CITERNES
Le nombre des citernes dont nous avons constaté l'existence s'élève à cinquante-huit; il se partage entre les collines de la manière suivante : sur la colline du nord-ouest, sept; sur celle du Pnyx, vingt et une hors des murs et cinq au dedans; sur les coUines de l'observatoire, deux; sur la colline de l'ouest, neuf; sur le Musée, dix; et sur l'Aréopage, quatre.
Il est nécessaire de dire quelques mots touchant la construction d'une citerne : c'est une grande cavité creusée dans le rocher, ronde, plus large vers le milieu qu'à la partie inférieure et à la bouche ; elle est enduite intérieurement d'un stuc jaunâtre imperméable à l'eau, contenant beaucoup de silice et de chaux, et analogue à ce que nous nommons aujourd'hui ciment hydraulique. Une citerne est donc comme une vaste amphore déposée dans la terre. De celles qui subsistent, les unes sont plus grandes que les autres; leur profondeur ordinaire paraît être d'environ -4 mètres ; quelques-unes, plus spacieuses, en ont jusqu'à 6. Le plus grand nombre sont en partie comblées et servent de repaire aux geckos et aux lézards. On remarque autour de quelques citernes un petit carré: c'est une légère cavité dont on entourait la bouche, sans doute pour que l'eau qui tombait des cruches retournât au réservoir ; à
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cet usage aussi était probablement destinée une cavité circulaire qui se trouve parfois à côté de la citerne et communique avec elle par une rigole.
Il n'est pas toujours facile de s'expliquer comment l'eau se rendait dans ces réservoirs : quelques-uns d'entre eux sont placés aux points les plus élevés des collines; il n'y a autour de leur ouverture aucun trou rappelant un échafaudage destiné à rassembler les eaux ; il y a lieu de croire que c'était des toits des maisons voisines, et par des conduits qui ont disparu^ que la pluie venait s'y réunir. On en trouve deux ou trois, auxquelles descendent des rigoles creusées dans le roc; pour la plupart, au contraire, ces rigoles servaient à rejeter sur la rue les eaux surabondantes ou à détourner des puits les eaux souillées.
Les femmes tiraient l'eau des citernes avec une corde qu'elles tenaient à la main ; ce qui le prouve, c'est que le bord en est souvent usé et poli, comme on le voit dans beaucoup de margelles de puits antiques; c'est sans doute pour éviter le choc du vase que la citerne est renflée vers son miheu. Le treuil n'était pas inconnu des anciens, puisqu'il est décrit et expliqué géométriquement dans les auteurs grecs; mais l'on sait que leur vie privée était d'une extrême simplicité, et que la vie politique ou les cérémonies du culte occupaient leur pensée beaucoup plus que leurs besoins personnels.
Parmi les cinquante-huit citernes des rochers, il n'est pas sans intérêt de distinguer deux classes : celles qui ont appartenu à des maisons particulières et celles qui étaient évidemment sur la voie publique. Ces dernières sont plus intéressantes que les autres, parce qu'elles permettent
d'imaginer un détail de plus dans la vie extérieure des Grecs : elles sont d'ordinaire situées sur un petit plateau formé par le rocher aplani ; plusieurs ruelles y aboutissent, comme on le reconnaît à la disposition des maisons d'alentour et à la direction des rigoles ; souvent c'est par des degrés que l'on y arrive. On se représente donc les femmes athéniennes, au coucher du soleil, se rendant à la citerne des divers points du quartier; les unes montent," les autres descendent les degrés, portant leur amphore sur leur tête ou sur une épaule, un bras levé pour la soutenir, l'autre pendant sur leur robe à longs plis. D'autres sont groupées autour de la citerne; l'une d'entre elles puise de l'eau, pendant que les autres remplissent leurs vases ou conversent entre elles. Ces petits tableaux, qui se répètent sur divers points des collines, sont éclairés par les rayons obliques et dorés du soleil couchant. Ceux qui ont habité la Grèce reconnaîtront, à ces traits sous lesquels nous dépeignons la vie antique, les jeunes Mégariennes à la fontaine des nymphes Sithnides.
Les parties basses de la ville, depuis une loi attribuée à Thésée, possédaient un grand nombre de puits. Il en existe nécessairement plusieurs qui sont venus des anciens temps, puisqu'Athènes n'a jamais cessé d'être habitée. L'eau de ces puits n'est pas également agréable dans toute la ville; elle perd en qualité à mesure que l'on descend vers le milieu et vers la porte Dipyle; mais celle qui découle du Lycabetle est d'une quahté excellente, sauf vers le sud-ouest. Il ne serait pas sans intérêt de rechercher les puits antiques de la ville moderne et de les ajouter au plan; ainsi se formerait peu à peu une restauration régulière et non hypothétique de l'ancienne ville. Enfin,
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outre la Clepsydre et l'Ennéacrounos, Athènes possédait encore des aqueducs : on a découvert de notre temps, le long de la chaîne du Lycabette, les restes d'un grand aqueduc partant de Képhissia et apportant à Athènes les eaux du Pentélique ; il avait été construit sous Adrien, pour l'usage de la ville romaine. M™e la duchesse de Plaisance en a découvert un autre dans sa propriété de rilissus, lequel paraît n'être qu'un regard du premier. Un cours d'eau souterrain fut aussi trouvé de mon temps derrière le palais du roi, dans un terrain que le roi faisait retourner pour l'agrandissement de ses jardins. M. Schliemann vient d'en rencontrer un autre en construisant sa maison, rue de l'Université, sur le penchant du Lycabette, On rapporte que les primats d'Athènes trouvèrent, en 1804-, une belle source d'eau dans le voisinage de la Callirhoé; comment donc a-t-elle disparu? L'Ennéacrounos était sans contredit de ce côté; la flaque d'eau de l'Ilissus devant la Panagia hTrnvizpc/.^ flaque d'eau qui était d'abord dans la cavité du nord, au pied du rocher, fut comblée de notre temps par le sable, et il s'^en forma une autre dans la cavité du sud. Ces disparitions et productions alternatives des eaux n'ont rien qui doive nous surprendre, si nous nous rappelons que l'Ilissus est un torrent; mais les documents ne suffisent pas pour déterminer avec précision la place de l'Ennéacrounos : des fouilles pourront seules la fixer.
Avant de quitter ce sujet, nous appellerons l'attention sur deux grandes cavités creusées de main d'homme, dont l'une se trouve au nord et non loin de la grande voie de la Cœlé, l'autre sur la pente de la colline du nord-ouesl. Elles ont une forme allongée et sont terminées à une
extrémité par une partie plus large et circulaire. Elles paraissent avoir été, comme les citernes, des réservoirs pour les eaux, à moins qu'elles n'aient servi dans quelque industrie particulière. Celle de la Cœlé, qui est beaucoup plus grande que l'autre, est de plus entourée d'une sorte de cadre creusé dans le roc et semblable à ceux de plusieurs citernes.