CHAPITRE V
Difficultés de M. Arnauld sur ce projet exprimées par trois différents de ses écrits.
Comme tout dépend de la première conformation de nos corps pour la santé, la vigueur et la durée de leur vie, comme la ressemblance d'un visage avec son original se juge par le premier crayon que l'on en tire, aussi le succès d'une négociation est ordinairement attaché au premier projet que l'on en forme, et il ne faut pas s'étonner de ce que celui de la paix de l'Église en donna si peu d'espérance aux
\. Le ms. donne ici in-extenso le : Projet d'accommodement entre ceux qu'on appelle Jansénistes et ceux qui sont nommés Molinistes, concerté entre Vévêque de Comminges et le P. Ferrier, Jésuite.
Cette pièce est imprimée dans l'édition des Œuvres d' Arnauld (Paris- Lausanne, 1778), t. XXI, p. 640 à 642.
disciples de saint Augustin lorsque M. d*Audilly leur en fit part.
M. Arnauld, qui avait autant approfondi qu'aucun autre les matières dont il s'agissait, ne se laissa point éblouir par ces spécieuses ouvertures.
Le tour que les Jésuites prenaient dans tout ce traité lui parut suspect, et il s'en expliqua d'abord par ce petit écrit aux personnes de sa plus étroite confidence ^
M. Arnauld ayant d'abord dressé ces considérations sur le projet quand on le lui eût communiqué, un de ses amis le pria de lui en envoyer de plus amples réflexions en l'examinant article par article, et il le fit par ce second écrit, qui était plus étendu, et qui ne fut point envoyé à M. l'évéque de Comminges*.
Il eût été à souhaiter que cet écrit eût été envoyé à M. l'évéque de Commingespour lui faire remarquer d'abord la mauvaise foi des Jésuites. Mais le projet du P. Ferrier et toute la suite de son procédé dans cette affaire tendait plutôt à désunir les disciples de saint Augustin d'avec leurs amis qu'à les réconcilier avec leurs véritables adversaires. Et l'espérance de la paix éblouissait tellement quelques personnes du nombre de ceux qui défendaient la grâce de J.-C, que s'étant aff'aiblis eux-mêmes par cette vaine lueur, ils mettaient leur force à faire tomber leurs amis dans leurs mêmes sentiments, qu'ils croyaient n'être pas incompatibles avec la doctrine de saint Augustin et de la grâce efficace.
Cette diversité de sentiments sur ce projet fut la matière de plusieurs délibérations. Et parce que M. de Gomminges, qui demandait une réponse précise et très prompte, aurait pu être surpris de ce retardement, M. d'Andilly, lui écrivant le vendredi 10 novembre, lui manda que comme il avait fallu les assembler, et que cette affaire était si importante qu'ils ne savaient trop considérer les difficultés qui s'y rencontraient avant que de donner une parole qu'ils voulaient tenir, ils n'avaient pu encore faire cette réponse
1. Sait au ms. le texte de ^cet écrit. Il a été imprimé ainsi que les deux suivants sur le texte même d'Hermant. On le trouve dans la grande édition des Œuvres (V Arnauld^ t. XXI, p. 643 à 645.