‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 44 sur 57 · TOME I. 2f · texte numérisé non relu

TOME I. 2f

37e MÉMOIRES

reux accord du tout avec ses parties, qui rendent un ouvrage digne de l'estime des connoisseurs. Dans la suite ils auroient pu facilement appliquer à la morale * cette règle immuable et universelle : ils auroient reconnu que la pratique scrupuleuse de quelques devoirs, et les actes de quelques vertus éclatantes portées au plus haut degré, mais accompagnées de tous les excès d’une vie scandaleuse ou criminelle, ne produisent qu'un assemblage monstrueux ; et qu'il.n'est de solide vertu que dans la pratique uniforme .et constante de tous les devoirs de la religion, de la morale et de l’état qu'on a-embrassé; ils se seroient convaincus que c'est uniquement par le cours d'une vie innocente où du moins exempte de crimes, qu'on peut mériter véritablement le titre d'hommes vertueux. Gémissons sur le sort de notre ancienne Chevalerie dont nous ne pouvons trop admirer les loix et la morale; et disons que si elle eût trouvé, dans des siècles plus heureux, une nation telle que les Athéniens, ou que celle qu'on leur a si souvent et si justement comparée , il est hors de duute qu’elle auroit formé des hommes et des citoyens supérieurs à ceux que Platon avoit imaginés. Mais nos ancêtres ne savoient rien :

SUR L'ANCÎENNE CHEVALERIE. 374

ils raisonnoient peu; les exploits et le rang de ceux qui, parmi eux, faisoient trophée de leur ignorance , l’ennoblissoient aux yeux du peuple : ils aimoient la gloire, mais ils ne connoissoient pas la véritable. Je ne puis mieux terminer le portrait de ces anciens temps comparés aux nôtres, que par cette réflexion d’un auteur que tous les siècles et tous les hommes prendroient pôur arbitre : « On fai- » soit dans ces siècles grossiers le même cas » de l'adresse du corps, que l'on en fit du » temps d'Homère. Notre siecle, plus éclairé, » n’accorde son estime qu'aux talents de l’es- » prit et à ces vértus qui, relevant l’homme » au-dessus de sa condition, lui font fouler ».ses passions sous les pieds, et le rendent » bienfaisant , généreux et secourable. »

(4) Nous multiplierions les citations à l'infini si nous voulions rapporter tous les témoignages de nos anciens auteurs qui peignent la Chevalerie des couleurs les plus odieuses., Pierre de Blois, dès le douzième siècle, avoit en vue les désordres des chevaliers qu’ il désigna par le mot milites, lorsqu'il dit que leurs sommiers ou chevaux de somme (summarit) plioient sous le fardeau des ustensiles et des munitions qu'entraînent la gourmandise et l’ivrognerie , au lieu d’être chargés de l'attirail des armes nécessaires aux combats : Non ferro. sed vino, non lanceis sed caseis, non ensibus sed utribus , non hastis sed verubus onerantur. A les voir, on croiroit qu’ils vont au banquet et non au combat ( ad domum convivii, non ad bellum). Y]s sont à la vérité couverts de boucliers où l'or reluit de toutes parts, mais ils les rapportent tels

‘qu'ils les ont portés (virgines et intactos.) : leurs selles cependantet Jeurs écussont bigarrés de peintures qui représentent dès combats de cavalerie. De si belles images les ansportent d'admiration , mais ils n’osent regarder la guerre qu'en peinture : Bella tamen etconflictus equestres depingt faciunt in sellis et clyneis, ut 2e quäédam

imaginarié visione delectent in pugnis quas actualiter videre et ingredi non audent. Ces ‘peintures indiquent visiblement lés commencements des armoiries de nos chevaliers; si, manquant de valeur, ils manquoient au premier de tous leurs devoirs, on ne sera pas surpris d'entendre d’autres auteurs leur reprocher les vexations, les violences exercées contre Îles clercs, les, églises, les peuples et leurs vassaux qu'ils devoient protéger. On verra nos anciens écrivains déclamant contre ‘l'avarice, la cupidité, le mensonge, le parjure, le pillage ; le vol ’ le brigandage , et tous les autres excès d’une milice sans frein , également dénuée de principes, de mœurs-.el de sentiments. Quelle opinion peut-on avoir ‘encore de ces ‘troupes si l’on applique à la Chevalerie ce qu’on lit du comte de Champagne, en 1231, qu’il se fioit plus aux communes de:scs bourgeois qu'à ses propres chevaliers: Comes Campaniæ communias burgensium fecit et rusticorum in quibus.magis confidebat .quam in, militibus suis € Chron. d’Alber., p° 541 ). Ceux même d’entre les chevaliers qui s’étoient voués à une vie plus régulière, qui avoient-embrassé les ordres religieux de la Chevalerie, ne furent pas plus que les autres. à l'abri de la censure des écrivains de leur siècle. Outre les crimes imputés alors aux chevaliers en général, ceux-ci sont encore taxés de simonie. Dans les maisons des hospitaliers et autres destinées à l'humiliation, à la pauvreté et à la charité, on voyait triompbher l’orgueil,

l’opulence et la mollesse : la foi que l’on y professoit soi là fraude et la HARAO

Eaians e tracios Es lor confessios.

La hauteur, la vanité, l’orgueil étoient surtout les vices des chevaliers, malgré toutes les leçons d'humanité, de politesse et de modestie répétées tant de fois: ce fut le caractère dominant de leur état, le motif dé toutes leurs démarches, le principe de toutes leurs actions, suivant un auteur dont les vers nous donnent d’ailleurs une description très-circonstanciée des usages, des exercices, des habillements et de l’ "équipage des chevaliers. | |

Les invectives des auteurs moralistes, peut-être trop sévères, et celles de quelques-uns de nos poëtes qui s’abandonnoient au feu de leur imagination, ne sont que trop confirmées par les récits des historiens des mêmes siècles: on y voit plusieurs des plus braves, ou, pour mieux dire, des plus redoutables chefs de la Chewalerie, se souiller de tous les crinies que la barbarie peut enfanter; on y compte une liste nombreuse de nouveaux noms inventés pour exprimer les diverses troupes de brigands qu’ils traînoïent à leur suite ‘et à leurs pages, comme les ministres de léur ambition et de leur vengeance. Un seul passage du‘moine du Vigeois (Labbe, Bibliothèque manuscrite, t. Il, p. 339) réunit ces noms qui devenoient D unellement la terreur du peuple. Primô Basculi, postmodüm Theutonici, Flandrenses, et ut rustice loquar, Brabansons, Hannuyers, Asperes, Pailler, Nadar, Turlau, Vales, Roma, Cotarel, Cätalari, A1 ragones quorum dentes etarma omnem pene Aquitantam corroserunt. É . Tout le monde connoît les guerres nb dont l’animosité fut à peine étouffée par les sévères loix de saint Louis : on connoît de même les guerres civiles qui, dans la suite, sous les regnes des Valois, armèrent les plus

puissants seigneurs et les plus valeureux chevaliers les uns contre les autres ; ainsi la Chevalerie trouva presque tous les jours , parmi ses enfants, des monstres acharnés à déchirer impitoyablement le sein de leur mère, en même temps que d’autres s’occupoient sans cesse de rendre à la Ghevalerie toute sa gloire en faisant revivre les loix et les vertus qu’elle leur avoit fait sucer dès leur enfance. ou Les auteurs même de qui nous avons emprunté les traïts les plus satiriques contre les chevaliers, ne peuvent s’empécher de donner encore des éloges à la véritable Chevalerie, c'est-à-dire à celle qui étoit yraiment digne de ce nom. Une pièce de Péire(Pierre) Vidal, poëte provençal, trop longue pour être extraite ici, en parlant des ehevaliers successeurs de coux qu'on avoit vus sous Henri ,’roi d'Angleterre, et ses trois fils Henri, Richard et Geoffroi , les compare aux Marabotins , qui ne songeant qu’à jouir des honneurs et des distinctions que leurs ancêtres leur avoient acquis, furent chassés par les Mamelus, gens nés de rien, mais en qui la noblesse du cœur réparoitamplement celle de la naissance: « Ainsi, dit-il, la noblesse ou la Chevalerie qui avoit + perdu son antique valeur, sa générosité, sa magni- » ficence et ses autres vertus, étoit-elle menacée d’une » parêille révolution. »

Un autre poëte satirique ne fait pas moins d'honneur à l'ancienne Chevalerie : dans l’exposition déplorable des maux dont le monde est afigé, des plaies qui le dé. chirent, il n’oseroit parler de à troisième que “al fait la Chevalerie : |

Chevalerie est si grant chose,

plie d'humanité, sagement employée depuis par M. de

Turenne qui savoit ainsi tirer parti de la lâcheté, et

rendre les fautes des lâches quelquefois utiles à eux-

mêmes et à l'État. , | Par la condamnation de l'amiral de Coligni en 1572;

il étoit ordonné que ses armoiries seroient attachées à

la queue des chevaux et traînées dans les villes (de Thou,t. VI, liv. LEII, pag. 459).

G 0 Cette circonstance de la du rappelle ce que Tacile a dit des supplices des Germains. Chez eux les traîtres et les déserteurs étaient pendus à des atbres ; les lâches, les poltrons et autres coupables de crimes

infâmes , étoient jetés dans un bourbier et dans un marais, et leur corps étoit couvert d’une claie. IL donne raison de la diversité de ces traitements : « Le supplice * des crimes ordinaires doit être exposé au grand jour », pour servir d'exemple; les crimes infâmes doivent être » ensevelis dans l’oubli. »

Nos chevaliers étoient pénétrés des mêmes s sentiments d'horreur et d’exécration -que les Germains avoient témoignés pour les ames läches.

(52) La peine de trancher la nappe, qui pourroit être fondée sur quelqu’une de nos anciennes loix dont nous n'avons aucune connoissance, semble avoir quelque rapport avec ce qu'on lit dans Joinville (pag. 96). Comme ses chevaliers avoient été maltraités par les frères hospitaliers, il en demanda justice au maître de l’hôpital qui consentit à lui en faire satisfaction. Elle consistoit à faire trouver les auteurs de l’outrage lorsqu'ils mangeroient sur leurs manteaux, afin que les chevaliers offensés

püussent venir les leur enlever. Lorsque Joinville et Les siens se présentèretit pour éxécuter les cohditions et faire lever les frères de dessus leurs manteaux , ceux-ci le refusèrent; alors les chevaliers se firent justice eux-mêmes en prenant place pour manger avec eux , et les obligèrent ä ou léurs manteaux pour aller à une autre table.

(53) Un chevalier regardé comme un homme diffamé parce qu’on l’avoit vu dans une charrette, arrive à la cour du roi Artus, et veut prendre place à la table des . chevaliers; mais aucun ne veut l'y souffrir : refusé dans tous les rangs où il se présente, il va pour étendre sa nappe sur la table des écuyers ; il n’y fut pas mieux reçu, tous le chassèrent également; enfin il fut réduit à aller mañpger: dehors (Lancelot du Lac, t. 1H, fol. 15, verso, col. 2 ). |

(54) L'on a vu le | jeune hommé destiné aux armes, sortir, à l'âge de sept ans, des mains des femmes qui lui avoient donné l'éducation , et passer de-là au service de page où il demeuroit jusqu’à l’âge de quatorze ans pour être formé au monde et à la politesse. À quatorze ans il devenoit écuyer et en continuoit ordinairement les fonctions sept autres années, c est-à-dire jusqu’à vimgt-un ans; alors, suivant l'usage commun, il acquéroit la Chevalerie dont il devoit soutenir les travaux contin uels tout le reste de ses jours.

Baudouin de Condé (dans le Dit preu. dou. Avaricieus, manusc. de M. de Sardière , p. pénult) veut que le chevalier ne puisse quitter le métier des armes tant que ses forces et ses moyens le lui permettent:

332 NOTES Car à n’en doit finer * . . Chevalier tant qu'il puist finer ** D’avoir ne de santé de cers :

Tes *** est d'armes li vrais recours.

Mais il vient un termps où la nature, s’épuisant, ne permet pas de se livrer avec la même vigaear, aux fatigues que demandoit la Chevalerie. Les premiers exeréices dont on se ‘détachoit, auxquels même ‘on renonçoit comme moins nécessaires, furent ceux des tournois ; l’histoire de Louis XII en fouéou un exemple remarquable.

Aux joutes faites en présence de toute la cour à Paris dans la rue Saint-Antoine, assez près des Tournelles, vis-à-vis du beau treillis, il s y donna, dit l'historien (J ean de Saint-Gelais, Hist. de Louis XII, pag. 128 et 129) : « Mains beaux coups, et entre autres monsei- » gneur de Clerieux lequel étoit deja en l’arrière saison » de ses années, feit merveilles. Car d’une course de ». lance il porta par terre un gentil homme de Picardie, » homme et cheval tout ensemble, et incontinent ce coup fait, il s’en alla désarmer et se rafraîchir entre » deux beaux draps ; et envoya son heaume à une dame » de Paris, en la priant qu 'elle le gardit, Jui faisant # savoir que quant à lui il avoit clos le pas, et que jamais il n’avoit intention de se trouver en joustes ny en » tournois où il fallut porter harnois. » Le chevalier en déposant aux pieds de sa dame ce glorieux et ce dernier témoignage des sentiments de valeur autant que d'amour dont elle l’avoit animé, pouvoit lui dire comme Horace

à Vénus (liv. HT, Ge 26), et d'une façon plus hé-

roïque :

* Fiair, cesser. — ** Trouver et avoir. — *** Tel.

Vixi puellis nuper idoneus, Et militavi non sine gloria.

Nunc arma , defunctumque bello Barbiton hic paries habebit.

" On renonçoit plus difficilement au métier des armes qui faisoit l'essence du chevalier , et les chevaliers profitoient à regret du triste bénéfice de l’âge que la loi leut avoit accordé. Comme les loix romaines (Traité de l’emp. rom. par Midleton) avoient dispensé les sénateurs sexagénaires de se trouver aux assemblées, nos chevaliers pareillement furent au même âge exempts de l'obligation de soutenir le gage ‘de bataille , et furent encore affranchis de la nécessité de servir les fiefs de haubert ou de chevalier, s’ils en possédoient quelques-uns; mais en ce cas il falloit que le chevalier, en échange de son corps, remît son cheval et ses armes au seigneur à qui il devoit le

service ( Assises de Jérusalem, ch. CCXLIV, p. 264).

(55). Les chevaliers, si l'on s’en rapporte à l’auteur du roman de Lancelot (vol. IT, fol. 7, recto, col. 1) n'étoient point anciennement mis en terre qu ‘ils ne fussent armés de toutes leurs armes. Un témoignage plus authentique nous apprendra quels étoient les honneurs qu'on leur rendoit dans le quatorzième siècle , et que la pompe de leurs funérailles égaloit presque celle des souverains.

« On n'épargna rien dans ces siècles pour la pompe » des enterrements ou des funérailles ; et les seigneurs » ordonnoient souvent à cette occasion , dans leurs tes- » taments, des dépenses excessives. On ‘obéervoit une » coutume singulière aux enterrements des barons et » des autres chevaliers : on faisoit coucher dans le kit

» de parade qui se portoit aux enterrements, un homme * vivant armé de pied en cap, pour représenter la per- * sonne du défunt. On trouve dans les comptes de la » maison de Polignac, qu’on donna , en: 13795, cinq sols » à Blaise pour avoir fait le chevalier mort à la sépul- » ture de Jean, fils de Randonnet Armand vicomte de x Polignac. » (D. Vaissette, Hist. de Len ai t. IV, p- 520, sous l’an 1443. )

Les Anglois faisant, en 1591, le siége de Rouen avec Henri IV (Hist. de Thou, liv. CII, p. 203, F., et p. 454 de la trad. ), réservèrent au colonel.de leur infanterie une pompe funèbre bien digne de la Chevalerie ancienne, dont l'esprit se conserva long-temps dans cette nation : comme ce brave colonel, neveu du comte d’Essex , eut été tué dans une attaque faite à leur tête, les Anglois mirent son corps dans un cercueil de plomb et le conservérent jusqu’à leur départ, dans le dessein, comme ils le disoient eux-mêmes , de le faire entrer dans la ville par la brèche, si l'occasion de donner un assaut se présentoit, nine l'y transporter par un chemin où il les ‘ auroit conduits, si la mort ne l’en eût empêché; mais n'ayant pu rendre à leur chef cet honneur militaire, ils remportèrent son corps en Angleterre.

(56) La Colombière (Théât. d'honp.,t. 11, p. 625 et suiv., et dans sa Science héroïque, ch. XLVI ) est entré dans un grand détail au sujet des tombeaux des chevaliers et des diverses marques honorables dont ils étuient armés , suivant les qualités et les exploits de ceux dont ils couvroient la cendre, et suivant les différents genres de leur mort. Cet autcyr a cepeudant la benne foi d’a-

DA

veriir que ses observations se trouvent peu conformes aux monuments qui nous restent.

(57) Voyez Savaron , Traité de l'épée françoise, touchant l'usage de suspendre et d'attacher ses armes dans les églises. Le moine du Vigeois (Labbe, t. IT, p. 336) nous a conservé un des plus anciens témoignages de la vénération que l’on avoit pour-les armes des chevaliers qui s’étoient rendus illustres. On les gardoit précieusement dans les trésors des églises. En faisant le récit des choses précieuses pillées dans les églises par Henri, roi d'Angleterre , il ajoute: Zoricam quæ in armario servabatur Guidonis de Grandi monte, nocte quâdæm petiit et accepit. |

Bayard avoit en vue cette glorieuse récompense . née à ses exploits, et le mônument éternel qui devoit en ètre conservé avec son épée, lorsqu'il adresse ces mots à celle dont Francois Î:" venoit de reccvoir l’accolade : « Tu es bienheureuse, lui dit-il, suivant la Colombière » (Théât. d'hon., tel, p. 16 et 17), d’avoir aujourd’huy » à un si beau et si puissant roy donaé l'orire de Chevalerie; certes, ma bonne espée, vous serez comme reliques gardée et sur toute autre honorée, et puis fit deux saults, et après remit au fourreau son espée. »

* Ce fait est rapporté, avec quelques légères différences, dans le supplément à l'Histoire du chevalier Bayard (éd. de Godefroï, p. 462 et 463 ) dont je vais copier les termes; on y verra que cette épéc'n’eut pas le sort qu’elle devoit avoir, malgré les soins du duc de Savoie pour la recouvrer. « Bayard, après cette action , fit une grande révé- » rence, et, baisänt son cspée, dit : Glarieuse espée, » qui aujourd'hui a eu l’honneur de faire chevalier le

336 | NOTES » plus grând roi du monde, je ne l'émploÿeray jamais » plusquecontre les infidèles, ennemis du nom chrétien.»

« Cetté espée a esté mal conservée, ceux qui restent

» de son nom ne savent ce qu’elle est devenue : le duc » Charles Emmanuel de Savoye, petit-fils du roy Fran- » çois, qui, vaillant comme luy, aime les vaillants et » honore leur mémoire , a desiré de l’avair pour la mettre » parmi un nombre de choses rares qu’il conserve en sa » gallerie à Turin, mais ne l'ayant peu rencontrer, » quelque diligente recherche qu’il en ait faite , il a mis » en sa place.la masse d'armes dont le chevalier se ser- » voit en guerre, qu'il a retirée avec instance de Charles » du Motet, sieur de Chichiliane , brave et sage gentil- » homme de Dauphiné qui La conservoit soigneusement ; « il luÿ escrivit une fort honneste lettre, le priant de » lui en faire présent, et qu’il la cheriroit comme chose » très-préciense, adjoustant pour l’honneur du cheva- » lier, que parmi le contentement qu’il auroit de voir » cette pièce au lieu plus digne de sa gallerie , il estoit » desplaisant de quoy elle ne seroit en si bonnes mains » que celles de son premier maïstre. »

, (58) Sainte-Catherine de Fierbois (suivant le Dictionnaire universel de la France, Paris, 1726 ), bourg dans la Touraine , situé à une lieue de Sainte-Maure : l'on veut que ce soit où la pucelle d'Orléans trouva l’épée de Charlemagne dont elle s’est servie dans ses expéditions guerrières , et que l’on a portée depuis au trésor de Saint-Denis; l’on dit qu’elle la trouva dans le tombegu d’un soldat. La chapelle qui porte ce nom est à la présentation de l'archevêque de Tours.

AprËs avoir exposé, peut-être même exagéré, sur la foi de nos anciens auteurs, les avantages de la Chevalerie militaire, de laquelle il ne reste plus que des vestiges dans les divers ordres de la Chevalerie régulière ou religieuse; nous devons, pour ne point faire illusion à nos lecteurs, rapporter les inconvénients et les abus qui contrebalancerent les avantages dont nous avons fait l’'énuméfation. Le désir de contenter, autant que nous le pourrons, la curiosité des mêmes lecteurs, nous oblige aussi de rechercher quelles peu-—. vent avoir été les causes de la décadence et "de la chute totale de notre Chevalerie.

On nous aura, sans doute, accusés plus d’une fois, ou du moins soupçonnés d’une prevention aveugle , lorsqu’en lisant tout ce qüe nous avons dit à l'honneur de la Chevalerie, on se sera rappelé que les siècles dans lesquels elle étoit la plus florissante , furent des siècles

de débauche, de brigandage , de barbarie et

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