CHAPITRE PREMIER
M. de Comminges arrive à Paris pour terminer une négociation qu'il avait entreprise en faveur de la paix de l'Église, et dont on reprend ici la relation.
Au commencement de Tannée 1663, Messire Gilbert de Choiseul du Plessis-Praslin, évêque de Comminges, docteur de la maison de Sorbonne et frère du maréchal du Plessis-Prasiin, commença à faire éclater par son arrivée à Paris le mystère d'une négociation qui avait été engagée dans le Languedoc avec le P, Ferrier, jésuite, pour donner la paix à l'Eglise en faisant cesser les disputes qui partageaient les théologiens sur les matières de la grâce. Comme cette affaire est l'une des plus importantes de toute cette histoire de l'Église, et qui fit alors le plus d'éclat, il faut remonter jusques aux quatre ou cinq derniers mois de l'année précédente pour montrer quelle en fut l'occasion, quelles démarches fit ce prélat pour y entrer, et par quels moyens il y engagea insensiblement M. Arnauld et ses principaux amis, sans autre fruit que de les exposer plus que jamais à l'indignation de la cour, qui paraissait d'abord favoriser le projet de cette réunion contre les intérêts apparents des Jésuites.
Mais on ne peut mieux apprendre l'origine d'un traité si important que par cette lettre que cet évêque en écrivit lui-même à M. d'Andilly le 5 septembre de Tannée 1662, et on la rapporte avant les autres, quoiqu'elle ne soit que la troisième qu'il lui écrivit sur cette affaire, les deux autres, du 7" et 16® d'août, étant embarrassées de chiffres et de jargon.
« Monsieur, « Étant à Toulouse il y a quelque temps pour un procès
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2 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
que l'intérêt de l'épiscopat m'obligeait de soutenir, un de mes amis des plus qualifiés du Parlement me pria de lui dire sincèrement mon sentiment touchant les aflfaires présentes de l'Église sur le sujet de ce qu'on appelle jansénisme. Je lui fis connaître assez clairement, ce me semble, qu'il s'agissait de si peu de chose dans le fond que si la confiance pouvait s'établir entre les personnes qui sont engagées de part et d'autre, et si elles étaient toutes dans un véritable esprit de charité, rien ne serait plus aisé que de procurer la paix à l'Église et de terminer ces grandes contestations qui l'ont si fort agitée depuis vingt ans. Il vit ensuite le P. Ferrier, jésuite, et l'un des plus savants théologiens de la compagnie, et le mit d'abord sur le même discours qu'il m'avait fait, déplorant le malheur de ceux qui divisent l'Église pour une chose qui serait aisée à vider si on voulait s'entendre. Ce Père lui témoigna qu'il en gémissait auçsi bien que lui, et qu'il aurait fort désiré qu'on eût ouvert quelque moyen d'accommodement.
« Deux jours après, le même P. Ferrier me vint voir pour m'en parler, et me protesta qu'il souhaitait cet accommodement avec passion. 11 me pria même d'y penser sérieusement, et de lui dire ce que je jugerais qu'il fallût faire pour y parvenir. Je lui répondis, sans prendre plus de loisir et sans songer davantage à ce que j'avais à lui dire, que je ne croyais pas qu'il y eût la moindre difficulté, pourvu que tous ceux qui sont dans cette affaire eussent de l'amour pour l'Église et voulussent, non pas vaincre, mais se laisser vaincre à la raison et à la vérité ; qu'il pouvait savoir si les Pères de sa compagnie étaient persuadés de la même chose, et particulièrement en quelle disposition était son intime ami le P. Annat, à qui le roi confie sa conscience, parce qu'il est certain que l'autorité de Sa Majesté peut donner un grand mouvement à cette affaire. Il me répondit qu'il était assuré que le P. Annat voudrait de tout son cœur travailler à cette paix. Nous entrâmes ensuite assez avant en matière, et nous nous trouvâmes tous deux tellement animés pour cette bonne œuvre que nous étions persuadés que si on nous eût faits les arbitres de ce grand différend, nous l'eussions terminé dans ce moment à la satisfaction de tout le monde. Et dans la chaleur du désir que j'en concevais, je ne m'apercevais pas qu'une si noble