‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 41 sur 57 · TOME I. · texte numérisé non relu

TOME I.

donnant le choix entre l’une et l’autre : « Monseigneur,

» dit le jeûne prince avec empressement, donnez-moi » le casque et gardez votre couronne, » : |

(34). On voit dans la Chronique de Geoffroi, moine du Vigeois, qui finit à l'an 1184 (t.II de la Bibliothèque des manuscrits, par le P. Labbe, p. 280), l'usage d'exprhmer les années de la Chevalerie avec l’âge auquel un chevalier avoit terminé s4 carrière : Cüm jam .hurc dibrum terminassem contigit obire Gulpherium de Turribus ( Angolfier de la Tour) apud Vosias quirto idus aprilis, ferià Il&, hor4 Vila, die IX4, à Paschali solemnitäte; hic duré dolore defecit anno ætatis suæ XXXIII, duodecimo cingulo Militiæ pollens. 11 avoit donc été fait chevalier à vingt-un ans, suivant it l'usage ordinaire. |

Il est vrai que le même auteur marque (p- 324 et 298). de même pour les évêques l’année de leur épiscopat, et pour les abbés celle de leur bénédiction (ordinatio); c'est du moins une ncuvelle preuve du parallèle qu’on faisoit entre la Chevalerie et la prélature , comme nous l'avons dit dans la seconde partie à la note 12.

. (35) Voyez, sur ke titre et la dignité de banneret, la neuvième Dissertation de Ducange, à la suite de Joinville ; les. Dissertations du P. Honoré de Sainte-Marie sur la Chevalerie, art. II, p.. 6; la Milice françoise du P. Däniel, liv. IL, chap. V; le Traité de la Noblesse, par de La Roque, chap. IX; p. 24; le Laboureur, de la Pairie, p. 309 et 310; de Tillet, Rec. des Rois de France, p.318 ; Pasquier, le.P. Ménestrier, etc. Le bannerct avoit an rang supérieur au bachelier ou simple

chevalier; car ces deux mots, qu’on a voulu “distinguer, sont: absolument synonymes. En effet, les chevaliers: bacheliers, dans les anciennes montres des gens d'armes, sont compris, sans aucune différence, sur Île même piéd que les chevaliers ; ils reçoivent également le doublé de la paie des écuyers, et la moitié de celle des bannerets. Je crois qu’ils sont les mêmes que les chevaliers appelés chevaliers d’un écu (fol. 5, r°) dans l'Ordre de Chevalerie, peut-être à cause qu'ils n’avoient pour leur ‘défense que leur propre écu, et non comme les bannerets les écus de pate autres chevaliers.

Voyez encore du le livre d'Antoine dé La Salle, intitulé Za Salade (fol. 53 et 54),comment un chevalier étoit fait banneret. Le même auteur rapporte les cérémonies usitées pour l'institution des barons, des .vicomtes, des comtes, des marquis et des ducs.

(36) Les Dnniéess que les chevaliers portoient à la guerre et les banderoles qu’ils tenoient à la main en entrant dans les lices, avec lesquelles ils faisoient le signe de la croix avant que de commencer leurs joutes , et qu'ils plantoient ensuite quelquefois au sommet de leur heaume, pourroient avoir donné l'origine aux girouettes placées sur le faîte de nos ‘édifices. On sait que le premier acte de possession d'un fief, d’une seigneurie, d'une place prise à la guerre, étoit marqué par là ban: nière du nouveau seigneur, arborée sur le lieu Le plus éminent, sur la tour la plus élevée. Dans l’entreprise de Saintré (Histoire de Saintré, p: 517), lui et ses compagnons portèrent sur leurs casques deux bannières, entre lesquelles étoit un diamant destiné pour le prix de

eeux qui pourroient emporter sur eux la victoire.-Le même Saintré (&bid., chap. LIV, p. 376) ayant proposé un pas d'armes aux Anglois entre. Gravelines -et Calais, qui fut accepté par le’ comte de Bouquincan (Bukingam) et ses compagnons, « le dimanche, pre- * ‘mier jour du mois et ouverture du pas, arriva ledit.sei- »* gneur et comte de Bouquincan le matin après la messe » et très-belle compaignie, qui fist sur le hault pignon » de son logis, mettre sa banniere qu’il portoit <’An- » gleterre à une sd et crioit: ne » sainct George!» :

Le Laboureur (Origin. des arm. pag- 93) a li les girouettes comme un signal affecté seulement. aux maisons occupées ou possédées par la noblesse : « Les »* gentishommes , dit-il, ont.seuls droit d’avoir. des gi- + rouettes sur leurs maisons ; elles sont en pointes comme » les pennons, pour les simples chevaliers, et quarrées » comme les bannières , pour les chevaliers bannerets. » Ce n’est point une simple opinion dénuée d'autorité. Voyez à ce sujet les décisions de nos jurisconsultes Salvaing, Chambolas et La Peirère (cité dans le Code ruréi, nue en 1749 )- :

LE $&. no un 5 (37) Les fréquentes occasions qui s’offroient. alors d’assembler un-nombre considérable de gens de tous les états, obligeoient d'en réglér les rangs avec beaucoup plus d'exactitude qu'on ne fait à présent. Les tournais et les gages de bataille réunissoient une foule de spectateurs ; et l’on voit dans le livre de la Jaille (fol. 38, verso, et 39, recto ), ‘au sujet des champs clos, qu'il y avoit des places affectées au seigneur, au maréchal, aux hauts hommes et conseillers, à la noblesse étrangère,

suivant ses degrés, aux nobles hommes , aux bourgeois, aux marchands, etc. ”

Dans d’autres occasions les rangs avoient dù être également réglés ; mais la richesse usurpa souvent les prérogatives de la noblesse. Cet abus, dès le quatorzième siècle, excita la censure d'un de nos poëtes ; Eustache Deschamps (poés. mss. , fol. 556, col. 2) nous instruit de l'usage observé de son temps à l’église pour aller à l'offrande et baiser la paix, et de l’ordre dans lequel chaque personne s’y devoit présenter suivant sa condition :

Dame aler doit et damoiselle

Devant les bourgeois et bourgeoises, ‘ Etse tels gens sont plus courtoises

Et laissent leur onneur aler ”,

On ne les doit point ravaler,,

. Mais leur doit-on plus-faire ns È

Mais il se plaint du désordre qu'il voit régner par l'insolence des riches :

; | Or est aujourd’hui grant dolour, Quant par orgueil ou par richesse Un tricheur, une tricheresse , Un maleureux, une chetive . Lot Par son oultrecuidance estrive ** Et veult offrir “** devant-un saige, É EL Ou ung homme de hault parage, Ancien ou jueune **** s’il a : Où po ***** d’estat qui lui faurra or Car se le noble a pauvreté, | * Droit de préséance, supériorité du rang. — ** Dispute le rang. — *** Aller à loffrande. — “*** Vieux ou jeune. — **##** Peu de train, peu de suite. — *****#* Manquera.

Ou un pou d'ancienneté * Ou sa femme semblablement, . Tant leur doit-on plus humblement

\ & + Laisser l'onneur et eulx offrir **.

(38) Lés marques d'honneur et les dignités , ce trésor dé l'honneur qui supplée aux'autres trésors, suivant l'auteur de l'Esprit des loir (1. V, ch. XVI; p.168), sont Ia motnoie de l’État ; oh ne' sauroit trop en soutenir la valeur : il est aussi dangereux de là bausser à l'excès que de la bäisser.

(39) La distribution du. butin. pris à * la He se faisoit ordinairement après les actions : l'or, l'argent, les chevaux, palefrois et mulets se partageoient entre les chevaliers ; les autres prises étoient sans doute. abandonnées aux écuyers et autres personnes. inférieures ( roman de Gérard de Roussillon, en Prov., mss., fol. 78, recto). C’est pour cette raison que nos romans, lorsqu'ils décrivent les exploits des chevaliers, ont souvent soin de faire observer qu'ils ne prenoïent ni vaches, ni brebis ( voyez la romanc: d’Aucassin et de Nicoletie, manus., et le roman de Gérard de Roussillon , en Prov., manus., fol. 100 et 101 ,recto ).

(4o) Moutluc (tonî. I- de ses Cottiméntaires ) dit, sous l'an 1555, qu'il coniptoit prendre Marc-Antoine, jeune seigneur romain riche de quatre-vingt mille écus de rente, et en tirer une pareille somme , dont il se pro- RE de donner une des moitiés à M. de La Mon o

' | Vicillesse. — ** Les prévenir de PR èn les mon de . passer les premiers.

ses capitaines et à ses soldats, et garder l’autre pour luimême : « Il me va en l’entendement, dit-il (pag. 558), » que facilement j je prendrois prisonnier ce seigneur , et que si je le PouteE attraper j'étois riche à j jamais; car pour le moins j'en aurois quatre-vingt mille écus de » rançon, Qui estoit son revenu d'un an,;etn ’estoit pas x trop. »

dl répète la sine chose (pag. 565), presque dans les mêmes termes, après avoir vanté la modération qu’il avoit toujours montrée envers ses prisonniers, dont aucun n’étoit jamais sorti de ses mains mécontent de lai : « Cela est indigne, ajoute-t-il , de les escorcher jusqu'aux » oS, quand ce sont, peronnee d'honneur qu HOEIERL à lés armes. » * °

On voit, par la même conséquence, des officiers qui paient pour leur rançon une moitié de leurs’ appointe-

ments (Hist. de M. de Thou, t. IUT, liv. XVIT, p. 13).

(41) La magnificence des princes et dés. seigneurs éclatoit surtout dans la multitude des chevaliers qui étoient continuellement autour de leur personne. La générosité qui les y retenoit rendoit la maison du seigneur plus noble et plus chère aux yeux de ses amis et de ses vassaux. L’attachement et le zèle de tant de braves guerriers qu’un même esprit réunissoit, la rendoient plus importante et plus redoutable aux étrangers et aux ennemis qui auroient eu dessein de l’attaquc:. Kustache Deschamps ( poés. manusc,, pag. 383, col. + et 3 dans une ballade sur la mort de M. de Couci tué en Fer à la bataille contre les Turcs, fait en ces termes l’élcge de ce seigneur : |

, Car.à son temps fut appert et joli, :

- Saige, puissant, de grant largesse plain,

Beau chevalier, bien travaillant aussi,

: Sanz nul repoë. Hostel tint large et sain

De chevaliers qu’il avoit soir et main *

Avecque lui et s’ordre et compaignie

.. Preux et hardis.

Les chevaliers qu’on nommoit chevaliers du corps eu chevaliers d'honneur, accompagnoient ordinairement le maître dans son palais et dans son château ; chez nos roÿs ils étoicnt leurs on ou chevaliers de leur chambre. |

Du Tillet, Rec. des rois de Faces a. des des de l’ordre et état de Chevalerie, p. 316. « En l’arrest de » messire Estienne de Flavigny de l'onzième février » 1384, il est intitulé chevalier d'honneur du roi qui » estoit chevalier de sa chambre, comme les pages ou » enfants d'honneur, à la différence des autres cheva- » liers et pages des escuries. Les roynes ont LRIER encores » un chevalier d'honneur. »

* Leur assiduité au service intérieur du palais répondoit de l’empressement qu'ils auroient à se tenir toujours à la guerre près de leur ns pour l'armer et pou le défendre. M

Froissart (vol. II, p. 279, sous l'an 1385), ue de l'embuscade où fut pris le seigneur Bernabo par son neven Galéas Visconti : « Là eut un chevalier d'Allemar- » gne, homme d'honneur et estoit chevalier de corps à » messire Bernabo. Quand 1ïl veit approcher gens qui » venoient sur son maistre et seigneur, il portoit l’espée

* Matin. ‘ on

» à messire Bernabo devant luy, et tantost. il la meit » hors du fourreau et la meit en la main dudit messire » Bernabo.... et puis tira le chevalier son espée comme » vaillant honime pour soy mettre en défense. »

La générosité des princes altiroit dans leurs cours une foule de chevaliers pour avoir part à leurs bienfaits; mais il étoit encore un moyen plus sûr de gagner l'affection de ces ames nobles et fières : la douceur ct l'affabilité les captivoient bien mieux que l'intérêt et la soif des richesses, suivant le chevalier de la Tour.

« Je congnois, ‘dit-il ( Instruct. à ses filles, chap. où il » leur dit comment les filles doivent être courtoises ; » fol. 6, verso ), ung grant seigneur en Œe pays qui a » plus conquis chevaliers et éeuyers ou autres gens à le » servir ou.faire son plaisir par sa courtoisie au temps ». qu’il se pouvoit armer, que autre ne fuisoit pour ar- », gent ne pour autre chose. C’est messire de Craon qui » fait bien à louer d'honneur ct de courtoisie sur tous » les chevaliers que je congnois. »

: La courtoisie et les autres veitus acquises dans une telle cour par les exemples et les modèles sur lésquels on se formoit, étoient en effet pour les chevaliers des trésors plus sûrs que les richesses répandues avec profusion par d’autres seigneurs quin 'cussent pas eu les mêmes qualités. On en peut juger par ce qu’on lit dans Perceforest (vol. I, fol. 54, verso, col. 2, et 55, recto et verso } des avantages que les chevaliers d'honneur dé la reine trouvoiént dans l’hôtel ‘de cette RIRE ) pour les lecons d'honneur et de courtoisie. |

Mais quel fonds auroit pu faire sur tant de chevaliers le maître qui les rassembloit et qui les avoil attaçhés à à son service, s'ils eussent été divisés entre eux; s'ils

n’éussent montré eux-mêmes , les uns à t'égard des autres , l'amitié la plus intime ? Il ne leur étoit pas plus permis qu'à des frères d’en venir aux mains les uns contre les autres ( Lancelot du Lac, t. I, fol. 36, recto, col. 2 ).

Joinville dit qu'il chassa l’un de ses chevaliers qui avoit frappé un de ses camarades, et fait voir par cet exemple quelle étoit l'autorité du maître sur ses chevaliers, et la subordination des chevaliers à l'égard de celui qui les commandoit et qui lès soudoyoit.

On pouvoit être chevalier: au service de’ plusieurs cours; et quelques-unes n'admirent à celui du souverain, comme on le vit dans la maison du- prince Édouard d'Angleterre, que des chevaliers et non des écuyers (Lancelot du Lac, t. I, fol. 58, recto, col. 2,et79, recto, . col. 2). Des évêques eurent, ainsi que les autres grands du royaume , des chevaliers tinches à leur maison (Hist. de B. Duguesel., éd, de Ménard, p. 243 et 318). :

Pierre de Blois (épiître 20), écrivant à deux de ses amis qui étoient attachés à l’évêque de Chartres, les exharte à représenter souvent à ce prélat combien il s'écartoit de ses devoirs, surtout par l’abus qu'il faisoit dé ses richesses en les prodiguant à des gens de guerre et à des histrions ; il leur recommande de lui inspirer d'autres sentiments, afin que donationes quas militibus et histrionibus facit , modestia limitaret.

(42) I est souvent fait mention dans Perceforest de tes heaumes placés aux faîtes des châteaux comme étant les signaux de l'hospitalité et du logis apresté nux chepaliers crrants ct querants cdventures ( vol. V, fol. 46,

recto, col. à ; vol. VI, fol. 26, verso, col. 2. ct 52, reclo, ‘col. t,ete.).

s A donsques estoit unèé coustume en la grant Bre- » taigne, dit l’auteur du mêmè roman ( vol. III, fol. 103, » recto, col. 2), et fut tant que charité régna illecque, » tous gentils hommes et nobles dames faisoient mettre * au plus hault de leur hostel ung heaulme en signe » que tous gentils hommes et gentilles femmes trespas- - sants.les chemins, entrassent hardçement en ‘leur » hostel comme au leur propre; car leurs biens estoient » davantage à tous nobles bommeet femmes Hepie + sants le royaulme. » |

(43) La trente mille francs d'of donnés par le duc d’Anjou au duc de Bourbon ; Louis III du nom, qui l’avoit assisté dans la guerre de Guienne, purent être regardés comme le subside d’un prince à son allié ( Hist. de Louis HI, duc de Bourbon, publiée par Pap. Masson, ch, XXII, p. 71 ). Le duc d'Anjou paya pour un mois les gens du duc de Bourbon , et fit aux chevaliers qui Paceompagnoient de riches présents de vaisselle d'argent et de draps de svie : l’un d’eux eut encore un coursier valant deux mille écus. | |

Froissart fait souvent mention des dons que les seigneurs , par un mouvement pur el gratuit de leur générosité, répandoient sur les chevaliers qui passoient dans leer cour. Celle du comte de Foit, où il avoit fait un long séjour, brilloit par cette espèce de magnificence. Aubertidour, en 138%. allänt chercher Boucicaut, l'aîné des deut frères dé ce-nôtm, qui lui avoit fait un défi d'armes, « vint à Ortais, et là trouva lé comte de Foix » qui lûy fit bonne chère, et le tint dé lez lui, et au dé-

partir il lui donna deux cents florins et un moult bel roussin. » ( Froiss., vol. IIT, ch. XCI, p.252.)

La générosité de ce comte se surpassa, suivant le

même historien ( ch. XCIII, p. 255, sous l’an 1387 ), dans la réception qu’il fit au duc de Bourhon qui revenoit de la guerre de Castille : « Adonc vinidrent de par » le comte de Foix, trois chevaliers, lesquels se nom-

moyent messire Espaeng de Lion, messire Pierre Cämpestan et messire Menault de Nouailles , et vin-

drent devant le dut de Bourbon, et lui dirent ainsi : Monseigneur, vegz-cy un présent que monseigneur le comte de Foix vous présente à yostre retour d’Espaigne, car il sait bien que vous avez eu plusieurs fraiz. Si vous donne à bonne entrée en son pays de Bearn, huit mille francs, ce mulet, ces deux çoursiers et ces deux pallefrois. Si, répondit le duc, beaux seigneurs, grant mprcy au comte de Foix. Maïs tant qu'aux florins, nous respondons que nuls n’en prendrons : mais le demourant nous recevrons de bonne volonté. Ainsi furent les florins refusés, et les chevaux et le mulet retenus. Assez tost après vint le.comte de Foix à costé du duc, et l’emmena, dessous son pennon, en la ville d'Ortais, et le logea en son hostel et tous ses gens furent logés en la ville. Si fut le duc trois

» jours à Ortais , et y eut de beaux disners et de grands

soupers, et monstra le comte de Foix au duc de Bourbon une partie de son Estat : lequel fait à seigneur comme lui, moult à recommander. Au quatrième jour le duc prit ‘congé du comte, et le comte fit et donna aux chevaliers et escuyers du duc de beaux

dons : et me fut dit que la venue du duc de Bourbon

causta au comte de Foix dix mille francs. »

DE LA QUATRIÈME PARTIE. : 317 “On voit, dans les chap. XCI et XCIL, comment les chevaliers étoient accueillis dans toutes les cours où ils passoient, régalés, défrayés de tout et comblés de présents , soit de mulcts, chevaux et même d'argent. Froissart qui.ne tarit pas sur les libéralités du comte . de Foix , auxquelles il avoit eu part, en fait encore cette description ( voi. HI, p. 184, sous l’an 1387 ) : « Donna » ledit comté de Foix, en droit don de sa bonne vou- » lonté, car il n’y estoit point tenu s'il ne vouloit, aux » :chevaliers'et aux escuyers qui passoient par Ortais, -» et qui l’alloyent voir en son hostel et compter des » nouvelles, grands dons et beaux ; à l’un eent, à l'autre ». deux cents, à l’autre trente, à à l’autre quarante, à. » l'autre cinquante florins, selon ce qu ils estoyent : et » cousta. bien au comte de Foix le premief passage, n selon ce que depuis 1e trésorier me dit à Oftais, la » somme de mille francs, sans les chevaux et les ii ».nées qu'il donna. » An Un esprit d'ordre et d'équité naturelle que je crois voir dans la plupart des loix et des usages de la Chevalerie, s'étendoit jusqu'à la distribution de ces présents, soit que les principes de cette justice distributive dérivassent des Romains qui les suivirent dans plusieurs parties de leur gouvernement, soit qüe notre Chevaleric les eût empruntées de la proportion observée dans la loi salique entre les personnes de différents états par rap por aux amendes. (Voyez, sur cette loi salique ; ce qu’en dit l’abbé Dubos, Établ. des Fran.,t:II pe 505 et suiv. ) Cette règle, qui ne s'est point encore ne dans nos tribunaux, étoit également suivie dans nos cours de justice par rapport aux prisonniers , suivant les coutumes

de Beauvoisis ( édit. de la Thaämassière, ch. XLIH, p. 237 ), ét dans les armées ou dans les montres de nos troupes. Le banneret étoit, suivant du Tillet ( Rec. des rois de Fr., chap. des Chev., p. 319), payé au double du chevalier, et le chevalier au double de l'é écuyer ; ; et l’article du réglement fait en 1351 par le roi Jean ( Ordon. des rois de Fr., t. IV, P- 67) pour les gens de guerre, porte expressément « qu’un banneret aura de guiges qua- » rante sols tournois par joùr, un chewalier vingt sols » tournois, un escuyer armé enoste de ses armes dix + sols tournois; et un vallet avec lui armé de hauber- » geon, de bacinet à camail, de gorgerette , dè gantel- » lez et. ra par dessus le haubergeon , cinq sols » tournois.

L'histoire de Louis II1, duc de Bourbon. fait voir.que si la paie des écuyers étoit moins forte que celle des chevaliers, ils payoient aussi une somme moins forte dans la même proportion , lorsqu'il falloit contribuer en commun à quelque dépense. Hist. de Louis III, duc de Bourbon , par Jean Dorronville , nommé Cabaret, c. V, p.17 èt18 : « Vint le jour des vois où le duc de Bour- » bon feit grande feste et lye chère, et feit son roi d’un » gnfant en l'aage de huict ans, le plus pauvre que l'on » trouva en toute la ville, et le faisoit vestir en babit + royal, en luy baïillant tous ses officiers pour le gou- » verner , et faisant bonne chère à celuy roy pour ré- » vérence de Dieu; et ke lendemain disnoït:celuy roy à » la table d'honneur. Après venoit son maistre d'hostel » qui faisoit la quête pour le pauvre roy, auquel le duc » Loys de Bourbon dounoit communément quarante li- » vres pour le tenir à l’escolle ; et tous les chevaliers de » la cour chacun un frane, et les escuyers chacun demy-

» franc : si montoit la somme aucune fois près de cent » francs, que l’on bailloit au père ou à la mère pour les » enfants qui cstoient roys à leur@tour, à enseigner à » l’escolle sans autre œuvre, dont maints d’iceux en vi- » voient à grand honneur ; et cette belle coutume tint » le vaillant duc Loys de Bourbon tant comme il ves- » quit. »

(44) Duguesclin, à qui le comte de Montfort donna la terre de la Roche-Derien , et qui dans la suite fut cor blé de biens et d'honneurs par Henri, roi de Castille, | avoit acquis par don du roi, suivant du Châtelet, son historien (Hist. de Duguesclin, p..27 et 48 ), la terre de la Roche-Tesson, dont il avoit pris le château sur les Anglois. Eustache Deschamps, qui fut attaché au duc et à la duchesse d'Orléans, dit que Duguesclin les ayant serviè, tint de leur libéralité, et non de celle du roi, la possession de cette terre. ( Eust. Deschamps, Poés. mis., p. 97, col. 2, Lar du connétaëble Duguesclin).

re

Il servit premièrement D'Orléans duc et duchesse, La Roche et de leur richesse, Tesson héritablement.

. La terre et tout lui donna Le duc et habandonna, , Parce que bien l’ot servi, Êt li prodom s’avanca , etc. :

Duguesclin ne regarda peut-être le don de la Rocbe- Tesson que comme le prix de ses services , et nencomme un présent purement gratuit, ou peut-être. n’avoit-il pas entore eu cette terre Jorsque Guillaume de Blamboure, Anglois, lui fit proposer une joute ( #bïd., édit.

de Ménard, ch. XI, p. 37 ): il donna au héraut du duc de Lancastre, qui lui apporta le défi, un zippon de soie avec cent florins d’o$; et comme ce prince lui renvoya un très-beau cheval : « Sire, lui dit-il, Dieu vous garde + d’encombrier (de mal), car oncques mais je ne trouvai » duc, comte, ne aultre prince qui me dopnast vaillant » un seul denier , si je ne l’ai conquis à l'espée. »

(45) Tous nos romans retentissent également des préceptes donnés aux grands, en faveur de la Chevalerie indigente à qui leur assistance étoit nécessaire : ils leur recommandent sans cesse de ne considérer en elle que les vertus dont elle s’est enrichie , et de suppléer à ce qui lui manque d'ailleurs, en lui fournissant les moyens d'employer ses talents, de se faire connoître, et’de s’élever au rang qu'elle mérite. Un prendhomme., dans le roman de Lancelot du Lac ( vol. I, fol. 56, verso, col. 1), dit au roi Artus : « Là où tu verras les bacheliers en » poureté, et que prouesse de cueur n'auras pas oubliée, » et il sera laissé entres les poures hommes; si ne l’ou- »-blie pas pour sa poureté ne pour son bas lignage; car » dessoubz poureté d’avoir, a souvent grant richesse de » cueur. » Et l’on voit dans cel de Gérard de Roussillon { mss., fol. 108 et 109, en provençal ), que les chevaliers pour qui la fortune avoit été ingrate, trouvoient dans les grands seigneurs des protecteurs généreux qui les entretenoient, les nourrissoient, les armoient et les habilloient. Les poëtes, les autres écrivains et toute la nation réclamoient de même la protection des grands pour la Chevalerie : plusieurs d’entre eux sentirent que leur honneur, de concert avec l'intérêt de leur grandeur et de leur puissance, devoit les y porter; ils mirent sou-

vent en pratique les utiles avis qui leur étoient donnés. __ Nous avons déjà remarqué que les nouveaux chevaliers recevoient, des mains de ceux qui les armoient, des présents et d’autres gratificalions, et l'on pourroit ajouter ce point de comparaison au parallèle que nos auteurs ont fait entre la prélature et la Chevalerie : c’étoit , le dirons-nous, comme le titre clérical qu’on donnoit au chevalier , afin qu'il pût soutenir la dignité de son état, Des terres, des rentes, des châteaux, des fiefs et des pensidns furent quelquefois. compris dans ce libéralités. . “

Un écuyer, pour ses services, Jenabdenc, suivant le roman de Lancelot (t. JIE, fol. 14, recto, col. 1), l’honneur d’être fait chevalier et le don d'un château, obtient l’un et l’autre, et devient l'homme ou le vassal de son bienfaiteur, et le sert à table lui et les chevaliers de sa compaguie. On voit dans le même roman (1. ITE, fol, 13, verso, col. 2) d’autres concessions de terres données avec la Chevalerie; mais nous renverrons, pour plus grande autorité, au titre de l'an 1352, rapporté par la Thaumassière ( Cout. de Berri, p. 736), et au témaignage de La Roque ( Nobl., ch. LXIX, p. 324), qui fait voir aussi par des titres que nos rois ajoutoient à la Chevalerie qu'ils donnoient des pensions et des rentes à prendre sur leurs domaines. Froissart (liv.] » P. 47 ) cite un exemple pareil du roi d’'Angleterre,æn 1338, mais pour une Chevalerie accordée à la guerre :« Si-tost que » le roi d’Angleterre,, qui attaquoit le roi de France, » eust passé la rivierre de l'Escaut, et il fut monté sur » le royaume de France, il appela messire Henri de » Flandres, qui adonc étoit jeune écuyer , :si le fit che- » valier, et lui donna deux cents livres de revenu à l’es-

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