CHAPITRE IV
M. de Gommiages et le P. Ferrier, jésuite, dressent un projet d'accommodement envoyé ensuite par cet évêque.
Les mois d'août et de septembre s'étant passés de part et d'autre dans ces ouvertures et ces préliminaires de paix, M. de Comminges et le P. Ferrier entrèrent un peu plus expressément en matière, et après quelques conférences qu'ils eurent ensemble dans le Languedoc, ils dressèrent un projet des moyens dont on devait se servir pour parvenir à cet accommodement, que ce prélat envoya aussitôt à M. d'Andilly quand ils en furent convenus, par cette lettre du 20 du mois d'octobre :
« Je vous envoie le projet d'accommodement suivant toutes les propositions qui ont été faites dans la dernière conférence que j'ai eue avec le P. Ferrier. Nous fîmes chacun un écrit de notre main, qui contient en abrégé ce qui est un peu plus étendu dans celui que je vous envoie.
« Notre conférence se fit dans une maison de campagne qui appartient à M. le Président de Miremont*, et nous le rendîmes dépositaire de nos écrits pour y avoir recours si besoin était. Il est vrai que faisant l'écrit, je protestai au P. Ferrier que je ne donnerais aucune parole pour personne, parce qu'en de telles matières il faut que les parties elles-mêmes s'expliquent, et que je n'avais pas la présomption de vouloir agir de mon chef. Ainsi, que vos amis ne craignent pas que je me sois trop avancé, ni d'avoir la peine de me désavouer. Toutes les propositions sont faites sans engagement et sans aucune approbation même de ma part. Mais ce sont des choses simplement proposées pour être examinées avec les parties et modifiées selon les lumières nouvelles qui pourraient venir sur ce sujet à tous ceux qui y auront intérêt ou qui s'en mêleront.
« Mandez-moi promptement quelles pensées on aura. Quand on mettra la main à Foeuvre tout de bon, j'espère que Dieu y donnera sa bénédiction.
« Je suis tout à vous de tout mon cœur,
1. Il faut lire : Miramont, président au Parlement de TouIou.se (?-^).
« Je n'ai point retenu de copie de l'écrit qui est entre les mains de M. de Miremont, parce que nous fûmes trop pressés.
ft Je n'en ai point aussi re tenu de celui qui doit porter mon paquet au courrier qui est pressé. Mais je suis bien assuré que dans la substance je n'ai rien altéré de ce qui fut dit. J'y ai ménagé les choses le mieux qu'il m'a été possible. Mais il est très difficile qu'un homme aussi peu éclairé que moi ne fasse bien des fautes, étant tout seul dans une affaire de cette importance. Et c'est une des raisons qui me faisaient hésiter de vous envoyer ce projet, parce que, comme le P. Ferrier était demeuré d'accord qu'on changerait, ajouterait ou diminuerait tout ce qui serait trouvé juste, j'espérais que quand on conférerait avec vos amis on rectifierait aucunement tout ce qui ne serait pas bien. Néanmoins pour vous satisfaire, et aussi parce qu'il n'est pas juste de faire un mystère de ce que je n'ai pas droit de vous cacher, je vous mande tout ce qui s'est proposé. Et quoi qu'il y ait qui vous puisse choquer, je vous prie de ne pas rebuter pour cela l'aff'aire, parce qu'il me paraît qu'on veut chercher tous les tempéraments qui ne blesseront pas la vérité et le respect qui est dû au Saint-Siège *. »