoire de Louis, XII en fouenté un exemple remarquable.
Aux joutes faites en présence de toute la cour à Paris dans la rue Saint-Antoine, assez près des Tournelles, vis-à-vis du beau treillis, il s’ y donna, dit l'historien (3 ean de Saint-Gelais, Hist. de Louis XII, pag. 128 et 129) : « Mains beaux coups, et entre autres monsei- » gneur de Clerieux lequel étoit deja en l'arrière saison + de ses années, feit merveilles. Car d’une course de lance il porta par terre un gentil homme de Picardie, homme et cheval tout ensemble, et incontinent ce coup fait, il s'en alla désarmer et se rafraîchir entre » deux beaux draps; et envoya son heaume à une dame » de Paris, en la priant qu 'elle Le gardât, lui faisant » savoir que quant à lui il avoit clos le pas, et que jamais il n'avoit intention de .se trouver en joustes ny en » tournois où il fallut porter harnois. » Le chevalier en déposant aux pieds de sa dame ce glorieux et ce dernier témoignage des'sentiments de valeur autant que d'amour dont elle l’avoit animé, pouvoit lui dire comme ‘Horace
à Vénus (liv. HT, nr 26), et d'une ' plus héde |
* Finir, cesser. — ** Trouver et avoir. — *** Tel.
DE LA QUATRIÈME PARTIE. 333 Vixi puellis nuper idoneus, Et militavi non sine gloria.
Nunc arma , defunctumque bello Barbiton hic paries habebit,
" On renonçoit plus difficilement au métier des armes qui faisoit l'essence du chevalier , et les chevaliers profitoient à regret du triste bénéfice de l’âge que la loi leut avoit accordé. Comme les loix romaines (Traité de l’emp. rom. par Midleton) avoient dispensé les sénateurs sexagénaires de se trouver aux assemblées, nos chevaliers pareillement furent au même âge exempts de l'obligation de soutenir le gage ‘de bataille, et furent encore affranchis de la nécessité de servir les fiefs de haubert ou de chevalier, s’ils en possédoient quelques-uns; mais en ce cas il falloit que le chevalier, en échange de son corps, remit son cheval et ses armes au seigneur à qui il devoit, le
service ( Assises de Jérusalem, ch. CCXLIV, p. 264).
(55) Les chevaliers, si l'on s'en rapporte à l’auteur du roman dé Lancelot (vol. IT, fol. 7, recto, col. 1}, n'étoient point anciennement mis en terre qu'ils ne fussent armés de toutes leurs armes. Un témoignage plus authentique nous apprendra quels étoient les honneurs qu'on leur rendoit dans le quatorzième siècle , et que la pompe de leurs funérailles égaloit presque cede des souverains.
« On n'épargna rien dans ces siècles pour la pompe ‘» des enterrements ou des funérailles ; et les seigneurs , ordonnoient souvent à cetle occasion , dans leurs tes- » taments, des dépenses excessives. On ‘obéervoit ung » coutume singulière aux enterrements des barons et * des autres chevaliers : on faisoit coucher dans le }it
» de parade qui se portoit aux enterrements, un homme * vivant armé de pied en cap, pour représenter la per- + sonne du défunt. On trouve dans les comptes de la » maison de Polignac, qu’on donna , en. 1375, cinq sols » à Blaise pour avoir fait le chevalier mort à la sépul- » ture de Jean, fils de Randonnet Armand ; vicomte de » Polignac. » (D. Vaissette, Hist. de Langued., t. IV, pe 520, sous l’an 1443.) | :
Les Anglois faisant, en 1591, le siége de Rouen avec Henri IV (Hist. de Thou, liv. CIL, p. 203, F., et p. 454 de la trad. ), réservèrent au colonel.de leur infutecie une pompe funèbre bien digne de la Chevalerie ancienne, dont l’esprit se conserva long-temps dans cette nation : comme ce brave colonel, neveu du comte d’Essex , eut été tué dans une attaque faite à leur tête, les Anglois mirent son LorE dans un cercueil de plomb et le conservérent jusqu’à leur départ, dans le dessein, comme ils le disoient eux-mêmes, de le faire entrer dans la ville par la brèche, si l'occasion de donner un assaut se présentoit, voulant l’y transporter par un chemin où il les ” auroit conduits, si la mort ne l’en eût empêché; mais n'ayant pu rendre à leur chef cet honneur militaire, ils FeMporenenE son corps en Angleterre.
(56) La Colombière (Théât. dun. t. Il, p. 625 et suiv., et dans sa Science héroïque, ch. XLVI } est entré dans un grand détail au sujet des tombeaux des cheva-" liers et des diverses marques honorables dont ils étoient armés , suivant les qualités et les exploits de ceax dont ils couvroient la cendre, et suivant les différents genres de leur mort. Cet autcyr a cepeudant la benne foi d’a-
vertur que ses observations se trouvent peu conformes aux monuments qui nous restent.
© (57) Voyez Savaron , Traité de l'épée françoise, touchant l'usage de suspendre et d'attacher ses armes dans les églises. Le moine du Vigeois ( Labbe, t. IT, p. 336) nous a conservé yn des plus anciens témoignages de la vénération que l’on avoit pour-les armes des chevaliers qui s’étoient rendus illustres. On les gardoit précieusement dans les trésors des églises. En faisant le récit des choses précieuses pillées dans les églises par Henri, roi d'Angleterre , il ajoute: Zoricam quæ in armario servabatur Guidonis de Grandi monte, nocte quädæm petiit et accepit.
Bayard avoit en vue cette glorieuse récompense donnée à ses exploits, et'le mônument éternel qui devoit en être conservé avec son épée, lorsqu'il adresse ces mots à celle dont Francois Ie" venoit de recevoir l'accolade : « Tu es bienheureuse, lui dit-il, suivant la Colombière » (Théât. d’hon.,t+l, p. 16 et 17), d’avoir aujourd’huy » à un si beau et si puissant roy donné l’ofire de Che- » valerie; certes, ma bonne espée, vous serez comme reliques gardée et sur toute autre honorée, et puis fit » deux saults, et après remit au fourreau son espée. » + Ce fait est rapporté, avec quelques légères différences, dans le supplément à l'Histoire du chevalier Bayard (éd. de Godefroï’, p. 462 et 463 ) dont je vais copier les termes; on y verra que êelte épée’n’eut pas le sort qu’elle devoit avoir, malgré les soins du duc de Savoie pour la recouvrer. « Bayard , après cette action , fit une grande révé- » rence, et, baisint son espée, dit à Glarieuse espée, » qui aujourd'hui a eu J’honneur de faire chevalier le
336 | NOTES » plus gränd roi du monde, je ne l'émploÿeray jamais » plusquecontre lesinfidèles, ennemis du nom chrétien.»
.« Cetté espée a esté mal conservée, ceux qui restent »* de son nom ne savent ce qu’elle est devenue : le duc » Charles Emmanuel de Savoye, petit-fils du roy Fran- » çois, qui, vaillant comme luy, aime les vaillants et » honore leur mémoire , a desiré de l’avair pour la mettre + parmi un nombre de choses rares qu’il conserve en sa » gallerie à Turin, mais ne l'ayant peu rencontrer, » quelque diligente recherche qu'il en ait faite , il a mis » ep sa place la masse d'armes dont le chevalier se ser- » voit en guerre, qu'il a retirée avec instance de Charles » du Motet, sieur de Chichiliane , brave et sage gentil- » bomme de Dauphiné qui la conservoit soigneusement ; » il luÿ escrivit une fort honneste lettre, le priant de » lui en faire présent, et qu’il la cheriroit comme chose » très-préciense, adjoustant pour l'honneur du cheva- » lier, que parmi le contentement qu'il auroil de voir » cette pièce au lieu plus digne de sa gallerie , il estoit » desplaisant de quoy elle ne seroit en si bonnes mains » que celles de son premier maïistre. »
, (58) Sainte-Catherine de Fierbois (suivant le Dictionnaire universel de la France, Paris, 1726 ), bourg dans la Touraine , situé à une lieue de Sainte-Maure : l'on veut que ce soit où la pucelle d'Orléans trouva l’épée de Charlemagne dont elle s’est servie dans ses expéditions guerrières , et que l’on a portée depuis au trésor de Saint-Denis; l’on dit qu’elle la trouva dans le tombegu d’un soldat. La chapelle qui porte ce nom est à la présentation de l'archevêque de Tours.
APRÈS avoir exposé , peut-être même exagéré, sur la foi de nos anciens auteurs, les avantages de la Chevälerie militaire, de laquelle il ne reste plus que des vestiges dans les divers ordres de la Chevalerie régulière ou religieuse; nous devons, pour ne point faire illusion à nos lecteurs, rapporter les inconvénients et les abus qui contrebalancerent les avantages dont nous avons fait l'énuméfPation. Le désir de contentèr, autant que nous. le pourrons, la curiosité des mêmes lecteurs, nous oblige aussi de rechercher quelles peu vent. avoir été les causes de la décadence et “de la chute totale de notre Chevalerie.
On nous aura, sans: doute, accusés plus d'une fois, ou-du moins soupçonnés d'une pré- vention aveugle, lorsqu'en lisant tout ce qüe . nous avons dit à l'honneur de la Chevalerie, on se sera rappelé que les siècles dans lesquels elle étoit la plus florissante , furent des siecles de débauche, de brigandage , de. barbarie et