TOMBEAUX
Le nombre des tombeaux que j'ai relevés s'élève à cent onze; il faut y ajouter plusieurs tombes inachevées, un tumulus, une grande caverne sépulcrale, le monument de Philopappos, les tombeaux Cimoniens, et de nombreux cercueils de pierre dispersés dans la ville moderne. Nous ne parlerons point de ces derniers, qui, n'étant pas à leur place, ne peuvent pas servir à la restauration du plan d'Athènes, et dont les inscriptions ont été pour la plupart recueillies. A cette liste il faut ajouter les nécropoles du Dipylon et de la porte Dioméia, ainsi que les tombeaux de la porte d'Acharnés. Sur ces points les déblaiements n'ont point ditleui* dernier mot. J'en ai parlé dans mon ouvrage sur la Ville d'Alhènes. Voici comment les tombeaux des collines sont partagés : pour les collines du nord-ouest, trois; pour celle du Pnyx, quarante-cinq; pour la colline de l'ouest, quarante et un, et de plus deux tombes corn-
UN FAUBOURG d'ATHÈNES. 335
mencées* la grande caverne et le tumulus ; pour le Musée, vingt-deux, et de plus les tombeaux Cimoniens et le monument de Philopappos. Il n'existe aucun tombeau sur les rochers de l'Observatoire et de l'Aréopage, non plus que sur la partie intérieure du Pnyx, ce qui justifie l'observation des auteurs anciens, que l'on ne creusait point de tombeaux dans l'intérieur des murs d'enceinte.
C'est principalement le long des grandes rues et sur les plateaux des collines qu'ils étaient situés : la grande voie de la Cœlé en est bordée des deux côtés, soit qu'ils y aient été taillés avant que le faubourg fût habité, soit que les habitants des coUines ou des quartiers voisins aient de tout temps suivi cet usage. Nous savons que les anciens avaient coutume d'enterrer leurs morts ou sur des collines ou le long des routes, aux abords des villes ; il suffit ici de rappeler la longue énumération que fait Pausanias des morts célèbres ensevelis près de la voie sacrée et sur le chemin de l'Académie. D'ailleurs la Grèce, aujourd'hui même, nous fournit souvent la preuve que cet usage était général. Les voies les plus fréquentées, surtout celles que parcouraient des processions solennelles^ étaient préférées à toutes les autres. C'est plus tard seulement que, la mort ayant été envisagée comme un triste et douloureux événement, la mélancolie que le regret fait naître poussa les hommes à rechercher les lieux solitaires pour y entourer leurs morts d'ombre et de silence. Quanl aux Athéniens, l'inconnu ne les effrayait pas ; ils ne s'attristaient point à l'avance de ce qui n'était à leurs yeux qu'un voyage au bout duquel ils se trouvaient réunis. Aussi plaçaient-ils souvent les tombeaux de leurs parents dans leur propre demeure, coutume touchante qui n'inspirerait que le
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dégoût à beaucoup d'hommes de nos jours, et qui marquait chez les anciens un vif amour de leurs proches et une loi ardente dans leur immortalité. Ces fosses, presque toujours vides, parfois contenant encore quelques restes d'ossements, on ne les voit pas sans quelque émotion rangées par familles dans l'intérieur des maisons, souvent deux à deux, comme pour deux frères ou deux époux ; d'autres fois, une tombe plus petite est creusée devant eux, comme pour attester que, les parents morts, leur famille s'éteignait dans leur unique enfant. La solitude de ces rochers, je dirais volontiers de cette vaste ruine, ajoute encore pour nous à son caractère mélancolique. Celui qui descend la grande voie de la Cœlé, bordée de sépulcres, ne tarde pas à perdre de vue, non seulement l'Athènes moderne, mais l'Acropole elle-même ; la colUne de l'ouest lui dérobe la plaine et la mer ; la roche nue l'environne ; aires de maisons, ornières de chars, canaux, escaliers, citernes, tout lui atteste que cette vallée a retenti autrefois de la vie bruyante de nombreux habitants ; mais aussi le silence absolu, que les cris des corbeaux *et les aboiements lointains des chiens errants viennent seuls interrompre, les tombes vides qui l'environnent, l'origan sur lequel on étendait jadis le corps et qui croît avec l'asphodèle dans les fentes des rochers, tous ces signes de mort lui rappellent que cette vie si active et si glorieuse s'est éteinte pour jamais.
11 n'y a rien de fixe dans l'orientation des tombeaux; ils sont tous semblables entre eux, mais toutes les directions paraissent avoir été également bonnes. Que, dans un temps fort reculé, la tête du mort ait été tournée vers l'orient, c'est un fait qu'il serait nécessaire de bien établir;
mais il est évident que cet usage n'a pas toujours été suivi. Quant à la forme de ces tombes, c'est celle d'un quadrilatère régulier, creusé horizontalement dans le rocher. Je n'en ai trouvé qu'un seul dans lequel on eût ménagé, vers une extrémité, un petit banc dans la pierre pour y déposer des vases funéraires ou d'autres objets sacrés ; il est dans une maison située entre les deux ravins qui descendent du Pnyx dans la Cœlé. On le trouvera indiqué sur le plan de cette maison publié par la Revue de V Architecture (1878).
Disons quelques mots seulement des cavernes sépulcrales : il n'en subsiste que deux dans le faubourg; l'une se trouve sur le bord méridional de la colline de l'ouest, l'autre sur le chemin de la Cœlé, non loin de la porte Mélitide. Nous avons donné le dessin de la première, qui était demeurée inconnue, dans les Archives des missions scientifiques, vol. IX; elle renferme plusieurs tombeaux; elle ne porte aucun nom. Quant à la seconde, il est probable que c'est bien elle que désigne Hérodote (VI, 103), là où il dit que Cimon fut enterré devant la ville, audessus (ou au-delà) du chemin qui traverse la Cœlé. Il ajoute : « Vis-à-vis lui furent enterrés ses chevaux, qui avaient gagné trois fois le prix aux jeux olympiques. »
Pour mettre lin à cette notice sur un faubourg de l'ancienne Athènes, il nous reste à appeler l'attention sur deux grandes crevasses du rocher, à l'ouest et au nord de l'Observatoire. Elles ont servi longtemps d'abattoirs; celle de l'ouest est la plus grande et la plus profonde ; elle est escarpée des deux côtés; son angle oriental paraît s'être agrandi, s'il est vrai que la voie striée le traversât, comme les deux tronçons l'indiquent. Quand je dressai
cette partie du plan, cette crevasse des rochers était hideuse à voir : le sang des animaux que l'on y égorgeait se répandait sur la terre, qui en était entièrement noire; une odeur fétide s'exhalait du fond des crevasses, soulevée par le soleil et les vents. Ces grands corbeaux, que les anciens préféraient aux flatteurs, y faisaient leur demeure et n'attendaient pas même le départ des hommes pour se jeter sur leur proie ; des chiens errants ne quittaient pas ce séjour : ils y naissaient, s'y nourrissaient, y déposaient en sécurité leurs petits ; ce domaine était le leur. Cet état de choses n'existe plus : l'abattoir a été établi loin de la ville, dans le lit de l'Uissus, et la crevasse du rocher produit .chaque hiver une orge verdoyante.
Les maisons de la Cœlé finissent sur le plateau de la colline, en deçà des précipices; ceux-ci sont situés sous le rempart, dans le lieu le plus solitaire de l'antique Athènes. Ajoutons que ces crevasses sont les seules de tout le pays et qu'il faudrait aller jusqu'à Phalère ou dans la petite chaîne du Lycabelte pour en trouver d'autres. Toutes ces raisons ne suftisent-elles pas pour nous les faire regarder comme étant le Barathre, ces fipxyy^ç dont parle Thucylide (II, 67), où furent jetés les corps des envoyés lacédémoniens?
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Fig. 1,8,3 ettDffopination optique de lignes horizontales jar des olliqaes.
Nota Pour-rérifier la rectitude et
le parallélis;iie des lignes deform<et par l'illusion optiqae.onilen'ales rfgarder deAenBouii
Fig 5 Déformation optique de Cercles concentriques par des obliques.