‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiquesChapitre 20 sur 44 · LA · texte numérisé non relu

LA

Bapiesme de Madamoiselle Marie de Bourgongne.

MADAME DE CHARROLOIS , Sa mère, accoucha d'elle en la ville de Bruxelles la nuit de St.-Valent, l'an M. CD. LVI.', estant adonc le Ducq Philippe en une autre ville ; mais Madame la Duchesse |Isabelle et Monsieur de Charrolois,

‘ Elle accoucha le 13 février 1456, qui est la veille de saint Valentin. |

pére de maditte Damoiselle Marie, estoient tous deux pour l'heure à Bruxelles; et s’y y estoit Monsieur le Qi QUE comme j'ay dit ci-devant.

Est à sçavoir qu’au jour de la nativité l'on fit audit Bruxelles grandes festes de feu, et de sonner les cloches et autres grands signes de joye, et ainsy fit-on ès autres pays subjets à mondit Seigneur, quon ils furent advertis de laditte nativité.

Ceux de la ville de Bruxelles baillerent qua+ tre cent torches; Monsieur de Charrolois en fit faire deux cent : ainsy furent DC. en tout, et pesoit chacune quatre ou cinq livres.

Item, ledit baptesme se fit à Coberghe, pour ce que $S. Goulde est trop loing de l'hostel de mondit seigneur, et y avoit des bailles ‘ faictes depuis la moitié des grez. de la salle à deux costez jusques à l'huis de l'Église de Coberghe, et estoient si larges, qu *l y pouvoit bien aller entre deux : six ou sept personnes: de front.

Item, les torches que ceux de Bruxelles avoient baillé, furent portées par leurs gens; tous habillés d'une livrée, et estoient mis à deux costés des bailles, et estoient arrangez

: Barrières.

182 | MÉMOIRES | tant que les derniers venoient à l’huis de l’E+ glise, et ne se bougeoient lesdittes torches, car le chemin est trop court de l’hostel de Monsieur jusques' à Coberghe. Dedans l’Eglise y en avoit cent que Monsieur avoit faict faire ; et estoient arangées en la nef de l'Eglise, et les portoient les officiers de lhostel qui pareillement ne se bougeoient.

Item, les autres cent torches que mondit Seigneur avoit fait faire porterent tous gentilhommes de l'hostél, chacun bien en point, et allerent tousjours devait l'enfant, par le milieu des baïlles, iant au aller qu’au revenir, et pareillement dedans l'Eglise.

Item, toute l'Eglise estoit tendue, et par especiäl la néf, de tapisserie fort riche : et droit devant le grand Autel estoit fait un font et y avoit un bassin d'argent mjs sûr un bois aussy hault qu'un font, et Re et gros comme en façon d’une tour. | Lequel font estoit tout autour couvert et environné de drap d’or cramoisy et dessus un pavillon rond de samyt verd , et estoit ledit pavillon rollé * à mont tout autour, bien trois

* Fonts baptismaux. — ? Roulé en haut, en remontant. |

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE. 183 où quatre pieds plus hault que la teste des gens : dessus les bords des fonts avoit un bien fin doublier. afin que l’on ne vit point le bois.

Item, ledit font estoit clos à à une clef, jusques à tant que Monsieur l'Evêque de Cambray * vint à qui la clef fut baillée, et celuy qui en avoit eu la charge au paravant, en fit l'essay, en baillant la clef à Monseigneur de Cambray qui baptisa maditte Damoiselle.

En la chapelle auprès du chœur de l'Eglise estoit fait un {ct de carraux de drap d’or, et est à scavoir que c’estoit une table quarrée sur deux trettaux haults eomme un lict. Dessus cette table avoit un beau fin drap de torllette de Hollande, et dessus ce drap avoit un couvertoir de drap violet fourré d'ermines arminées , et passoit le drap violet une demie aulne la panne, et estoit ledit couvertoir mis sur laditte table tout estendu...et traînoit tout autour bien une aulne , etestoit mise la panne dehors ; comme aux licts, et par-dessus, un beau fin drap de crespe empesé, et dessus tout avoit deux carraux de drap d'or cra-

: Nappe peut-être pliée en double. — ? Le bâtard Jean-François de Bourgogne.

moisy, l’un au chevet et l’autre plus bis.

comme on fait un lict..

lieni, dessus ledit lict estoit tendu un pavillon verd quarré aussy grand que la table, et estoient les courtinès rollées devant : et estoit le dessus du pavillon de satin verd et les courtines de samy.

Item, tout autour éstoient tapis velus, et Chapelle estoit toute tendué autour comme l'Eglise.

Madamela Duchesse de Bourgongne, grandmere de l'enfant , l'äpporta aux fonts, et l’addrextra Monsieur ,le M Un 3 luy seul, et ouy lors dire à ceux qui s’y cognoissoient que Monsieur le Daupais addrextroit 3 seul l'en fant, pour ce qu'on n'eust sceu trouver son pareil pour laddrextrer à l’un des costez de Madame ; lequel honneur estoit fort grand, comme j'ouys dire.

Madame la Duchesse avoit “pour ce jour vestu une robbe touite ronde, car dez lors elle ne portoit ne queüe, ne drap de soye, . aussy je n’ay pas retenu que nul luy porta sa queüe.

/ * Isabelle de Portugal. — ? Louis XI. — ? Péut-ètre tenir de la main droite, ou peut-être seulement porter.

Madame de Ravestein ‘ (niepce de Madame la Duchesse et fille du Duc de Coimbre, laquelle avoit espousé Monsieur Adolphe de Cleves, nepveu de Monsieur le Ducq Philippe) porta la queüe du manteau où l'enfant estoit enveloppé, et l'addrextroit Monsieur le bastard de Bourgongne , et la queüe de la robbe de miaditte Dame de Ravestein estoit troussée et nelluy ne la portoit, et estoit maditte Dame de Ravestein vestue de drap d'or bleu fourré d'ermines arminees. |

Monsieur d'Estampes ? , frere de Modes de Nevers, cousin germain du Ducq Phi- .

lippe, porta le cierge devant l'enfant , et Monsieur de Ravestein !, fils du Ducq de Cleves, et neveu du Ducq Philippe, porta le sel en -uné couppe couverte; ei Monsieur de Geldres ‘, fils seul du Duc de Geldres , porta'les bassins couverts, comme il est de coustume.

J'ouys lors dire qu'on luy faisoit tort, qu'il n’alloit devant Monsieur de Ravestein, mais pource que Monsieur de Ravestein estoit son oncle, et qu'il estoit beaucoup plus ancien,

‘ Béatrix de Portugal. — ? Antoine de Bourgogne; chevalier de la Toison-d'Or. — 5 Jean de Bourgogne. — * Adolphe de Clèves. — $ Adolphe de Geldres. —6 Arz nauld , duc de Geldres.

186 | MÉMOIRES , on le fit tinsy. Et est à sçavoir que le cierge et puis le sel, sont les plus honnorables a porter. |

En cest estat fut porté et rapporté l'enfant, lequel fat prins en la chambre de parement * et fut rapporté en la chambre de Madame de Charrolois couchée en son grand lict, lequel estoit à la droite main , paré comme cy-dessus est dit : et touttes les Dames et Damoiselles, Seigneurs et Gentilhommes y entrerent, jusques la chambre fut plaine.

Et là, quand Madame la Duchesse fut deschargée de l’énfant (lequel fut baillé à la nourrice par Madame de Berzé * qui en avoit le gouvernement ), Madame la Duchesse vint dehors les courtines’, là où elle et Monsieur le Dauphin avoient présenté à Madame de Charrolois son enfant. Et lors elle allat au dressoir, là où celle qui le gardoit luy bailla le drageoir garny d'espices, comme il appartient, et quand Madame l'eust en la main, elle leva la serviette, dont il estoit couvert, et en bailla l'essay à celle qui estoit au dressoir.

Et lors Madame vint âtout le drageoir de-

: Parade. — ? Philippe de Du fille bâtarde du

duc Jean.

vers Monsieur le Dauphin, et s’agenouilla et fit l’essay, et présenta les espices à Monsieur le Dauphin, lequel fit grande difficulté de les prendre d'elle ; touttes fois il le fit; et Madame de Ravestein le servit du goublet, comme il appartient : et lors l’on servit tous les Seigneurs et Dames et Damoiselles, comme il appartient. nn

Mais bien est à sçavoir que quand Madame la Duchesse eust servy Monsieur le Dauphin d’espices, l’une des Dames print le drageoir des mains de Madame, et -en servit Monseigneur d'Estampes et aultres princes qui estoient-là , et puis l’une des plus grandes Dàmoisélles print le drageoir et en servit touttes les autres Dames et Damoiselles, qui estoient là venues au mandement de Monsieur et de Madame. | oo

Le mois durant tous ceux et ‘celles qui ve— noient vers Madame, quand ils avoient prins congé d'elle, et qu'ils estoient esloignez du lict où elle couchoit, on leur bailloit de la dragerie * et de l'hypocras, et servoit-on aux Seigneurs, Dames et Damoiselles, selon qu'ils esloient grands personnages.

: Collectif de dragées. :

EE ne |

Baptesme de Monsieur Philippe d’Austriche Archidücd: C1478.)

Le Baptesme de Monsieur Philippe à présent fils de Monseigneur le Ducq d’Austriche et de Madame Marie Duchesse de Bourgongne; fut assez tel que celuy de Madame-sa mere 3 sinon que depuis la maison de Monsieur à Bruges jusques dedans l'Église S. Donas on alloit tous sur hourts * faits selon la rue et au ‘travers du marché : lesdits hourts estoient de la haulteur d’un homme et clos de draperie et bois tout du long; .et y montoit-on à degrez qui estoient à l'entrée de la porte de la Cour, et si estoit toute la Cour tendue de tapisseriés. Les rues par où on portoit l'enfant jusques à S. Donas estoient tendues et fort Jolloyées * ; car chacun s’estoit mis en peine de faire son debvoir devant sa maison. :

H y avoit un grand et large hourt sur lequel les fonts estoient faits, afin que le peuple le vist, et le hourt sur lequel on venoit en apportant l'enfant joëndoit* à cestuy-là, et du surplus en fut fait comme cy-devant est escript du baptesme de Madame sa mere.

* Maximilien , archiduc , puis empereur, prémier du nom. -— ? Echafauds. — % Enjolivées, parées.— # Joignoit:

Item, la chambre de maditte Dame estoit .

tendue autour de samyt verd ; et celle de Ma- : dame de Charrolois sa mere n'estoit tendue que de saye verde autour, mais les licts es toient tout un ‘ de loutte chose, excepté que ceux de Madame dessus les ermines estoient couverts de draps de crespe fort fin empesé, et ceux de Madame sa fille l’estoient de violet : de soye; mais au regard de cela: il n’y a point d'estat, ce qu'on y met n’est que plaisir, car il faut tousjours qu’il y en ait ou d’un ou d'autre.

Madame de Charrolois n’avoit que quâtre degrez sur son dressoir, et Madame la Duchesse sa fille en avoit cinq. Touttes fois Madame de Charrolois fit tout tel estat dans sa gesine, que fit Madame la Duchesse de Bourgongne sa belle-mere du Ducq Charles son fils, pere de Madame d’Austriche : et touttes fois j'ay maintes fois ouy dire à Madame la Duchesse Isabelle, et à plusieurs aultres qui scavoient des honneurs de France, que nulles Princesses ne debvoient avoir cinq degrez, fors seulement la Royne de France. Depuis les choses sont changées en plusieurs lieux,

3 Uniformes en tout point.

4190 | MÉMOIRES | comme l’on voit journellement ; maïs cela ne peut déroger, ny abolir les anciens honneurs et les estats que sont faits et ordonnez par bonne raison et délibération.

J'ay ouy dire à Madame la Duchesse Isabelle du temps que Madame de Charrolois accoucha de Madame d’Austriche, que nulles Princesses ne debvoient avoir la chambre de soye verde autour, fors la Royne seulement ; et est à croire que Madame la Duchesse Isabelle avoit fait faire à Madame sa fille comme il appartenoit : car elle et Monsieur le Ducq Philippe avoient courage et biens assez pour ce faire, comme chacun sçayt, mais elle vouloit que Madame sa fille fit comme elle avoit fait ez gesines de . Messieurs ses enfans selon les estats de France, et ay maintes fois ouy racompter que toutte la tenture du lict doict estre de damas, et les courtines de samyt, comme cy-devant est escript,

J'ay ouy dire à Madame ma mere que Madame de Namur disoit à la Duchesse Isabelle ' que les Roynes de France souloient gesir ?

en blancq; mais que la mere du roy Charles ?, ‘grand-pere de cestuy à venir présent 4 print

1 Sa belle-fille. — ? Étre en couche. — 3 Charles VII. = 4 Charles VIT.

SUR L'ANCJENNE CHEVALERIE. 191 à gesir en verd, et depuis touttes l'ont fait, Maditte Dame de Namur, comme plusieurs fois j'ay ouy dire, avoit un grand livre en quoy estoient escripts tous les estats de France, et tousjours par son advis la Duchesse Isabelle faisoit touchant ces choses. Car les estats de Portugal et ceux de France ne sont pas tout un.

Comme les Comlesses et autres grandes Dames . doivent gesir.

Prusreurs Comtesses peuvent gesir à deux grands licts, mais ils ne doivent estre couverts que de menu vair ‘, et sy peut avoir couchette devant le feu, mais elles ne doivent point avoir la chambre verde, comme la Royne et grandes Princesses ont. : | “

J'ay veu gesir us grandes Dames à Ja Cour,.comme Madame la Vicedamesse d'Amiens et aultres, mais elles n'avoient qu'un grand lict, et deux cauchettes, dont l’une es— toit à un cornet * de la chambre, et l'autre devant le feu, et pavillon de soye, et le grand

‘ Espèce de fourrure de petit-gris. — ? Coin,

lict de la chambre tendue d’herbages ‘ ou de personnages, comme les tapisseries estoient, mais tousjours les courtines estoient de soye, quand: on le pouvoit avoir, et le grand lict et les couchettes estoient tous couverts de menu vair, et dessus fin drap de crespe empesé, et trainoient le couvertoir et les draps bien une aulne autour; et est à sçavoir que les couvertoirs sont de drap violet fourré dessus de menu vair et la panne passe le drap bien demie aulne tout aulour, et quand on couvre le lict, il faut tousjours que la panne‘soit dehors, et si fault que le menu vair sit du long du couvertoir le poil allant vers les pieds, et fault que quand le couvertoir est mis sur le lict, que le menu vair trame avec le drap bien demie aulne autour du lict, et sy faut-il que le drap de dessus soit aussy long.

Item, le dressoir doit estre de trois degrez, et chargé de vaisselles, comme -de pots, flaccans, et grosses coupes; et sur le large du dressoir doit aussy avoir paits, cauppes, drageoirs et aussy deux chandeliers d'argent, où il doit avoir deux grands flambeaux de cire pour faire ardoir, quand quelqu'un vient à la

? Tapisseries de verdure.

chambre, et y doit tousjours avoir deuxtorches devant le dressoir, pour pareïllement faire ardoir, quand il est mestier. |

Item, la chambre doit éêtre FOURS pee embas de tapis velus, aussy pleine qu'on la peut mettre jusques à l'entrée de l’huys.

Item, sur le grand lict et sur les couchettes doit avoir sur le chevet petits quarreaux de drap de soye ou de velour, ou de brodure; à sçavoir, sur le grand lict FRE à l’un des bouts du chevet l'un, et à l’autre bout l’autre, et sur le chevet des couchettes à chacun un, au milieu du chevet, et susfit d'autant pour les couchettes. |

Item, sur le dressotir ‘ doit avoir un dosseret * de velour, comme le ciel d’un lict, ainsy que devant est mis par escript; et fault que ledit dosseret soit de velour, ou d'autre soye; et sy est à sçavoir que celles qui ont les deux couchettes peuvent bien avoir le dosseret de velour sur velour.

Item, j'ay ouy dire que nulles ne doibvent avoir le dosseret bordé d'autre couleur, n'est que ce sont * grandes Princesses. DR

‘ Buffet. — * Dais et dossier. — à Si ce n'est dus ce - soient. RE TOME IL. . sâ

Item, en Ia chambre des Dames susdittes doit avoir une chaire à doz emprez le chevet du lict, couverte de velour ou d'autre drap de.soye, ne €hault de quelle couleur. il soit ; mais le velour.est le plus honorable qui le peut recouvrer. Et au plus prez de la chaire y aura place où l'on peut mettre un petit banc sans appois ‘, couvert d'un banquier * ,:et des quarreaux de soye ou autres pour s'asseoir quand on vient veoir l’accouchée.

Item, les. deux drageoirs, qui sont sur le dressoir, doivent estre plains de dragerie, et couverts de deux serviettes fines , et faut qu'ils soient l'un à un bout du dressoir, et l'autre à l'autre. : | | ;

tem, les Dames de * bannières de ont en leur gesine le grand lict, et une couchette à un coing de la chambre, et tout ainsy tendus et ordonnez, comme cy-dessus est escript; et

n'y a rien de diféérent, sinon qu'elles n’ont és de couchette devant le feu. |

… Touttes fois depuis dix ans.ença, aucunes Dimes du pays de Flandres ont mis la couche devant le feu, dequoy l'or s’est bien mocqué,

Appui, bras. — ? Couverture de banc. — 3 De haut état, comme femmes des seigneurs bannerets.

car du temps de Madame Isabelle de Portugal, nulles du pays de Flandres ne le faisoient :

mais un chacun fait à cette heure à sa guise : par quoy est à doubter que tout irat mal, car les estats sont trop grants, comme chacun sçayt et dit.

Item , en la chambre d'une gisante ( quelque grande Dame ou Princesse que ce soit) nuls ne doivent servir d'espices, ne du vin, que femmes, quand le plus grand maistre : du monde les viendroit veoir, et pareillement en touttes autres gesines de Dames ou Damoiselles. ’

Mais si quelque Princesse vient voir une gisante, l'on doit tousjours présenter à sa premiere femme, soit Dame ou Damoiselle, de porterle drageoir à sa Maistresse ; au cas touttes fois que la gisante n’ayt nulle de meilleur lieu, que celle qui suit la grande Dame ou Princesse qu'est venue veoir la gisante, car si elle en avoit une de meilleur lieu, elle le pourroit faire sans reprinse *.

Item, à toùttes Dames qui gisent doibt tousjours avoir une petite tablette du costé du dressoir là où les pots, où est l'hypocras et le

‘ Reproche, blâme. En 13°

vin, et les tasses de quoy l’o donne.à boire, sans les. prendre du grand dressoir, et s'y doibt estre couverte ladicte table d'une belle

nappe. |

EN

La, Chambre des Enfants de telles Dames pour le ; Jour | du Baptesme.

L'enranT doibt estre apporté en une chambre, et doibt estre le bers tendu d’un pavillon quarré ou rond comme le pavillon que l’on mect sur la couchette et doibt estre de soye ou saye : mais la soye est plus honorable et plus riche; touttes fois lon en a bien veu de toille blanche, pour monsirer l’estat de celles qui n’avoient point puissance de l'avoir de soye ne de saye.

Il fault que le Bers soit couvert de menu vair comme sont les licts, mais ne le fault point . ‘plus grand que le bers n'est, et si il passe les bords du bers de chacun costé quartier et demy, il suffit, car il ne fault point qu'il pende jusques à terre.

Item, il fault que ce soit un hault bers, pendant : à anneaux de fers entre deux bois, . comme l'on fait de coustume.

SUR L'ANCIENNR CHEVALERIE. 197

Item, il faut que devant le bers soit estendu un tapis velu, et ne fault point de drap sur le bers, sinon le couvertoir de menu vair, de quoy l'enfant est couvert : mais l’on mect bien un beau fin couvre-chef* devant la bouche de l'enfant, qui vient sur le couvertoir une paulme ou un quartier. .

Item, en la chambre de l'enfant doibt avoir un grand lict tendu de ce qu’on fait des tapisseries ou saye : et le jour’du baptesme on doibt mettre l'enfant sur le lict, et ne doibt estre le lict couvert sinon du cowvertoir tel qu'à la tapisserie de la chambre : là le prend celle qui le doibt porter au baptesme, mais le bers doibt estre paré comme cy-dessus est escript.

Si il y a une chambre devant la chambre de la gisante qui soit tendue, comme il appartient, l'on peut là mettre l'enfant sur le lict :’et puis après revenu de baptesme le porter en celle où le bers est, mais toujours faut-il que quand on le rapporte du baptesme on le porte à la gisante , et delà on le porte en sa chambre.

. Linge.

198 un MÉMOIRES

Comment le Baptesme des Eufants de telles Dames ou Damoiselles de tel estat se doibt faire.

L'enranT doibt estre enveloppé en un manteau de velour de quelqüe couleur qu'on veut, et faut qu'il aye du moins trois aulnes de long, mais la largeur de velour y suffit, et faut qu'il soit tout fourré de menu var, et quant l'enfant est enveloppé dans le velour, il fault mettre par dessus l'enfant (quand celle qui le doibt porter l’a sur les bras) un long cowre-chef" de soye violet, qui vorse * de la teste de l'enfant jusques à la terre, et du costé des pieds aussy long que le manteau ou plus.

Ïtem, celle quile porte doibt estre addextrée des Chevaliers ou Gentilhommes de bon lieu, et doibt avoir une Damoiselle qui porte la . queüe du manteau de l'enfant.

A la Cour nulles ne faisoient porter la queüe du manteau des enfants par femmes-que les Princesses; mais les Dames Baronnesses en . leur maison le peuvent faire, comme j'aye veu: et celles qui demeuroient à la Cour les faisoient

: C’est ici un mot générique pour toute espèce d'é- toffe. — : Aille.

SUR L'ANCIENNE GHEVALERIE. 199

porter par l'un de ceux qui les ‘addeztroiers , et mettoient la queüe sur leur bras. | Item , il faut avoir trois Gentilhommes pour porter de cierge, le seel ‘ et les bassins devant l'enfant.: Le plus noble doit porter le ciérge, et doit avoir une pièce d'or dedans, et cestuylà vat le plus prez de l'enfant : droit devant luy vat celuy qui porte le seel, et doibt estre mis le seel en une couppe, où est un goblet couvert; et droit avant. cestuy-là, doibt aller . cestuy qui porte les bassins d'argent, dont cestuy. de dessoubz doibt avoir un Prbeton *, comme un aiguiere et y doibt avoir de l'eau de roses, et de l’autre bassin l'on couvre ces tuy-là : et. quand l’on baille à laver aux fonts, : on verse du bassin qui at le biketon en l’autre, et n'y at point d'autres aiguieres. | Item, il faut que ces Gentilhommes qui portent ce que dessus, est dits. ayent chacun une longue servietie au col. toutte ployée, comme d’une paulme de large, et faut que les deux bouts de la serviette pendent devant, et que de l'un des..bouts, ils: tiennent ce qu'ils ‘portent... ,,.,, .:,.. 11,1 in shoes à Jtera, telles Dames en leur mesnAgE peuvent

: Sel. — * Biberon. PR CC

200 . id... ! MÉMOIRES avoir au baptesme de leurs enfants quarante ou cinquante forces ‘ : mais à la cour des Dames Baronngsses n’en avoient que trente-six du terms de la Duchesse Isabelle.

: Itém'il:faut que ceux qui. portent les torces, vausents enr à deux devant l'enfant.

| Comment lesFonts etles Eglises dibrente estre ordonnées “pour les Enfants de telles Dames.

TE

‘Le portail, où lon commence l'office du baptesme, doibt estre tendu de tapisserie; et sy le font est en une chapelle, elle doit estre ‘tendue tout autour, et s’il n’y at chapelle, sy doibt-on mettre tapisserie Ià où sont les fonts.

Item, la pierre des fonts, jusques à terre ‘tout autour doibt estre couverte de velour,, et dessus les bords du font tout autour un beau doublier, et dessus les fonts’ il ne doit rien. avoir de tendu, . one est pour les ] Prin cesses. É

Item, i y doibt avoir uné chapelle toute tendue , et là doibt avoir une table carrée ,°

commeunlict, ét dessus un couvertoir de menu

at ES +

‘* Torches. — ? Aïllent. re

SUR L’'ANCIENNE GHEYALERIE. 204

vair ; et par dessus'le menu vair‘un drap de crespe , et là-dessus des oreillers ou quarreaux de drap de soye pour desmaillotter et renvelopper l'enfant. :

Jtem, la Sage-Femme et la Maronne doibvent :venir à l'Eglise avec la Damoiselle. servante de Dame ; et doibt la Sage-Femme porter. le cresmeau, et le bailler Quand le Prestre le demande aussy , s’il y at quelque Prélat qui veuille faire cet honneur à l'enfant que de le baptiser, bien le peut faire sans reprinse, mais qu’il ne soit compere*, car autrement ce seroit trop grandesfat.

À la relevée ÿ de touttes Princess. Dames d’Estat, et Banneresses, ne doit avoir guaires de gens, et se doibt faire bien matin selon les lieux là où on est, et selon la coustume des : Eveschez, et se doibt faire dans l'hostel sans aller à l'Eglise.

Les Princesses le font selon la coustume de la Cour, qui est toutte telle que les autres, excepté qu'à l’offrande l'acouchée offre une chandelle et une piece d'or ou d’argent dedans; et un pain enveloppé dans une serviette,

* Béguin, coiffe ou bonnet qui se met sur la tête de l'enfant après qu il a recu le baptême. — * Parrain. —

3 Relev ailes.

et un pot plain de vin, et ces trois offrandes, portent trois femmes après elles; et quand l’accouchée est à genouil devant le Prestre pour offrir, chascune des trois femmes lui baille ce qu'elle a apporté, et à chascune fois l’accouchée baise la paix que le Prestre tient : et aux Princesses l’on baise ce qu'on leur baille, et aux aultres point.

Du temps passé les Princesses estoient as— sises sur le lict, fort parées et ornées richement ,‘et de-là les prenoient Princes où Chevaliers., et Trompettes et Menestriers les menoient en la Chapelle relever, comme si ce fussent esté espousées : et le fit la Duchesse Isabelle de son premier enfant, comme j'ay ouy dire; mais depuis point : et aussy il me semble que le moins de feste, et le plus simplement est le plus honest pour ce jour : quand le lendemain on en debvroit plus faire; touttes fois c'est une joye pour ceux à qui il touche, et peut-on faire chere: raisonable selon l'estat de chacun. ee

Des Dames de plus petit estat pour leur Gesine‘ et Baptesme de l'Enfant.

Ux Banneret qui a trois ou quatre fils , ils ne peuvent tous estre Bannerets : ainsy un maisné * peut faire avoir à sa femme en sa gesine deux degrez sur son dressoir, ou un, selon les lieux dont ils sont. |

Aussy un quy est fort noble de-tous costez le peut faire pareiïllement et avoir la chambre tapissée et les licts, comme des autres pis mais l'Église point tendue, sinon le poriet * et les fonts.

Aultres nobles Dames ont un degrez sur Je dressoir , et le lict couvert de menu vair, et leur couchette à un coing de la chambre, sans rien avoir tendu, ny autour , et leur chambre tapissée à demy. |

Aultres femmes qui sont de quelque estat, nobles femmes de bon lieu, peuvent avoir le dressoir chargé de vaisselle, et leur lict et couchette du menu vair; aucunes n'ont point

* Couche, accouchement. — ? Cadet. — 3 La porte d’entrée du baptistère. On voit ailleurs que le portail de l’église n'étoit tendu que pour les personnes du plus haut état.

de couchettes couvertes, et n’ont qu’ un tapis devant lé lict, sans plus.

Et les Lonts pour celles-là ne sont de rien tendus, sinon d’une nappe autour pour le bord des fonts; mais pour les autres Dames - dessus nommez, peuvent estre tendus de tapisseries ou de satin, ou de damas, selon qu'on les cognoit, et tousjours un fin doublier * sur le bord des fonts tout autour.

Des torces, on les fait selon l’estat de la chambre, à sçavoir l’une XL, l’autre XXX, XX, XII, VIII, VI, chacune selon son de.

Nulles debroient avoir chambre ne bers paré pour l'enfant , que celles qui ont trois degrez sur le dressoir : et celles de deux , à grande paine; et de plus bas, rien, sinon que l'enfant peut estre mis pour ce jour en lict en une chambre; et de celles de plus petit estat qui est icy escript; l'enfant doibt estre en leur chambre sur la couche, et là le doit-on rapporter du baptesme sans le porter autre part, et tousjours la nourrice emprez.

Item, touttes Dames et Damoïiselles qui tiennent ces enfants, èt pareillement celles qui sont au baptesme, et par especial les marrines*

* Nappe pliée en double. — ? Marraine.

doibvent faire donner parleur premiere femme à la nourrice une pièce d’or, les unes plus les autres moings, selon que les gens sont.

Le deuil que touttes Princesses et aultres doibvent porter pour leurs marits, pères et mères, et parents.

JAY ouy dire que la Royne de France doibt

demeurer un an entier sans partir de sa chambre, là où on Jui dit la mort du Roy son marit : mais la façon des robbes et manteaux pour porter deuil est aultre en France que par deça ; car en France ils portent les longs .

draps; icy point.

Et chacun doibt sçavoir que la chambre de la Royne doit estre toutte tendue de noir, et les salles tapissées de drap noir, comime il appartient.

Touttes fois un Roy de France ne porte jamais noir en deuil, quand seroit de son pere, mais son deuil est d’estre habillé tout en rouge, el manteaux et robbe et chaprons

mais la Royne porte deuil, comme j ay ouy dire. ‘

206 MÉMOIRES Madame de Charrolois, fille du Ducq de

Bourbon *, son pere estant trespassé ; incontinent qu'elle sceut sa mort, elle demeura en sa chambre six semaines, et estoit tousjours couchée sur un lict couvert de drap blancq de toille, et appuyée d’oreilliers : mais elle: avoit mis sa barbette * et son manteau.et chapperon, lesquels estoient fourrez de menu vair, et avoit ledit manteau une longue queüe aux bords devant le chapperon, une paulme de large : le menu vair (c'est à sçavoir le gris) estoit crespé dehors.

La chambre estoit toutte tendue de drap noir, et en bas un grand drap noir, en lieu de tapis velu ; et devant laditte chambre, où Madame se tenoit, y avoit une autre grande chambre ou salle pareillement tendue de drap noir.

Quand Madame estoit en son particulier, elle n'estoit point toujours couchée , ni en une chambre. | Item, en grand deuil, comme de marit ou

* Isabelle de Bourbon. — ? Charles, duc de Bourbon, mort l'an 1456, le 4 décembre. — 3 Barbette, Touret, partie de l'habillement des femmes en deuil. Voyez Touret, page 208.

SUR L'ANCIENNE CHEVALERIE.- 207 de pere, on ne souloit PSE ny verge ‘ ny.

gants ez Mains, |

Et si faut sçavoir que la robbe est | aussy à queüe fourrée de menu vair, et le poil qui passe en hault et.en bas, le gris est osté et ne voit onque le blancq: et durant qu'on porte barbette et mantelet, il en faut porter nulles | ceintures ne ruban de soye, ne autre que ce soit.

Item, quand Madame de Chariot sceut la mort de son pere, on fit pour Jay un beau service en l'Église de Cauberghe à Bruxelles, là où estoient “le Ducq Philippe et Madame la Duchesse, et Madame y alla aussy qui marchoit devant Madame la Duchesse atout * son manteau et chapperon; et l'addertroit Monsieur de Croy * , et encor un aultre : mais j'ay oublié qui c'estoit, et quandle service fut faict, elle ne vu:da * plus sa chambre, jusques les six semaines furent passées.

Et ainsy doibvent faire touttes aultres Princesses; mais les Banneresses ne doibvent estre que nœuf jours sur le lict pour pere ou mere, et le surplus des six semaines , assises devant

‘ Bague, annéau. — ? Avec. — 3 Rice de Croÿ, comte de Poreean. — #4 Quitta.

leur lict, sur un grand drap noir : mais pour marit elles doibvent coucher six semaines, et s'y.la Princesse du pays les vint veoir, elles se doibvent lever de leur lict; mais point vuider leur chambre, et pour aultres point, sy.

elles n'estoient aussy grandes.

Les Dames ne doibvent point aller au service de leurs marits, s’il ne se fait après les six semaines : aussy ne font les Princesses, mais pour pere ou mere, ouy.

Item, pour le frere aisné l’on porte tel deuil que pour pere et mere, et tient-on chambre six semaines, mais l'on ne couche point.

Item, pour aultres freres et sœures on ne

porte que la barbette et le couvre-chef dessus. Généralement pour oncles et cousins germains, le mantelet; pour issus de germains le fouret et le noir.

Et est à sçavoir que pour marit on porterat demÿ an le manteau et chapperon, trois mois . la barbette et le couvre-chef dessus , trois mois le mantelet, trois mois le touret, et trois mois le noir, et tousjours robbes fourrées de menu vair : au temps passé, on ne le portoit qu'un an; mais il me semble que pour marits on le doit porter deux, si l’on ne se remarrie.

Item, pour pere et mere un an, pour aisné

frere l’on dit un an : mais peu le portent si longuement pour aultres freres, sœures et aultres amis ‘ ; demy an, trois mois, selon que le cas le requiert. | |

Item, si une Dame Banneresse demeure veufve estant grosse, quand. elle accouche, elle doit faire tendre sa chambre toutte de noir, ettoutte la chambre en bas tapissée de drap noir, et sur son lict un drap blancq, et le dressoir couvert de nappes ; comme il appartient sans vaisselle; mais une petitte tablette auprés le dressoir à un coing, là où le vin et les espices sont dessus.

J'ay veu du temps passé que Princes et grands Nobles gens, quand on faisoit le service de leurs parents, ils avoient queüe d’une auÎne ou de trois quartiets, et les cornettes de leurs chapperons aussy longues : mais maintenant l'on porte touttes courtes cornettes, et | aussy bien les Princesses que les aultres.

\ Parents.

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