‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiquesChapitre 17 sur 44 · TOME IL · texte numérisé non relu

TOME IL

ne vouloit point que sa niepce allât devant celles de Monsieur le Ducq Philippe, son marit en sa maison, pour monstrer que touttes femmes doivent faire honneur aux parents de leurs marits devant les leurs.

Depuis je vis que ma dessus ditte Damoiselle de Coimbre se mariat : à Monsieur Adolphe de Cleves, frère maisné de Monsieur le Ducq de Cleves* nepveu de Monsieur le Ducq Philippe : et se firent les nopces * à Lille , et n'y eust point de feste, à cause de la guerre de Gand , et s'appella Monsieur de Ravestein : mais Madame de Ravestein alla tousjours le viel train. |

J’ ay veu que Monsieur le Ducq d'Alençon t vint à Lille devers Monsieur le Ducq Philippe, et faisoient fort grand honneur l’un à l’autre : mais le Ducq Philippe alloit devant.

Après ce temps, Monsieur * de Charrolois espousa Madamoiselle de Bourbon, et l'espousa la veille de Toussaincts 5 à Lille : et n’y eust point de feste, à cause que le Ducq Philippe estoit pour lors en Allemaigne : huit jours

1 L'an 1452. — ? Jean Ier du nom, duc de Clèves, chevalier de lu Toison-d' Or. — 5 L'an 1441. — 4 Jean, duc d'Alençon, chevalier de la Toison, l’an 140. —

3 Charles de Bourgogne. — L'an 1456.

après les nopces, Madame Isabeau la Duchesse fit un beau banquet où toutes les Dames de - Lille furent; mais on s'assit toutes ensemble, comme par coustume l'on fait en Banquet, sans que Mesdames tinssent Estat, comme à tel Cas appartenoit. | |

Tantoëst après , je vis venir Madame la Comtesse d'Eu. Le Comte d'Eu : estoit frère de Monsieur de Bourbon de par sa mere, etoncle de Madame de Charrolois; et maditte Dame d'Eu estoit fille du Seigrieur d’Antoing : laquelle Dame * d'Eu monstroit estre’ fort hautaine , et eust bien voulu aller à la main de Madame de Charrolois; mais Madame ne la prenoit pas, et ne.l'avoit pas avecq. rate Dame. | : ht

Pareillement Hiditte Dame d'Eu ne huchot point Madame ‘ de Ravestein à sa nain, he pour laver avecq elle, dont Madame la Duchesse Isabelle et autres ne furent pas contentes; et de faict une autre fois que maditte Dame d'Eu vint au Quesnay en Henau veoir Madame, maditte Dame de Ravestein et Madamoiselle Jeanne de Bourbon, sœur de ma-

1 Charles d'Artois. — .? Jean de Melun. Æ 3 Hélène de Melun. — # Béatrix de Portugal.

ditte Dame de Charrolois, se mettoient sans hucher aussy avant qu'elle, et à laver et à tout. Je vis un jour que l’on apporta des espices, que Madame la Duchesse Isabelle en a et.

bailla elle-mesme à elles touttes.

Madame d’Eu et Madame : de Nevers, laquelle estoit fille de Monsieur d'Albert, se trouverent en ce temps à Lille devers le Ducq Philippe , et y eust grand estris * d'elles deux pour aller devant : mais j'ouy dire que Monsieur faisoit plus grand honneur à Madame de Nevers qu'à Madame d'Eu; car il mettoit tousjours Madame de Nevers au dessous de luy, et Madame d'Eu au dessus ? : et alors j'ouy dire aux anciens qui sçavoient que c'estoit de telle chose que celle qui alloit au dessous de Monsieur avoit plus d'honneur que celle qui alloiït au dessus. Monsieur les menoit en cet

‘ Marie d’Albret. — ? Dispute, débat.

3 Dessus et dessous (mettre) s’est dit des fem mes à qui l'on donnoit la main; mettre au-dessus signifioit donner la main droite, et au-dessous la main gauche. La remarque que l’on voit ici semble avoir quelque rapport à la galanterie : on supposoit peut-être que la femme mise au-dessous, c’est-à-dire à la gauche , avoit l'avantage en ce que celui qui la tenoit sous le bras gauche la tenoit plus près de son cœur, |

SUR L’ANCIENNE CHEVALERIE. 449 estat quand elles alloient quelque part âvecq luy : mais à laver elles n’approchoient pas Monsieur, ni en milles ‘ autres choses là où mondit Seigneur tint esfat.

Une fois Madame * d'Eu vint veoir Madame au Quesnoy, laquelle estoit un petit indisposée : et souppa maditte Dame d'Eu seule en la grande chambre de Madame: et là je vis que maditte Dame d'Eu souffrit que Monsieur ”* d'Antoing, son pere, à nuë teste, lui tint la serviette quand elle lava devant soupper, et s'agenouilla presque jusques à terre devant elle, dont j'ouy dire aux saiges que c'estoit folie à Monsieur d'Antoing de le faire, et en--. core plus grande à sa fille de le sousfrir..

Madame de ‘ Bourbon et Madame de ‘ Cleves se trouverent une fois à Bruxelles ensemble devers le Ducq Philippe, leur frère; mais Monsieur le Ducq Philippe faisoit plus d'honneur à Madame de Cleves qu'à Madame de Bourbon, et la faisoit aller devant, et disoit que c’estoit pour ce que c'estoit l’aisnée; car autrement l’on sçait bien que Madame de

* 11 faut peut-être liré nulles. — ? Hélène de Melun. — 3 Jean de Melun, chevalier de la Toison , l'an 1432. — 4 Agnès de Bourgogne. — Marie de Bourgogne.

Bourbon fut allée devant à cause de Monsieur de Bourbon, qui estoit plus grand que Monsieur de ‘ €leves, à cause qu'il estoit de la maison de France.

Madame de Charrolois n’alloit point à la main de Madame * dè Bourbon sa mere, elle estant Comtesse de Charrolois, mais estant Duchesse de Bourgongne ; elle alloit devant Madame de Bourbon et devant Madame de Cleves, à cause qu'elle éstoit de la maison de France.

Mesdamoiselles * de Bourbon n'alloient point à la main de Madame de Charrolois leur sœur, mais lui faisoient honneur, comme à Madame leur mere.

Mesdamoiselles de Bourbon et Madame de Ravestein alloient à la mair de Madamoiselle 4 de Bourgongne, fille de Monsieur de Charrolois et de Madame : mais depuis que Madamoiselle Jeanne de Bourbon eust 5 espousé Monsieur le Prince * d'Orange, elle n’alla plus à la main de maditte Damoiselle de Bourgongne. Touttes fois Mesdamoiselles de Bourbon estoient tantes de maditte Damoiselle.

: Adolphe, duc de Clèves. — ? Isabelle de Bourbon. — 3 Catherine, Marguerite. — 4 Marie de Bourgogne. — 5 L'an 1463. — 6 Jean de Châlons.

Madame : de Croy, fille. de Monsieur de Vaudemont , niepce de Monsieur le Ducq d'Alençon, cousine issuë de germain au Roy Charles * de France, n'alloit point à la nain de Mesdamoiselles de Bourbon et d'Estampes, ny de Madame de Ravestein. Madame la Duchesse et Mesdamoiselles l’appelloient Belle Cousine, et luy faisoient le plus d'honneur qu'à nulle du pays, et aussi touttes autres Dames lui faisoient grand honneur. |

J'ay veu venir Madamoiselle* de Penthevre, laquelle fut fille de Monsieur { de Liveurain en Henau, et femme de Monsieur de * Penthevre d’estoc de nom et d'armes des .Ducqs de Bretaigne, devers Madame de Charrolois ; et me souvient que l’on tint conseil pout sçavoir quel honneur Madame de-Charrolois luy feroit, et fut ordonné que quand Madamoiselle. de Penthevre viendroit et feroit entrée en la chambre de maditte Dame, et qu'elle auroit fait les deux premiers ‘honneurs *, que maditte Dame demarcheroït? trois pas au devant d'elle, comme elle fit, et à la vérité elle

* Marguerite de Lorraine. — ? Charies VIT. — 5 Jeanne de Lalaing. — 4 Simon de Ealaing. — $ Olivier de Bre-

tagne — 6 Salut, révérences — 1 Avanceroit.

fit grand honneur à Madame , et lui seoit bien, car elle estoit belle Dame de son aage : mais elle ny beu ny mangea, et sy ne se bougerent d'une place; pourquoy je ne vis point aller Madamoiselle de Bourbon, ny Madame de Ravestein avec elle , aussy ne sçai-je comment l'on en eust fait. |

J'ouys dire à Mâdame ma mere qu'elle avoit autrefois veu venir maditte Damoiselle de Penthevre devers Madame la Duchesse Isabeau , et que maditte Damoiselle alloit à la main des niepces de Monsieur et de Madame, mais les niepces alloient devant, et elle alloit à les mans.

J'ay aussi ouy dire à Madame ma mere que maditte Damoiselle de Penthevre ‘, quand elle estoit à part, faisoit difficulté de prendre Madame de Croy :, fille de Monsieur de Vaudemont à sa main; mais que maditte Dame de Croy ne se faisoit point appeller, ains alloit plainement aussy avant qu'elle, et disoit qu'elle valoit bien Monsieur de Penthevre *, et que maditte Damoiselle de Penthevre estoit fille du maisné 4 fils de Lalaings ‘, Seigneur de Luieu-

: Jeanne de Salain. — ? Marguerite de Lorraine. — 3 Olivier de Bretagne. — + Maisné, Fe puiné. — $ Simon de Lalaing.

rain. Le Comte de Penthevre avoit eu pour espouse ‘ pour sa premiere femme, la soœcur du bon Ducq Philippe de Bourgengne, et s'appelloit laditte Dame de Croy, Marguerite de Lorraine, et estoit sa mere * sœur de la Comtesse de Namur: fille du Comte de Härcourt et de la sœur du Duc de Bourbon, et de la Royne de France.

Touttefois j'ay ouy dire à Madame ma mere que Madame de Namur disoit que selon les estats de France, il falloit que toutes lesfemmes allassent selon les marits, quelques grandes qu'elles fussent, fust esté fille de Roy.

Et disoit maditte Dame ma mere qu'aux nopces du Roy * Charles, grand pere de cestuy-cy 4, Madame de Namur fut assise au disner en bas de toutes les Comtesses, resta une. Et quand ce vint au milieu du disner, le Roy vint où elle estoit assise, et luy dit qu'elle avoit assé esté assise comme femme de Comte de Namur, et qu’il falloit que le demeurant du disner elle fust assise comme sa cousine germaine, et la fit asseoir à la table de la Royne;

* Isabelle de Bourgogne. — ? Marie de Harcourt. — 3 Charles VIE , l'an 1413. — #4 Charles VIII. — 5 Excepté une , hormis une seule. — © Jeanne de Harcourt.

et à graces elle alla en son lieu, et disoit maditte Dame de Namur que onçques à nopces de Roy n’eust tant de Princes, ne tant de grandes Dames qu'il y avoit là, et disnoient le jour des nopces touttes les Dames en la salle où Ja Royne disnoit, et nuls hommes n'y estoient assis.

Madamé de Namur, comme jouy dire, estoit la plus sçachante de tous estats, que Dame qui fut au Royaume de France , et avoit un grand livre où tout estoit escript : et la Duchesse Isabeau femme du bon Ducq Philippe de Bourgongne quand elle vint de Portugal par decà *, elle ne faisoit rien de telles choses que ce ne fust du conseil et par l’advis de Madame de De comme j'ouys dire à Madame ma mere.

L'honneur que la Royne fist à Madame la Duchesse Isabelle, quand elle fust à FPonS en Shampagne devers elle (l'an 1445 ).

Maoaus la ….. accompaignée de Monsieur ? de Bourbon son beau nepveu et de plu- | sieurs Princes de France, vint elle et toutte sa

* Jeanne de Harcourt. — ? L'an 1429. — $ Jean de Bourbon , depuis duc, deuxième du nom.

f SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 195

compaignie à haquenées et en chariots tout dedans la cour de l'hôtel, où le Roy‘ et la Royne * estoient, et là descendit Madame la Duchesse, et print sa premiere Damoiselle sa queüe, et Monsieur de Bourbon l'addrextroit, et tous les autres Chevaliers et Gentilshommes alloient devant : et en cet estat vint jusques en la salle devant la chambre où la Royne estoit, et là maditte Dame s'arresta et fit entrer Monsieur de # Crequy, lequel estoit son Chevalier d'honneur, pour demander à la Royne s'il luy plaisoit que Madame la Duchesse entrât devers elle pour luy faire la reverence ; et mondit Seigneur de Crequy retourné , Madame la Duchesse marcha jusques à l’huis de la chambre là où la Reyne estoit : tous les Chevalierset Gentilshommes quil’accomipaignoient entrerent dedans, puis quand maditte Dame vint à l’huis, elle print la queüe de sa robbe en sa main, et l'osta à celle qui la portoit, et quand elle marcha dedans lhuis, elle la laissa trainer et s'agenoüilla bien près jusques à terre; et puis marcha jusques au milieu de la cham-

* Charles VIT. — : Marie d'Anjou. — 3 A4ddrextrer signific seulement mener, accompagner en donnant la main, sans distinction de la droite ou de la gauche, — 4 Jean de Créquy, chevalier de la Toison-d'Or. *

bre, là où elle-fit encore un pareil honneur ‘, et puis recommença à marcher toujours vers la Royne, laquelle estoit toute droicte, et là trouva Madame ainsy emprez le chevet de son lict, et quand Madame la Duchesse recommença à faire le troisième honneur, la Royne demarcha * deux ou trois pas, et Madame se mit à genouil; la Royne lui mit une de ses mains sur l'espaullé, et l'embrassa, et la baisa et la fit lever.

Quand maditte Dame fut levée se ragenouilla bien bas, et vint à Madame la Dauphine * laquelle estoit à quatre ou cinq pieds pres de la Royne , et paréillement Madame se mit à genouil, et comme avoit fait la Royne, Madame la Dauphine baisa Madame la Duchesse : mais il sembloit à veoir la maniere de Madame la Dauphine, qu’elle eust voulu garder que Madame la Duchesse ne se fust pas agenouillée jusques à terre : mais maditte Dame le vouloit faire, comme m'a dit Madame ma mere, laquelle a veu touttes ces choses. | |

Delà Madame la Duchesse alla saluer la

4 Salut, révérence. —.? Avança, marcha. — * Marguerite d'Ecosse qui mourut la même année à Châlons.

SUR L'ANCIENNE ÉHEVALERIE. 157

Royne de ‘ Sicile, laquelle estoit à deux ou trois pieds près de Madame la Dauphine, et à ceste-là Madame ne fit point plus d'honneur” que l’autre lui en faisoit : et comme Madame ma mere dit, il n’y eut nulle d'elles deux qui rompitses aiguillettes de force de s'agenouiller.

De-là Madame alla saluer Madame de Calabre , laquelle estoit fille de Monsieur de Bourbon, et de la sœur de Monsieur le bon Ducq Philippe; et estoit à quatre ou cinq pieds prez de la Royne de Sicile sa belle mere : et maditte Dame de Calabre s’agenouilla presques jusques à terre devant Madame, et Madame luy fit plus grand honneurs qu'à ses aultres niepces, pour ce que Monsieur de Calabre son marit estoit fils de Roy. » .

La Royne baisa des Dames de Madame, Madame de Montagu ‘, Madame ma mere et Madame de Crevecœur ‘ et non plus, et touttes les gentifemmes la Royne les print par la main, et Madame la Dauphine fit pareillement.

Madame la Duchesse baisa touttesles femmes de la Royne et de Madame la Dauphine ; et de

* Isabelle de Lorraine. — * Salut. — 5 Marie de Bourbon. — 4 Jean d'Anjou. — Louise de la Tour de Bologne. — 6 Jeanne de la Trimouille. — 7 Dames, femmes des gentilshommes.

1 58 MÉMOIRES celles de laRoyne de Sicile, Madame n'en baisa non plus qu'elle fit des siennes.

Et ne voulut Madame la Duchesse pour rien aller derrière la Royne de Sicile ; car elle disoit que Monsieur le Duc estoit plus pres de la couronne de France , que le Roy de Sicile n'estoit, et aussy qu’elle estoit fille du Roy de Portugal, qui est plus grand que le Roy de Sicile n'est. Elles ne se trouvoient ensemble-là où il falloit aller quelque part, et quand elles estoient en la chambre de la Royne, l’une se tenoit d'un costé et l’autre de l’autre : et sembloit que le Roy et la Royne et Monsieur le Dauphin et Madame la Dauphine avoient plus grand desir de faire honneur à Madame la Duchesse qu'à la Roÿne de Sicile, et aussy faisoient touttes les Princesses du Royaume. | |

Et disoit Madame de la Rocheguïon : qui estoit première Dame de la Royne , qu'elle n'avoit veu venir personne du Royaume devers la Royne, à qui elle fit tant d'honneur qu'à Madame la Duchesse.

1 Perrete de la Rivierre.

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 159 Suitte des Remarques de Madame Alienor.

MADAME ma mere a ouy dire à Madame de Namur que ‘ quand Madame de Cleves fiança Monsieur de Cleves *, le Roy * de Navarre estoit par decà, et que Monsieur le Ducq Jean, père de Philippe, ne vouloit point aller derrier luy, et alloient partout l'un devant l’autre. Le Ducq de Cleves estoit grand pere de cestuy 4 à présent.

Item est à sçavoir que nulles Princesses du Royaume ne vont à la main de la Royne, ne de Madame la Dauphine, ne de fille du Roy de France. |

Madame ma mere dit qu'elle a ouy dire à Madame de Namur, que quand Monsieur le Ducq Philippe * eut espousé Madame Michele sa premiere femme, qui fut fille da Roy de France , Monsieur le Ducq Jean, pere d’ iceluy Ducq Philippe, la vouloit toujours servir d’espices, mais elle ne le vouloit souffrir. Touttes fois il s'agenouilloit toujours jusques à terre

1 L'an 1414. — * Adolphe, duc de Clèves. — # Charles III , roi de Navarre. — #4 Jean IT, duc de Clèves. —

$ L'an 1441. — 6 Charles VI.

devant elle, l'appelloit Madame, et elle l'appelloit beau-pere. Lu

J'ay ouy dire à Madame ma mere que :

quand Madame Catharine, fille au Roy Charles” de France, eut espousé Monsieur de Charrolois et vint par deca, le Roy deffendit à celles qui l’amenerent, qu'elles ne la laissassent point aller devant Madame la Duchesse Isabeau sa belle-mère; car il disoit que laditte Dame estoit fille de Roy, sy estoit sa belle-mere : touttes fois Madame la Duchesse mettoit toujours là où elle pouvoit Madame Catharine devant, et lui faisoit grand honneur, et aussi faisoit Monsieur le Ducq Philippe, et l'appelloient Madame, et elleles Lars Beau-Pere et Belle-Mere.

Jay ouy direque Madame Jeanne fle France, sœur du Roy Louis , qui eut espousé Monsieur de Bourbon , alloit toujours devant Madame de Bourbon * sa belle-mere, mais elle la prenoit toujours à sa main; et Madame Jeanne appelloit Madame de Bourbon Belle-Mere, et Madame : pareillement faisoit Madame la Du-

1 L'an 1439. — ? Charles VIL. — 3 Louis XI.— 4 Jean,

duc de Bourbon, deuxième du nom. — 5 Agnès de Bour-

gogne.

chesse Isabeau à]Madame Catharine de France.

J'ay ouy dirè que Madame d'Orleans : .

quand elle fut au Quesnoy, lorsqu'elle parloit de Madame d’Orleans * sa belle-fille, qui est sœur du Roy * à présent, et fille du Roy Louys #, qu'on appelloit Madame d'Orleans :

le plus * du temps elle disoit Madame ma fille; touttes fois Monsieur d’Orleans © son fils est si prez de la Couronne, que si le Roy mouroit mondit Seigneur d'Orleans seroit Roy. Madame d’Orleans ? à présent est fille du Ducq de Cleves, et sa mere estoit sœur * aisnée du Ducq Philippe de Bourgongne, et demeura à la Cour de Monsieur le Ducq Philippe son oncle tant qu'elle se maria à Monsieur d'Orleans °, et lui donna Monsieur le Ducq Philippe , son mariage, et furent les nopces faictes à Saint Omer ‘* , comment; "oys rer à PROARE ma mere. | 0 Quand maditte Dame d'Orleans fut mariée, l'on disoit que parce que ! Monsieur d'Orleans

1 Marie de Clèves. — ? Jeanne de France. — % Charles VIII. — 4 Louis XI. 5 La plupart du temps. — 6 Louis, duc d’ Orléans , depuis roi, douzième du nom. — 1 Marie de Clèves. — ® Marie de Bourgogne. — 9 Charles, duc d'Orléans, chevalier de la Toison-d'Or.

— 10 L'an 1440.

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