‹ Mémoires sur l'ancienne chevalerie avec une introduction et des notes historiquesChapitre 5 sur 44 · TOME ]JI · texte numérisé non relu

TOME ]JI

18 MÉMOIRES UE un gentilhomme gascon , parent de l’évêque; il le poussa si vigoureusement qu’il lui fit plusieurs blessures , dont cet infortuné champion mourut peu de temps après. L'évêque de Cambrai et les autres parents du défunt, ir- rités de cet accident, poursuivirent le vainqueur en justice comme assassin; quelques années aprés, ils consentirent à s'accommoder avec lui, mais aux conditions qu'il iroit faire un pélerinage à Saint-Jacques. Notre chevalier, après avoir accompli sa pénitence, se mit en route pour revenir dans sa patrie ; il passa par la Reole, dont le comte de Valois, frere de Philippe-le-Bel, faisoit alors le siège. Il montre les certificats de son absolution à ce prince qui le reçoit favorablement; mais ses ennemis respiroient encore la vengeance et ne le perdoient pas de vue; le trouvant un jour hors du quartier qu'occupoit le comte de Valois, ils se jettent sur lui et l’assassinent. Ils étoient puissants , et ce meurtre ne fut point puni.

Le comte de Valois fit enterrer le chevalier ‘ dans une chapelle qui fut depuis enclavée dans l'enceinte de la Réole. Long -temps aprés , Gautier de Mauny étant sur les lieux ; promit cent écus au moins de récompense à

quiconque lui découvriroïit la sépulture de,son père. Un vieillard le conduisit sur le tombeau. Il se fit lire par son chapelain ou son secrétaire l'épitaphe latine qu’on y avoit mise, Convaincu par ce témoignage, il recueillit les ossements de son père, les enferma dans un cercueil , et ordonna de les transporter à Valenciennes , où ils furent mbumés solemnellement près du chœur des Franciscains. Si le père avoit eu un fils moins illustre, son nom seroit probablement resté enseveli dans l'oubli.

Il n'appartient qu'aux hommes extraordinàires, non-seulement de fixer les regards de leurs contemporains , mais encore d'exciter l'admiration des siècles suivants ; la gloire de Gautier de Mauny fut son propre ouvrage. Le mérite a toujours besoin, pour se développer, d'occasions favorables : il en trouva bientôt et sut les saisir.

Philippe de Hainaut épousa le roi i d'Angleterre. Elle passa en 1327 à Londres *, accompagnée de son oncle Jean de Hainaut , un des plus célèbres capitaines de son temps. Le jeune . Mauny eut le bonheur de suivre la princesse.

Jean de Hainaut, en quittant l'Angleterre , le

* Frojssard , t. I, ch, 20.

20 MÉMOIRES laisga auprés de la nouvelle reine , qu’il devoit servir en qualité d’écuyer tranchant." La cour fut sans doute pour lui une école où il se forma dans les principes de cette galanterie raffinée dont on faisoit alors tant de cas. Un seul trait prouve combien la reine s’étoit elle- méme rendue habile dans cette science. S'apercevant que Froissart, son chapelain ou secrétaire , encore à la fleur de l’âge, devenoit triste et rêveur, elle en devina la cause ; elle le questionna, lui fit avouer qu'il avoit laissé une maîtresse dans le Hainaut , lui ordonna d'y retourner sans délai, et lui proeura par ces ordres obligeants les moyens d'apporter quelque adoucissement à son chagrin.

En un mot, la cour de Londres, sous Edouard III, offroit à la Chevalerie tous les genres de modèles. Personne ne désiroit avec plus d’ardeur que Mauny de se distinguer. Le roi, trop éclairé pour ne pas voir tout ce qu’on pouvoit attendre de ses services, se l’attacha par ces distinctions honorables qu'une ame noble préfère toujours à la fortune. Lorsqu'il alla rendre hommage pour la Guienne à Phi-

lippe de Valois, Mauny eut l'honneur de l’ac-

compagner en qualité d'un de ses barons,

honneur qu’il ne partagea qu'avec cinq autres | :

seigneurs. Le titre de chevalier lui manquoit encore : il falloit le mériter par des exploits militaires. Le jeune courtisan suivit Edouard .dans une expédition en Ecosse (1333), ou il acquit tant de gloire , qu'après avoir reçu la Chevalerie des mains même de ce prince, il fut, dit Froissart, retenu du plus privé conseil du roi, et moult avancé en sa cour.

Les troubles qui s'élevèrent en Flandre, et qui furent le funeste préludé de la guerre entre les Anglois et les François, ranimerent l'ambition du roi d'Angleterre , qui, en reconnoissant la suzeraineté de Philippe, n’avoit pas renoncé aû dessein de lui enlever sa couronne. Robert d'Artois, banni de France pour crime de faux, s'étoit réfugié chez les Flamands : ce peuple enrichi par le commerce, turbulent par caractère, conduit et excité par le fougueux d’'Artevelle , se livroit aux suggestions séditieuses du prince fugitif. Ils se révoltérent contre leur comte ; ils entrerent dans toutes les vues d'Edouard contre Philippe.

L'élite de la noblesse, presque seule fidèle au souverain, se défendoit dans l’île de Cadesan. Les armateurs de cette île rompoient la communication des émissaires anglois avec les rebelles, et le peuple n'osoit encore se déclarer

É La

22 - MÉMOIRES ouvertement pour Edouard, qui dès-lors entreprit de forcer un poste si essentiel.

Il équipa une flotte considérable (1 337), et leva une armée de cinq où six cents hommes d'armes, et de deux mille archers, dont il donna le commandement au comte d'Erby, son Cousin-germain ; qui avoit sous ses ordres messire Gautier de Mauny. La flotte part, les Anglois abordent à l’île de Cadesan. Gui de Flandre y commandoit, bon et sûr chevalier, mais bdtard etoit, dit Froissart. On attaque, on se défend avec valeur : la victoire est longtemps disputée. Enfin les ennemis l'emportent; ils prennent et saccagent la ville, y mettent le feu , se rembarquent avec uñ butin immense, et emmènent Gui de Flandre prisonnier. Erby avoit été renversé à la première charge : il eût même été pris, si le brave Mauny ne l’eût dégagé et sauvé. |

Ces actes d'hostilités n'eurent pas de suite. Edouard, profitant de la trêve qui les fit suspendre, alla négocier lui-même dans les Pays-

Bas. L'empereur Louis de Baviere, irrité con-

tre la France, le créa vicaire de l'empire, pour Jui PCR UD titre qui devoit le rendre respectable à tous les princes de l'Allemagne ; enfin Edouard déclara la guerre à Philippe

de Valois, et lui envoya les defances ou défis d'usage. |

Mauny avoit juré en Angleterre, devant les dames et les seigneurs, qu'il entreroit le premier sur les terres de France. Impatient de combattre, il part ‘aussitôt à la tête d'une troupe choisie, marche jour et nuit, traverse le Brabant, entre dans le Hainaut, et porte la terreur jusqu'aux portes de Cambrai qu'il assiége. On s’attendoit à une bataille décisive. Les deux armées étoient en présence (1339 ).

Edouard, accompagné de Robert d'Artois et de Mauny , parcourt les rangs pour enflammer le courage de ses soldats. Vaines espérances ! Il se voyoit trop foible pour attaquer les Fran-

‘ çois, et même pour se défendre contre eux.

Ïl crut qu'il étoit prudent de se retirer.

Mauny essuya un nouveau malheur, qui augmenta beaucoup le chagrin que dut lui causer cette retraite humiliante. Il avoit laissé le commandement de Thun-l'Evêque, forteresse dont il s'étoit emparé, à un de ses frères nommé Gilles Gaignart. Celui-ci faisoit de fréquentes excursions dans le voisinage, et rentroit dans sa forteresse chargé dé butin.

Devenu chaque jour plus entreprenant, il s'avança jusqu'aux barrières de Cambrai, et vou-

24 à MÉMOIRES.

lut forcer une des portes de la ville; mais un jeune écuyer gascon le renversa d’un coup de lance, et il mourut lé lendemain.

Cependant le roi d'Angleterre faisoit de nouveaux préparatifs. En 1340 , il s'embarque * pour rentrer dans le Hainaut : une flotte françcoise qui portoit quarante mille combattants l'attendoit près de l’Ecluse. Edouard l'attaque avec intrépidité et remporte une victoire complete, d'autant plus glorieuse , qu'il fut blessé dans l'action, et qu'il trouva le moyen de suppléer pär ses savantes manœuvres au petit nombre de ses vaisseaux et à l'infériorité de ses forces. Les princes; les seigneurs du parti anglois se signalèrent à l'exemple d'Edouard dans ce combat mémorable, et Mauny pr qu'aucun d'eux. ne

Ce brave guerrier va briller sur un nouveau théâtre. La fameuse guerre de Bretagne lui donnera lieù de développer ces sublimes talents, qui lui ont mérité d’être placé au nombre des plus grands héros de son siècle. Charles de Blois avoit épousé l'héritière de ce duché. Le comte de Montfort, frere du dernier duc, mais né d’un second mariage, prétendit à la succession , quoiqu'il eût reconnu les droits de sa nièce. On prit les armes. Charles de Blois

fut soutenu par le roi de France; le comte de Montfort parle roi d'Angleterre. Montfortayant été fait prisonnier, la comtesse sa femme se * mit à la tête des affaires et même des armées: elle porta son fils, encore enfant, de ville en ville ;. conjurant les Bretons de la secourir. Ses représentations furent inutiles, aucun ne voulut ou n’osa lui donner du secours. Bientôt elle se vit assiégée dans le château d'Hennebon , sans presque aucuné espérance de pouvoir échapper à l'ennemi.

Edouard envoya une flotte commandée par Mauny (1342). Jamais entreprise ne dut intéresser davantage un chevalier que celle où il s’agissoit de la défense d’une princesse; digne elle-même d’être citée comme un modéle de Chevalerie. De furieuses tempêtes retardèrent l'arrivée du héros. Tandis qu’il luttoit contre les vents et les vagues, les assiégeants réduisoient la place à l'extrémité. Déjà la garnison capitule. On tremble, on gémit dans la chambre du conseil. L'impatience saisit la princesse : elle s'élance vers une fenêtre, aperçoit quelques Le et : s'écrie : F oëla le secours tant désiré. . - ne |

C'étoit effectivement Mauny y SON libérateur. Il fut bientôt sur le rivage. La comtesse le

26 | | MÉMOIRES reçut avec des transports de joie. Comme les

ennemis s’avançoient encore et vouloient faire ” quelque résistance : Que je ne sois jamais baïse, lui dit-il, de dame nt de chère amie, si je rentre en aucun chdteau avant d’avoir etendu par terre un de ces gens-la. À l'instant , suivi de ses chevaliers, il fond sur eux, les renverse, les dissipe. La comtesse descendit alors de la forteresse, et vint baiser messire Gautier de Mauny et fes compagnons, les üns après les autres ; deux fois ou. trois, comme vaillante dame. Ces expressions naïves de Froissart peignent bien les mœurs de son temps.

Charles de Blois et Louis d'Espagne, maréchal de l’armée, s'étant réunis pour continuer la guerre, la comtesse et Mauny eurent de nouvelles occasions de se signaler. Les ennemis s'emparent du château de Conquest par le moyen d’une bréche souterraine faite en donnant l'assaut. L’héroïne conjure aussitôt le chevalier et ses compagnons de la suivre : ee fait prendre les armes à la garnison d'Hennebon , elle marche à leur tête ; Mauny dirige l'entreprise et l’exécute : le même souterrain dont les ennemis ont tiré tant d'avantage. lui sert pour leur enlever la place conquise.

Les attaques imprévues, les surprises, les

. coups de main, les violences et le pillage, étoient alors les actions par lesquelles on se distinguoit davantage à la guerre. Louis d'Espagne ; par des irruptions subites, infestoit les côtes voisines d'Hennebon; ses vaisseaux étoient chargés de richesses, fruits de ses terribles brigandages. Mauny , Clisson et les autres chevaliers, résolus d'en tirer vengeance, s'embarquent et surprennent les vaisseaux ennemis dans le port qui leur servoit de retraite. Louis d'Espagne, suivant son usage , dévastoit les campagnes. Ils marchent en trois corps pour l’attaquer. Louis ayant réuni toutes ses forces ; et s’en retournant vers sa flotte, rencontre Mauny , le charge d'abord avec avantage; mais tandis qu’il se croit vainqueur, les deux autres détachements arrivent, et il est défait ; son neveu Alphonse, qu'il venoit de créer chevalier, resta sur le champ de bataille. Blessé lui-même dangereusement , il eut beaucoup de peine à gagner le bord de la mer avec trois cents hommes, reste infortuné de trois mille qui composoient son armée. On s’étoit emparé de ses vaisseaux. Il en saisit un, et se sauva à toutes voiles. Mauny se mit à sa poursuite, mais Louis eut le bonheur de lui échapper et de se réfugier dans le port de Redon,

28 . "MÉMOIRES | d'où il partit précipitamment pour Rennes, .… N'ayant plus d'ennemis à combattre, Mauny et ses compagnons brüloient d’impatience de retourner auprès de la comtesse. Le vent contraire les forca de débarquer. Ils allerent jusqu'à la Rocheperion , montés sur des chevaux tels que le hasard les leur fit rencontrer, les uns sans brides, les autres sans selles. A la vue de ce château, le courage de Mauny se ranime , quoiqu'excédé de fatigue : Seigneurs, dit-il, J’irois ‘volontiers essayer si nous ne pourrions pas ici faire une. conquête. Sire, allez hardiment, répondent tous les cheva- - liers, nous vous suivrons jusqu'a la mort. On gravit la montagne, on livre l'assaut à la forteresse. Girard de Maulain qui la défendoit fait une vigoureuse résistance. Deux des principaux chevaliers, le Bouteiller et du Fresnoi, sont blessés et mis hors de combat.

René de Maulain, frère de Girard, commandoit dans le château de Faouet, à une lieue de la Rocheperion. Il vole au secours de son frère. Il rencontre les deux chevaliers blessés , les enléve et les fait conduire comme prisonniers à Faouet. Mauny, instruit de la prise des deux chevaliers, veut les délivrer ; aussitôt il abandonne son entreprise pour

aller à la poursuite de René; il ne peut l’atteindre : enfin il attaque son château ; mais Girard, voulant rendre à son frere le service qu'il en avoit reçu, monte aussitôt à cheval, court implorer le secaurs de la bourgeoisie de Dinant, dont six mille hommes l'accompagnérent. Mauny, pour n'être point enveloppé, s'éloigne de Faouet. En faisant sa retraite, il prend d'assaut un fort qui se trouve sur son passage, et il rentre dans Hennebon avec sa troupe.

Telles étoient la force et Pintrépidité de ces héros, souvent téméraires, toujours jaloux de se surpasser les uns les autres, et de mériter, par des prodiges de valeur, l'estime ou l'amour de leurs dames. La comtesse de Montfort accourut pour les recevoir, les festoya, baïsa et accola, et donna à diner moult noblement aux chevaliers et écuyers de renom. C'étoitle moyen de leur faire oublier en uri moment toutes les fatigues, tous les dangers.

Cependant l'ennemi avoit des forces supérieures , et l’on ne recevoit de l'Angleterre que de foibles secours. Charles de Blois, avec la plus grosse artillerie qu'on eût vue jusqu'alors , tenta le siége d'Hennebon. Louis d'Espagne vint encore le renforcer, après avoir

langui pendant six semaines de ses blessures. Malgré le courage dela princesse et de Mauny, on commençoit à perdre toute espérance, quand une querelle imprévue entre les généraux qui attaquoient la place fit naître l'accasion de les vaincre.

Les deux chevaliers pris à la Rocheperion avoient été envoyés à Charles de Blois. Louis d'Espagne le pressa de les lui remettre. Par un excès de ressentiment digne de l’ancienne barbarie, il vouloit les faire mourir. Il se croyoit en droit de les immoler comme des victimes réservées à sa vengeance. C'étoient eux, disoit-il, qui l'avoient chassé, poursuivi, blessé, qui avoient tué son neveu Alphonse, Il menaçoit Charles, en cas de refus, de l'abändonner pour jamais, et de le regarder comme son ennemi personnel. Les représentations de ce prince, loin de l'adoucir, ne faisoient que l’aigrir : sa résolution étoit prise; il vouloit faire couper la tête aux deux prisonniers aprés son diner. Croiroit-on que sous le règne de la Chevalerie, il ait pu se trouver des guerriers capables d'une ‘pareille inhu-manite ? | Heureusement pour les prisonniers, Gautier de Mauny et Amaury de Clisson, informés du

sort dont ils étoient ménacés, concçurent un projet aussi généreux que le dessein de Louis étoit atroce. Protecteurs de la justice et de l'innocence , ils se crurent obligés de faire les plus grands efforts pour la délivrance de ces infortunés. L’exécution suivit de près leur projet. |

A l'heure du diner, Clisson avec mille archers et trois cents hommes d'armes sort de la place, attire sur lui tous les efforts des assiégeants, les harcelle d'abord par des escarmouches, et ensuite leur livre des attaques plus vives et plus sérieuses. Ayant, par ses manœuvres étudiées, déterminé l'armée fran— coise à marcher contre lui, il se retire en bon ordre jusqu'aux barrières, et ne rentre dans la ville qu'après avoir tué beaucoup de monde aux ennemis. Pendant cette attaque, Mauny étoit sorti de l’autre côté par une poterne, à la tête d'une troupe moins nombreuse; il s’étoit jeté sur la partie du camp où se trouvoient les tentes des seigneurs ; il y avoit pénétré sans peine, et ayant mis en liberté les deux chevaliers, il les emmenoit à toute bride. On le vit arriver lorsque Clisson combattoit encore sous les remparts. La comtesse partagea le triomphe de ces héros, et les combla de

caresses qui valoient pour eux la plus magnifique récompense.

Une entreprise si étonnante, exécutée avec tant de promptitude et de succès, fit soupconner que Charles de Blois y avoit donné les mains par quelquesintelligences secrètes. Louis d'Espagne le crut peut-être ; car il abandonna l’armée , et son exemple fut contagieux. Charles continua cependant les attaques; mais les assiégés, encouragés par les regards d'une princesse si intrépide et d'un général tel que Mauny , s'étoient tellement familiarisés avec tous les dangers, que les décharges de l’artillerie qui foudroyoit leurs remparts, devenoient pour eux un sujet de raillerie. À chaque coup ils alloient sans précaution effacer la marque du boulet sur la muraille. |

On s’attaquoit de part et d'autre avec un égal acharnement. Des négociateurs zélés ne purent inspirer aux contendants le désir de la paix. Ils ne réussirent qu’à suspendre pour un temps les hostilités par une trêve, dont les deux partis ne profitèrent que pour se préparer à une Campagne encore plus sanglante.

La comtesse de Montfort alla en Angleterre solliciter elle-même des-secours."Elle y arriva dans des conjonctures très-favorables. Cette

cour galante étoit alors dans ces premiers moments d'enthousiasme qu’excitoient les: charmes de la comtesse de Salisbery. Les tournois et les fêtes qui se célébroient en son honneur avoient échauffé la nation. Une princesse également célèbre par ses infortunés et. par ses exploits, paroissant alors comme suppliante ; ne pouvoit manquer de trouver tous les esprits disposés en sa faveur. Édouard étoit d’ailleurs intéressé à la soutenir contre les efforts de la France; en la secourant, il allioit les intérêts de la politique avec la générosité : non-seulement il lui accorda des troupes, mais ilen donna le commandement au comte d’Artois, ennemi iraplacable du roi Philippe.

Les Anglois étoient à peine en mer (1343), qu'ils rencontrèrent, à la hauteur de l'ile de Guernesey, une flotte nombreuse commandée par Louis d'Espagne; elle étoit formidable, surtout par. la grosseur de ses vaisseaux : le combat s'engagea au même instant; bientôt on en vint à l'abordage, et la comtesse de Montfort y valut bien un homme, dit l'historien, car elle avoit cœur de lion, et avoit un glawe moult roide et tranchant dont fièrement elle se combattoit.

.Tous les efforts de l'ennemi ne purent em-

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