‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiquesChapitre 18 sur 44 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

estoit plus prochain de la Couronne, que Monsieur le Ducq Philippe n'estoit, que Madame d'Orleans devoit aller devant Madame la Duchesse de Bourgonone; touttes fois Monsieur d'Orleans défendit à Madame sa femme, qu'elle n’allast point devant Madame la Du chesse sa belle-tante; car, comme il disoit, elle estoit fille de Roy, et si avoit espousé un Ducq si puissant et si noble qu’elle devoit bien aller devant : pareillement Monsieur le Ducq Philippe ne vauloit point que Madame la Duchesse allast devant pour l'honneur de la Couronne, dont il estoit plus prochain que lui, et ainsi (comme l'ouys dire) ces deux Princesses se faisoient grand honneur l’une à l'autre, et de faict elles alloient partout devant.

J'ay ouy raconter ‘ que quand le Roy * fit

son entréè à Paris, là où le Ducq Philippe éstoit et Monsieur d’Orleans, que Monsieur d’Orleans * alloit devant, et aucuns demandoient au Ducq Philippe pourquoiille souffroit, j'ouys dire qu’il respondit que Monsieur d'Orleans estoit le plus vieux. Touttes fois à coroner le Roy, le Ducq de Bourgongne va devant tous; car il est le premier Pair et Doyen.

‘L'an 1461. — ? Louis XI. — 3 Charles, duc d'Orléans.

Et si ai ouy dire qu’à tel honneur le Mareschal de Bourgongne va devantcestuydeFfance:

et pour le débat qui a esté dernierement entre le Mareschal de France et cestuy de Bourgongne, à l'entrée du Roy Charles ‘ à present, a esté ordonné que partout ils iront l’un devant l’autre, puis l’un, puis l'autre; ce qu'a esté fait au grand regret du Mareschal de Bourgongne, car il disoit que continuellement il devoit aller devant. Le Roy n’en avoit point ordonné, parce que son entrée fut trop subite, et pour ce ils alloient partout l’un devant l’autre : et au soir quand le Roy souppa à Ja table de Marbre au Palais, il fut ordonné que les deux Mareschaux n’f soupperoient pas pour leur débat : et fut dit que Monsieur le Mareschal de Bourgongne iroit soupper avec Madame de Beaujeu * sœur aisnée du Roy, et l'autre avecq Madame d'Orleans ? mere de Monsieur d'Orleans à present. Monsieur le Mareschal de Bourgongne ne fut pas content de cette ordonnance, touttes fois la cause demeura ainsi pour cette fois, et fut cette entrée du Roy l'an M. CD. LXXXIV.

: Charles VIII. L'an 484. — ? Anne de France. — 3 Marie de Clèves. ,

J'ay ouy dire que le Mareschal de Bourgongne doit aller devant, pour ce que le Duc de Bourgongne est premier Pair et Doyen de Paris ‘ : et quand on coronne le Roy, le Duc de Bourgongne tient la Couronne à ses deux mains sur la teste du Roy, et les autres Pairs n’y mettent que chacun un doiot ?.

J'ay ouy dire à Madame ma mere qu’ en sept sepmaines que Madame la Duchesse Isabeau de Portugal * fut devers le Roy et la Royne de. France, oncques elle ne disna ne souppa avecq aucun des deux : mais Madame la Dauphine venoit bien vers Madame la Duchesse, et là estoient-elles aucunes fois deux ou trois jours sans se partir; et vit Madame ma mere que l’on servoit Madame la Dauphine à couvert *, et Madame la Duchesse de Bourgongne point : et quand Madame la Dauphine avoit

* Pairs. — * Doigt sembleici pour main. — 3 L'an 1445.

4 Couvrir et couvert : ces mots désignent l'usage où l'on étoit de couvrir les choses qu’on ‘mettoit devant les personnes à qu l’on devoit rendre des honneurs particuliers , ou qu’on leur présentoit : on couvroit les plats, et peut-être le sel, le poivre et autres épiceries.qu’on servoit sur la table auprès d’elles : si an leur offroit des dragées, le drageoir étoit couvert d’une serviette. Le cadenas, qui n'appartient qu'aux personnes du plus hant

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 165 lavé atout ‘ deux bassins, l’on apportoit à laver à Madame àtout un bassin et un aiguier sans faire essay ; et pareillement à la table quand elles lavoient. Mais quand Madame la Du-

. Chesse avoit lavé à la table, on lui bailloit la

serviette et elle la prennoit par dessoubs, et quand elle avoit essuyé, elle la bailloit de costé à son escuyer tranchant, ou à un autre qui la prenoit, et puis au lever de la table, elle s'agenouilloit jusques en terre, et en touttes choses Madame la Duchesse faisoit aussi grand honneur à Madame la Dauphine qu'elle faisoit à la Royne. L ,

J'ai veu le Roy de France’, . du Roy Charles * à present, estre deschassé # du Roy Charles‘ son père, pour aucun débat, dont on dit que la belle Agnès estoit cause, et pour ce s'en vint au refuge devers le bon Ducq Philippe , car il n’avoit de quoi vivre.

Ledit Roy Louys, luy estant Dauphin, vint a Bruxelles ‘, accompaigné environ de dix chevaulx qui estoient de sa compaignie, et

rang, est encore conservé à la cour sur la table des princes comme un reste de cetle ancienne étiquette.

1 Avec. — ? Louis XI, — 3 Charles VIIL. — 4 Chassé. — 5 Charles VII. — 6 L'an 1456.

Monsieur le Mareschal de Bourgongne : 2qpi le conduisoit. |

Pour ce temps le Ducq Philippe estoit devant Utrecht en la guerre, et il n’y avoit pour le recevoir que Madame la duchesse Isabelle et Madame de Charrolois sa belle-fille , laquelle estoit grosse de Madame Marie de Bourgongne sa fille, depuis Duchesse d’Austriche.

Monsieur le Dauphin arriva en laditte ville de Bruxelles , où estoient mes susdittes Dames, comme à huit heures du soir envers la S.

Martin, et quand mesdittes Dames sceurent qu'il estoit dedans la ville, elles allérent jusqu’à la porte devant la cour qui est sur les baïlles *, et là de pied cor ?, l’attendirent ; et quand il vint tout. prez d'elles , il descendit, et baisa Madame la Duchesse, et Madame de Charrolois*, et Madame de Ravestein ‘, lesquelles s’'agenoüillèrent touttes à terre, et puis il vint baiser le demeurant’ des Dames et Damoiselles de l’hostel.

Apres cela il print Madame la Duchesse par le bras et la vouloit mettre au-dessus de lui,

2 Thibault de Neufchâtel, chevalier de la Toisond'Or. — ? Barrières, palissades. — 3 De pied ferme. — 4 Isabelie de Portugal. — Isabelle de Bourbon — Béatrix de Portugal. — 1 Le reste.

ce qu'elle n'eut jamais fait, touttes fois il en pressa tant Madame qu'elle lui dit : Monsieur, ilsemble que vous avez desir que l’on se mocque de moy, car vous me voulez faire faire ce qu’il ne m’appartient pas. Monsieur le .

Dauphin disoit que non, et qu'il lui devoit bien faire honneur, car il estoit le plus pauvre du Royaume de France, et qu’il ne sçavoit ou querir refuge , sinon devers son Bel-Oncle le Duc Philippe et elle. | Eu

Ils furent en ces paroles plus d’un quart d'heure, et à la fin quand il vit qué Madame pour rien ne vouloit aller devant, il la print au-dessoubs de lui, et l'emmena : dont maditte Dame fit fort parler, car pour rien ne voulut aller à sa main , et disoit qu’elle ne le debvoit pas faire; mais il lui plaisoit qu'elle fit ainsy, et pour ce elle le fit; et én cet estat Madame le mena dans sa chambre, et au prenere congé de lui, elle s'agenoüilla jusqu'à terre, et pareillement mes autres Dames de Charrolois et. de Ravestein, et puis touttes les autres.

Il est à sçavoir que quand Madame allat au devant de mondit Seigneur le Dauphin , l'une des Dames ou Damoiselles portoit'ta queüe, et celle de Madame de Charrolois sa bellefille un Chevalier ou Gentilhomme : et Ma-

dame de Ravestein portoit elle-même la sienne; mais quand Madame apperceut Monseigneur le Dauphin, celle qui portoit sa queüe la laissa aller, et pareillement cestuy qui portoit celle de Madame de Charrolois, et quand Monsieur le Dauphin et Madame la Duchesse marchoient ensemble, maditte Dame prenoit elle-même sa robbe en sa main, et son Chevalier d’honpeur ou quelque autre luy aidoit bien à porter, mais elle y avoit tousjours la main, et Madame de Charrolois portoit la sienne.

Quand Madame la Duchesse mangeoit là où Monsieur le Dauphin estoit, l'on ne la servoit point à couvert, et ne faisoit-on point d’essay devant elle, mais elle beuvoit en sa couppe sans Courir. |

Quand Monsieur le Ducq Philippe retourna de la guerre d’Utrecht, il vint à Bruxelles, où Madame la Duchesse sa femme et Madame de Charrolois sa belle-fille allerent en bas environ le milieu de la cour pour le bien veigner * : et quand le Dauphin le sceut, il vint de sa chambre là où il estoit, jusques devers Madame, et là de pied cor il attendit Monsieur le Ducq Philippe. Touttes fois Madame luy dit et prie

: Saluer, recevoir.

qu'il se retira en chambre, et qu'il n'appar-

tenoit qu'il vint ainsi au devant de mondit

Seigneur le Ducq, mais il ne fut au pouvoir de Madame de le faire retourner.

Quand Monsieur le Ducq sceut que Monsieur le Dauphin l'attendoit emmy la Cour, quand il vint à la porte, il descendit à pied,

et dez qu'il perceut Monsieur le Dauphin, il

s'agenoüilla jusques à terre. Monsieur le Dauphin voulut marcher, mais Madame , laquelle il tenoit par le bras, le retint, et Monsieur le Ducq Philippe s'avança tant qu'il eust fait le deuxiesme honneur, premier que * Monsieur le Dauphin séeût venir à luy : et quand il vinit à luy, Monsieur le Ducq s'agenoüilla jusques à ee et Monsieur le Dauphin le print bras-a-bras * et en cest estat bras-à-bras s'en allerent jusques aux degrez; et de 1à Monsieur le Ducq le mena josqnes dans sa Chambre, et là print congé et s’en vint en la sienne, et mes Dames s’en allerent à la leur. | J'ay ouy dire à Madaine ma mere et aussi je l'ay veu, que Monsieur de Cleves * ne se servoit point à cowertavecq Monsieur le Ducq

* Avant que. — ? Et sy s’agenouilla fort bas. : Adolphe de Clèves. |

170 | MÉMOIRES Philippe, et avecq Madame la Duchesse, même Monsieur et Madame la Duchesse prenoient les espices de luy, tant que son pere vivoit ; mais depuis qu’il fut Ducq, Monsieur ne Madame ne vouloient point prendre les espices de luy ; touttes fois il ne se servoit à couvert là où Monsieur et Madame estoient. |

Monsieur de Nevers ‘ alloit tout plainement devant Monsieur de Cleves, et Monsieur d’'Estampes ”, frere maisné de Monsieur de Nevers, vouloit aussi aller devant, mais Monsieur de Cleves ne le vouloit point souffrir. !

Monsieur le Ducq Philippe et Madame la Duchesse prenoient les espices et l’offrande de Monsieur de Beaujeu , deuxiesme fils de Monsieur de-Bourbon, et des enfans de Cleves t et de Monsieur d'Estampes, mais point de Monsieur de Nevers, depuis que son pere fut mort, ne aussy de Monsieur de Cleves depuis qu'il fut Ducq; et en prenoient aussi de tous les Princes et Comtes de leur maison, exceptez ces deux cy-dessus nommez.

Madame de Bourbon et Madame de Cleves

‘ Charles de Bourgogne. * Jean de Bourgogne; chevalier de la Toison-d'Or. — * Philippe de Bourbon. — 4 Jean et Adolphe. |

alloient à la main de Madame la Duchesse de Bourgongne; et laditte Dame les appelloit Belles -Sœures, et les deux autres disoient Madame ma Sœure. Touttes fois touttes se servoient à couvert ensembles, et comme jentend, Madame faisoit beaucoup d'honneur à Madame de Cleves, pour ce qu elle estoit ais— née fille de Bourgongne.

Monsieur de S, Pol , qui depuis fut Connestable de France, ne prenoit pas espices avecq les nepveux de Monsieur le Ducq Philippe ne de Madame.

Et est à sçavoir que quand l’un des Princes cy — dessus nommez avoit servi Monsieur et Madame d’espices, après l’un des plus grands, comme le premier Chambellan ou le Chevalier d'honneur de Madame prenoit le Drageoir ?, et servoit Messieurs les nepveux et niepces, et après ceux qui les avoient apporté , les reprenoient et en servoient par-tout.

Item que toujours l’espicier ou ceux de son ayde *, apportoient les espices jusque là où Monsieur et Madame estoient : mais. il n'y en

1 Louis de Luxembourg. — ? Espèce de vase où l’on meltoit les dragées et autres confitures. — ? Les aides d’épicerie.

172 Fu MÉMOIRES

avoit nulles couvertes , que celles qui estoient pour Monsieur, qui estoient couvertes LL une serviette. |

Nativité de Madamoiselle Marie de Bourgongne.

Du temps que Monsieur le Dauplin estoit par deca deschassé du Roy Charles son pere, Madame Isabelle de Bourbon femme de Monsieur le Comte de Charrolois, seul fils de Monsieur le Ducq Philippe de Bourgongne et de Madame Isabelle fille du Roy de Portugal, accoucha de Madamoïiselle Marie, depuis Du- . chesse d’Austriche, et a esté seule fille, car Monsieur de Charrolois (qui a esté depuis Ducq de ‘Bourgongne, après le trépas de Monsieur le Ducq Philippe son pere) n'eust . jamais enfant masle, et fut laditte Marie mere du Ducq Philippe à present, et de Madame Margarite * Royne de France à present, et eust ces deux enfans de Monsieur le Ducq d’Austriche son mari, seul fils de l'Empereur.

Et c'est à sçavoir que maditte Dame de Charrolois accoucha à Bruxelles, et n'estoit pour

1 L'an 1456. — ? Épouse du roi Charles VIII.

celle heure le Duc Philippe audit Bruxelles.

La Chambre de maditte Dame estoit grande

et y avoit deux grands licts l’un emprez l’autre

d’un rang, et au milieu des deux licts y avoit

une allée”, bien de quatre ou cinq pieds de large. |

lie au bout de l'allée emprez le chevet des deux licts estoit une grande chaise à hault dos par derriere , comme ces grandes chaises du temps passé. | '

‘Item il y avoit une couchette devant le feu, et estoit ceste couchette basse à roullets ?

comme celles que l’on boutte dessoubs les licts.

Item il y avoit un grand ciel de drap de damas verd , lequel ciel comprenoit tous les deux grands licts, et y avoit courtines * de demy satin verd tout autour ceste entrée des deux licis, et lesdictes courtines estoient cousues àâu ciel, et ne couvroient point celles des pieds, et n ’approchoïent point l’une l'autre d'aussy large que l'allée estoit entre les deux licts; les franges qui estoient autour des gouttieres { du ciel estoient de soye verde. |

” Aux pieds des déux grands licts estoient dus autres courtines de ne satin verd comme

* Ruelle. — ? Roulettes. — 3 Rideaux. — 4 Pentes.

les aultres , ct estoient lesdittes courtines à annelets' pour courre touttes deux, Joëndans ?

ensembles quand on vouloit; et estoient cesdictes courtines tendues aussy hault que le ciel, et à deux ou trois pieds loing des autres courtines , et quand on vouloit, on les clooit tout prez, que l'on ne voyoit point l'allée entreles deux licts, mais de jour elles estoient ouvertes autant que l'allée entre les deux licts portoit. .… Au milieu des deux grands licts, il y.avoit une pareille courtine, laquelle estoit troussée tout hault, comme l’on trousse courtines, et estoit toutte serrée au bout dessus la chaire, et ceste-là n'estoit jamais tendue.

Ces trois courtines dont j'ay icy parlé on les appelle éraversaines, et ay ouy dire que quand la Royne de France gist, elle en a une plus, et est au travers de la chambre; mais Madame la Duchesse de Bourgongne, ne Madame de Charrolois, sa belle-tille, n’en avoient que trois , comme cy-dessus est escript.

La couchette estoit tendue d'un pavillon quarré aussy grand que la couche estoit, aigu à mont, et avoit audit pavillon tour entour courtines de satin verd, lesqueiles estoient

1 Anneaux. — ? Juignants.

cousues audit pavillon; mais aux deux costez les courtines estoient fendues pour les lever de quelque costé que l’on vouloit, et estoit le dessus dudit pavillon de damas verd, comme le ciel des licts. |

La chambre autour n'estoit tendue que de soye verde, et au bas toutte tapissée de tapis velus jusques à l’huis, et entre les deux grands licts et tout par tout. |

Les deux grands licts et la couchette estoient couverts d'érmines arminées ‘, et le dedans desdits couvertois * estoit de fin drap violet, et passoit le drap violet bien trois quartiers la panne *; et quand ils estoient sur les licts, la panne et le drap pendoient bien à terre aulne et demie , et est à sçavoir que l’on mect tous jours la panne dehors. |

Dessus ces couvertoirs il y avoit deux beaux draps de fin couvre-chief de crespe empesé*, qui trainoient plus long que les couvertoirs, et la couchette estoit couverte comme les grands licts, etestoient toutsles lictsrebrassezf, comme pour s’y coucher : mais les couvertoirs d'ermi-

* Mouchetées. — ? Couvertures. — 3 La fourrure. — 4 Gaze ou toile fine comme mousseline. — ÿ Retroussés ou relevés,

nes estoient si hault que l’on ne voyoit point les draps, sinon au chevet; et esloit ledit chevet couvert de drap de crespe : sur chaque grand lit avoit sur le chevet un carreau; et estoient lesdits carreaux de trois quartiers de long et de deux de large ou environ. La chaire qui estoit entre les deux orands licts estoit couverte depuis le hault jusques au plus bas de drap d'or cramoisy, et un carreau den même dans laditte chaire.

En laditte Charhbre il y avoit ung oi dressoir *, sur lequel y avoit quatre beaux degrez, aussy longs que le dressoir estoit large, et tout couvert de nappes : ledit dressorr et les degrez estoient touts chargez de vaisselles de cristalle garnies d'or'et de pierreries, et s’y en y avoit de fin or; car toute la plus riche vaisselle du Ducq Philippe y estoit, tant de pots de tasses comme de couppes de fin or. Autres vaisselles et bassins, lesquels on y met jamais qu'en tel cas. Entre autre vaisselle il y avoit sur ledit dressoir trois drageoirs d'or et des pierreries , dont l’un estoit estimé à quarente mil escus, et l’autre à trente mil.

Sur ledit dressoir ? éstoit tendu un dorsset *

: Buffet. — ? Dais. — 3 Dossier.

de drap d’or cramoisy bordé de velour noir, . et sur le velour noir estoit bordée de fin or la devise de Monseigneur le Ducq Philippe, qui estoit le fusil.

: Pour déclarer de duelle façon est un dorseref, pour Ce que beaucoup de gens ne sçavent que c'est; un dorseret est de largeur de trois draps d’or ou d’un autre drap de soye, et tout ainsy fait que le ciel que l’on tend sur un lict, mais ce qu'est dessus le dressoir ne le . passe point plus d'un quartier ou d'une demie aulne, et est à gouttieres êt à franges comme le ciel d'un lict, et ce qui est tete le dressoir, depuis en hault; Jusques en bas, est à deux costez, bordé de quelque chose autre que le dorseret n'est; et doit estre la bordure d'un quartier de large ou environ, austy bien au ciel que derriere. |

Item , sur le dressoir qu'estoit en la chambre de maditte Dame, avoit tousjours deux chandeliers d'argent, que l’on appelle à la Cour mestiers ‘; là où il y avoit tousjours deux gran ds flambeaux ardents, tant qu’elle fut bien quinze jours avant que l'on commençat à ouvrir les verrieres * de sa Chambre.

3 Mortiers, chandelles de nuit qu'on appeloit aussi

mortiers de cire. — ? Fenêtres.

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