‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 2 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

et si sainte entreprise demandait plus de suffisance et de vertu que je n'en ai, mais putabam me posse quod me velle sentiebam. Cette conversation s'étant terminée par des civilités réciproques, le zèle du P. Ferrier ne s'arrêta pas là. 11 écrivit peu de jours après si efficacement au P. Annat, que non seulement il produisit en lui le même désir qu'il avait de cet accommodement, mais encore lui persuada de s'y appliquer tout de bon.

« Le P. Annat lui manda qu'il me revit et me témoignât que cette affaire étant bien ménagée pourrait aisément réussir; que de sa part il y apporterait toutes les facilités raisonnables, et qu*il jugeait la chose si belle, si sainte et si avantageuse à l'Église qu'il ne fallait rien oublier de ce qui la pourrait avancer. Le même P. Annat en a depuis entretenu une personne en laquelle il a bien cru que je devais prendre toute sorte de confiance, et l'a priée de m'en écrire afin que j'ajoute plus de créance aux paroles du P. Ferrier.

« A vous dire la vérité, Monsieur, j'avais beaucoup de peine au commencement à me persuader que cela pût avoir aucune suite. Mais après toutes les conférences que j'ai eues avec le P. Ferrier et les lettres qu'il a reçues du P. Annat, je ne doute quasi plus du succès, et je crois que l'Esprit de Dieu qui soutient l'Église en veut bannir celui de division qui ne tend qu'à la détruire.

« Le P. Ferrier est demeuré d'accord avec moi qu'il est très important de ne s'embarquer pas dans cette affaire qu'avec des intentions non seulement fort droites et fort désintéressées, mais encore dégagées de toute préoccupation, et que comme la charité en doit être le fondement principal, il faut aussi que de part et d'autre on prenne de bonne foi tous les expédients qui pourront mettre les parties à couvert de tout reproche, et rétablir les choses dans leur état propre et naturel, en conservant la vérité et tout le respect que l'on doit au Saint Siège. Qu'à cet effet, chacun doit oublier sincèrement, de quelque parti qu'il soit, tout ce qui peut être échappé d'aigreur à la plume ou à la langue de ceux qui dans la chaleur des contestations ont écrit ou parlé. Et comme on ne doute point que le pape et le roi, dont les cœurs paternels sont tout pleins d'amour pour tous ceux qui sont engagés dans ces divisions,

n'approuvent ce dessein et ne l'appuient fortement de leur autorité, chacun selon son état, nous avons cru que pour parvenir au bien que nous prétendons, il est nécessaire que sous le bon plaisir de ces deux puissances, et avec l'agrément de toutes les parties, on convienne de quelques prélats en qui tous prennent confiance, de la piété, de la suffisance et du désintéressement desquels on puisse être assuré, et qui seront comme médiateurs pour conférer en particulier et séparément avec vos amis et avec les Jésuites et ceux qui sont pour eux, et trouver agréablement les uns et les autres tous les tempéraments que la justice, la religion et la douceur peuvent inspirer. Après avoir beaucoup prié sur ce sujet, j'ai fait connaître au P. Ferrier que je craignais que ceux qu'on appelle jansénistes n'eussent peine à prendre confiance et à se laisser persuader de la sincérité de la proposition qu'on leur fera, si en même temps qu'on les exhortera à la paix on ne suspend les poursuites qu'on fait contre eux. Il est convenu que j'avais raison, et je sais qu'il en a écrit au P. Annat. On me l'a mandé de Toulouse, et qu'il espérait qu'il obtiendrait de la bonté du roi cette suspension de poursuites.

« Cela vous doit faire croire. Monsieur, que c'est de bonne foi qu'on agit. Il ne reste pour mettre la main à l'œuvre qu'à savoir les sentiments de vos amis. J'avais envie d'écrire à quelqu'un de ma connaissance à Paris pour le prier de s'en éclaircir avec eux, et de m'en éclaircir ensuite. Mais après avoir bien examiné la chose, j'ai cru qu'il valait mieux me servir du droit qu'il me semble que me donne cette ancienne amitié dont vous m'honorez depuis si longtemps en m'adressant directement à vous, et que cette manière d'agir plus franche vous obligerait aussi à me parler avec une entière ouverture de cœur.

<' J'avoue qu'à considérer ce qui s'est passé depuis vingt ans, il semble que mon discours soit fabuleux. Et si on ne devait compter que sur les intérêts temporels ou sur la prudence humaine, tout ce que je vous dis vous devrait être fort suspect. Mais pour moi, qui compte tout sur la parole et sur la conduite de Dieu, plus les choses paraissent désespérées, plus j'ai de confiance, parce qu'étant venues à ce point que les hommes n'y peuvent plus rien, il faut que

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