‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiques (volume 2)Chapitre 55 sur 57 · CHEVALERIE. — VBRRTUS QU'ELLE EXIGE · texte numérisé non relu

CHEVALERIE. — VBRRTUS QU'ELLE EXIGE

Le chevalier **, sitôt qu ‘il est élevé à la haute dignité de l'ordre, doit, exempt de tous vices et de tous défauts, réunir en lui toutes les vertus et toutes les perfections, et honorer toutes les dames. Que le chevalier nouvellement créé soit gai ; attentif à ne rien faire

qui ternisse sa pureté, circonspect dans toutes

ses démarches, preux, loyal, gracieux, doux, humble, discret et aussi net au dedans qu'au dehors ; que, prenant le mord aux dents pour le nouvel honneur qu'il a reçu ; il aime la ba-

chelerie (les exercices des armes ou des che-

valiers), suive les armes sans épargner ni sa

* Parmi les fabliaux mss. du roi, 7615, fol. 162, vol. I. ** Fol. 163, vol. I.

vie ni sa fortune, et qu’au premier tournoi où il se mettra, il fasse les derniers efforts pour en obtenir le prix. S'est-il rendu le vainqueur du premier tournoi où il a porté l'écu, alors il acquiert un nouveau grade et prend le titre de bachelier, dont partout on célebre les exploits.

Voici désormais quels seront les devoirs de celui qui est devenu bachelier, s’il veut être emplumé des plumes de haute prouesse. Chercher les combats, fuir la paresse et l’ayarice qui est incompatible avec la prouesse * (voyez les raisons judicieuses que l'auteur en donne }; ne point désirer une vaine gloire ou reéputation de valeur, qui ne seroit point fondée sur des travaux et des exploits de guerre continuels. Le véritable bachelier d'armes est celui qui, ayant empoigné son écu, et s'étant mis entre les deux rangs, n'attend pas qu'on soit aux mains pour commencer le tournoi “*. (On voit ici une description vive et poétique de tout ce qu'il fait pour en avoir tout l'honneur.) Mais il ne suffit pas d’avoir été le vainqueur du tournoi; ce n'est pas tout, il faut que de retour à son hôtel il y soit aussi poli et aussi

* Col. 2. — ** 164, vol. Let II.

SUR L'ANCIGNNE CHEVALERIE. 473 généreux qu'il a; été brave ét intrépide en pleine campagne ; que s'il est un seigneur puissant il fasse part de ses trésors aux cheva— liers qui sont pauvres. et qu'il vide ses malles pour distribuér les vieilles robes aux ménestriers, car tel est le métier des armes : grand bruit aux champs, et grande jaie au logis :

: É Car d'armes est li mestier tiex ‘Bruit es chans et joie à l'ostel. E

“Vous aurez beau étre brave, si vous ne joignez à la valeur la génétosité, vous ne serez point décoré da glorieux titré de preudomme.

Telle est la-royalé voie que j’enseignerai au

bachelier qui voudra acquérir ce haut nom *.

Ce n’est pas voie de rapine ni de gourmandise, ni d'indolence, mais de vigueur à fermeté, de fermeté à hardiesse, de hardiesse à prouesse, et dé prouesse à courtoisie : c’est par-là que doit passer le bachelier, puis enfin à largesse. Lorsqu’après avoir consumé sa jeunesse aux armes, il voit son poil grisonner, il est temps qu'au retour de l’âge il fasse aussi un retour sur lui-même, qu'il rende à Dieu ce qu'il lui doit, qu’il répare les folies de sa jeu-

* Fol. 165, vol. I, col. 1.

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